LIVRE I
Oïi est frappé du mépris profond avec lequel les auteurs païens du r et même du ne siècle parlent du christianisme, quand ils daignent en faire mention. Tacite, l'austère vengeur de la justice et delà vertu outragées, n'a pour les chrétiens, victimes innocentes des jeux féroces de Néron, que des paroles d'insulte et de mépris , et il adopte sans examen la haine aveugle et les injustes préventions de la foule *. Pline, proconsul dans une province où les temples des dieux devenaient déserts et où les convertis remplissaient les villes et les bourgades , ne voit dans la religion nouvelle qu'une superstition honteuse et fanatique dont il est facile d'avoir raison par quelques mesures de police-. Lucien de Samosate, que Clément put connaître, montre cent ans plus tard la même légèreté de jugement et confond les chrétiens, dont il ne peut s'empêcher d'admirer la charité, avec les sectes de théurges et d'illuminés qui se multipliaient dans l'empire 3. Contemporain de Lucien et épicurien comme lui, Celse fut un ennemi du christianisme beaucoup plus sérieux et plus redoutable, et son Discours véridiqiie, que nous ne connaissons que par la réfutation d'Origène, peut être regardé comme l'expression la plus iidèle et la plus habile des sentiments des philosophes païens à l'endroit de la religion chrétienne. Or, dans son pamphlet, Celse non-seulement s'efforce de démontrer que le christianisme n'est qu'une fable absurde, indigne d'un philosophe et d'un homme de bon sens; mais il prétend de plus que les chrétiens ont pour principe de croire sans motifs et sans examen. Après avoir comparé ceux qui
1 Annal., lib . XV.
- Nihil aliud inveni quam super stitionem pravam et immodicam. Plin Epist., lib. X, 37.)
3 Peregrinus. Cf. Capperonnier, Mémoires de l'Académie des inscriptions cl heUes-lellres, t. XXVIII.
adoptent sur parole les opinions religieuses aux esprits crédules qui, de son temps, se laissaient séduire par les prestiges et les illusions des charlatans courant le monde sous le nom de prêtres de Mithras, de Cybèle ou d'Hécate, il ajoute : « Ainsi en arrive-t-il parmi les chrétiens, entre « lesquels vous eu trouvez 1 qui, ne voulant ni écouter ni « vos raisons ni vous en donner de ce qu'ils croient, se « contentent de vous dire : N' examinez pas, mais croyez; « ou bien : Votre foi vous sauvera, et qui tiennent pour « maxime que la sagesse de la vie est un mal et que la « folie est un bien ~. Que peut-on attendre d'une foi qui « embrasse le premier objet qui se présente? Qui vou- « drait se ranger parmi les gens dont voici les maximes : « Loin d'ici tous ceux qui ont quelque savoir, quelque 8a- « gesse ou quelque prudence; ce sont là, selon nous, de « mauvaises qualités; mais que les ignorants, les insensés « et les étourdis approchent hardiment. Si en professant « ces principes ils se montrent dignes de leur Dieu, les « chrétiens confessent en même temps qu'ils ne peuvent « gagner à leur cause que des personnes sans esprit. « sans jugement et sans vertu, des femmes, des enfants « et des esclaves 3. »
Rien dans la doctrine ni dans la morale de l'Evangile ne justifiait ces calomnies de Celse, reproduites si souvent depuis et presque dans les mêmes tenues par les adversaires de la révélation chrétienne'4. On ne peut nier cependant que cet habile et ardent défenseur du paganisme n'eut
1 De l'aveu de Celse, ce n'était pas une conduite commune à tous les Chrétiens.
a Orig. Adv. Cels., lib. I.
* Orig. Adv. CeJs., lib. III.
4 « La philosophie, disait Voltaire, ne sera jamais faite pour le peuple.
l.a canaille d'aujourd'hui ressemble en tout à la canaille d'il y a quatre mille ans. Nous n'avons jamais voulu éclairer les cordonniers et Itfl ! vimtes. C'est le partage des apôtres, »