‹ Clément d'AlexandrieChapitre 212 sur 226 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

dite du Verbe, c'est la connaissance intérieure de Dieu, que les théologiens ont appelée surnaturelle parce qu'elle est au-dessus des forces et des exigences de la nature de l'homme et de toute intelligence créée. Cette connaissance, de mémo nature que la vision béatifique, cette connaissance que Clément appelle grâce parce qu'elle est un clou gratuit de Dieu, pour être plus haute que la raison, ne lui est pas absolument inaccessible. L'homme n'y peut atteindre sans la grâce de Dieu et l'illumination du Verbe révélateur; mais il peut l'obtenir et il l'obtient en effet sans cesser d'être homme, sans cesser d'être une raison finie, limitée, contingente. Il s'unit à Dieu, participe à la vie divine par cette connaissance, mais sans perdre sa personnalité, sans s'identifier avec lui. Il doit éliminer non pas sa raison personnelle, non pas même son corps, mais s'affranchir de la concupiscence, du pèche, de tout ce qui est incompatible avec la sainteté de Dieu et, par conséquent, un obstacle à son union avec lui. En un mot qui dit tout, le gnostique de Clément ne redevient pas Dieu par nature, il devient fils de Dieu et Dieu par adoption.

C'est, on le voit, le contre-pied de l'émanatisme de Plotin et il est inutile d'insister davantage sur la prétendue affinité de deux méthodes dont le point de départ et les conclusions sont absolument contradictoires1.

Quant à la doctrine elle-même, Doehne croit découvrit plusieurs traits de ressemblance entre Clément et Plotin, particulièrement en ce qui concerne la théorie du Verbe. « Parmi les nombreux passages, dit-il, où Clément cé-

* Du reste, Doehne lui-même, tout en cherchant à établir une certaine ressemblance entre la méthode de Plotin et celle de Clément, ne peut s'empêcher de reconnaître que le docteur chrétien rejette et réfute avec vigueur le principe fondamental du néoplatonisme, et l'identité de l'esprit humain avec la nature divine. (DeT-Jûvsi, p. 90 sq.)

lèbre la souveraine grandeur du Christ, il eu est qui, selon ma ferme conviction, ne trouvent leur explication que dans le néoplatonisme; et dans ce fait que Clément a décrit la nature supérieure du Verbe sur le modèle de l'Intelligence des néoplatoniciens \ »

À l'appui de son opinion, le critique allemand cite deux textes des Stromates qu'il rapproche de passages analogues des Ennéades de Plotin.

La première citation est tirée du quatrième livre des Stromates. Clément, après avoir dit que Dieu le Père ne peut être l'objet d'une démonstration scientifique ajoute : « Mais le Fils est sagesse, science, vérité et tout ce qui est « de même nature; il peut donc être matière à démonstra- « tion et à raisonnement. Toutes les facultés de l'esprit, « ramenées à l'unité, tendent au même terme, à savoir le « Fils qui en est l'ensemble 2, et qui est infini dans la no- « tion de chacune de ses puissances. » Considéré en luimême, Dieu est l'unité absolue, et d'autre part, ce qui n'est pas unité est multiplicité. « Cependant, poursuit Clé- « ment, quoiqu'on ne puisse dire que le Fils soit absolu- « ment un comme l'Un, on ne peut dire non plus qu'il soit « multiplicité comme ayant des parties; mais il est un « comme toutes choses et par conséquent toutes choses. » Par ces paroles, Clément semble vouloir dire que l'on doit concevoir le Fils comme l'ensemble et l'unité dos facultés et des idées qui ont en lui leur terme et leur substance, de façon à ce qu'il puisse être matière à science. Ce qu'il ajoute confirme cette interprétation. «Le Fils, en effet, est « le cercle de toutes les puissances qui s'associent el s'unis- « sent en lui; et voilà pourquoi l'Écriture appelle le Verbe

1 D< L'vofott, p. 95 sij.

Page 1