LIVRE Y. 1J
« alpha et oméga, parce qu'il est le seul dont la lin soit le « principe, et qui se termine à son origine première, tou- « jours identique à lui-même *. »
Nous avons cité dans ce chapitre même le second passage de Clément invoqué par Doehne. 11 est tiré du cinquième livre des Stromates et a pour objet de décrire le procédé à l'aide duquel on peut s'élever à l'idée de Dieu. Ce procédé est l'analyse ou la dialectique de Platon. « D'a- « bord, dit Clément, nous écartons, par abstraction, toutes « les qualités naturelles des corps et les trois dimensions, « profondeur, largeur, longueur. Ce qui reste après cette « opération est le point mathématique où l'unité ayant, « pour ainsi dire , une situation (povàç, wç e'ntzïv, ftiaiv « é/o-jo-a). En éliminant cette situation, on arrive à la con- « ception de l'unité par excellence. Si donc, écartant « toutes les qualités des corps et des choses dites incorpo- « relies, nous nous jetons dans la grandeur du Christ, « pour nous avancer de là par la sainteté jusque dans son « immensité, nous parviendrons ainsi à une certaine intel- « ligence du Tout-Puissant, moins en sachant ce qu'il est « qu'en sachant ce qu'il n'est pas 2. »
Doehne prétend que ces passages sont très-difficiles à comprendre, si on les considère en eux-mêmes ; mais que le sens en devient très-clair dès qu'on les rapproche de la doctrine dcPlotin.
Plotin, nous l'avons dit, explique la nature et l'existence
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» Strom. V, 11, p. 689.
des êtres par l'émanation; en vertu de la force immense qui lui est inhérente, l'Un ou premier principe ne peut pas ne pas produire. Or, sa première production est de se penser, de se définir lui-même. Car il est, par sa nature propre, absolument indéterminé et inconnu à kii-même, toute détermination, toute connaissance impliquant une dualité et n'étant plus l'unité et l'immutabilité absolue. Or. cette détermination, cette réflexion par laquelle l'Un, se repliant sur lui-même, se regarde et se connaît, produit l'Intelligence, seconde hypothèse de la trinité néoplatonicienne. L'Intelligence diffère, selon Plotin, de la sensation (aîiQr.tJiç) , comme le cercle diffère de la ligne ; car la sensation est la projection de la connaissance sur les objets qui lui sont étrangers (ra à'/./.a) ; l'intelligence, au contraire est la connaissance réfléchie du même par le même, l'identité de l'acte qui voit avec son objet l.
« Qui ne s'explique, conclut Doehne,par cette doctrine de Plotin, ce que veut dire Clément quand il appelle le Verbe un cercle, ou avec saint Jean, alpha et oméga 2? »
Clément dit de plus que le Verbe, sans être un comme l'unité absolue, n'est pas cependant multiple; mais qu'il est un comme étant toutes choses (thç navra h) . Or, poursuit Doehne, ces expressions trouvent encore leur expli tion dans la doctrine de Plotin.
Toutes choses, dit Plotin, ne peuvent ni être, ni être pensées sans l'unité. Une maison n'est maison qu'à la condition d'être une; nous ne pouvons avoir l'idée des hommes sans les concevoir comme une seule et même humanité3. D'autre
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5 Doehne, !)<• rvoi»«, p. 99.
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