‹ Clément d'AlexandrieChapitre 215 sur 226 · LIVRE V. Ud · texte numérisé non relu

LIVRE V. Ud

« opinions empruntées à Platon, et mêlé ainsi la vérité à « l'erreur, ni l'avis de ceux qui le supposent pur de pla- « tonisme, à ce point que, dans l'exposition et la démon- « stration scientifique du symbole chrétien, il n'ait jamais « suivi les traces du disciple de Socrate et ne se soit ja- « mais approprié ses pensées 1. »

Nous pensons que ce jugement est le vrai. Sans altérer la pureté du dogme catholique, en y mêlant des doctrines contradictoires et hétérogènes, le docteur alexandrin n'a pas fait difficulté d'emprunter aux philosophes et particulièrement à Platon qu'il préférait à tous les autres, non-seulement leurs procédés scientifiques, mais encore, comme il le dit lui-même, les fragments de vérité que contenaient leurs écrits afin de les faire servir à la démonstration des vérités révélées. En un mot, Clément fut platonicien comme Bossuet et Fénelon ont été, parmi nous, cartésiens.

Quant aux analogies purement-verbales qui se trouvent entre la doctrine de Clément et le système de Plotin, il faut remonter plus haut qu'Ammonius Saccas pour en chercher l'origine. Peut-être en trouverait-on la cause dans l'école juive d'Alexandrie et particulièrement dans les écrits de Philon et de Numénius cités fréquemment par Clément, à moins qu'on ne préfère dire que Plotin lui-même a pu emprunter, en les appropriant à son mysticisme, quelquesunes des idées de l'école chrétienne d'Alexandrie. Plotin, en effet, n'a pu ignorer ni l'existence ni l'enseignement de cette école. «Comment Plotin, dit M. Jules Simon, qui « dans Alexandrie avait cherché la science avec ardeur, « avait parcouru toutes les écoles jusqu'à ce qu'il eût « trouvé la philosophie dans celle d'Ammonius, qui se

1 Laemmer, Op. L. p. 53.

« jetait clans l'armée de Gordien sur l'espoir d'aller ap- « prendre aux eonfins de la Perse quelques lambeaux de « la doctrine des Mages, qui connaissait toutes les sciences « de son temps et l'histoire de toutes les sciences, qui écri- « vit contre les Gnostiques, soi-disant chrétiens, un de ses « meilleurs ouvrages, comment aurait-il ignoré une doc- « trine qui, des plus hautes questions de théodicée et de « cosmologie, descendait jusqu'aux dernières applications « morales ; doctrine exposée dans des livres éloquents, « enseignée dans une école à la porte de son maître, pré- « chée dans les chaumières et dans l'Aréopage, et qui déjà « faisait trembler les empereurs l. »

Du reste, la question de savoir si c'est l'école chrétienne d'Alexandrie qui a fait des emprunts au néoplatonisme, ou le néoplatonisme qui a puisé aux sources chrétiennes de l'enseignement du Didascalée n'a pas grande importance, puisqu'il est démontré que ces emprunts ne sont que des analogies verbales entre deux doctrines, non -seulement distinctes, mais diamétralement contraires.

i Jules Simon, Op. l.t t. Ier, p. 151.

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