‹ Clément d'AlexandrieChapitre 218 sur 226 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

ne tranche clone pas la question des erreurs de Clément d'Alexandrie' dans son bref au roi de Portugal ; il se propose simplement d'établir que la critique, telle qu'elle existait à son époque, avait laissé cette question indécise, et que le doute, en matière si grave, était une raison suffisante pour ne pas introduire le nom du prêtre d'Alexandrie dans le Martyrologe romain.

D'ailleurs, en supposant même que Benoît XIV se soit prononcé, touchant la doctrine de Clément, d'une manière aussi positive que l'ont prétendu certains théologiens modernes *, dans un intérêt de polémique, son jugement n'est pas un jugement ex cathedra; c'est le sentiment d'un savant pape, qui est assurément d'un grand poids et doit être pris en sérieuse considération, mais qui n'ôte pas la liberté respectueuse de discuter les raisons sur lesquelles il se fonde.

Et de fait, ce bref de Benoît XIV, quant aux raisons qu'il expose pour justifier la non-insertion du nom de Clément d'Alexandrie au Martyrologe romain, est si peu un jugement officiel et irréformable qu'il a été combattu sur plusieurs points par le cardinal Quirini, bibliothécaire du Vatican, dans un livre publié à Rome.

Nous pouvons donc, en nous autorisant de ces principes et de cet exemple, non pas opposer notre opinion personnelle au sentiment si autorisé de Benoît XIV, mais profiter du bénéfice de la liberté que nous laissent ses lettres apostoliques pour produire les raisons que fait valoir la critique moderne en faveur de l'orthodoxie de l'illustre docteur alexandrin.

Les erreurs attribuées à Clément d'Alexandrie se rap-

1 Voir en particulier l'opinion de dom Guéranger dans sa réponse à M. l'abbé David. (L'Ami de la Religion, n° 6172.)

4r,'i CLÉMENT D'ALEXANDRTE.

portent soit aux ouvrages perdus de ce grand docteur, soit à ceux de ses écrits qui sont parvenus jusqu'à nous.

Pour les premières, nous n'en pouvons juger que par le témoignage des auteurs qui en ont parlé, et la question se réduit à examiner l'autorité de ce témoignage.

Or, Benoît XIV cite deux écrivains ecclésiastiques qui déclarent avoir lu dans des ouvrages aujourd'hui perdus de notre illustre docteur des erreurs plus ou moins graves : l'abbé Cassiodore, qui florissait au vie siècle, et le célèbre Photius, qui écrivait au ixe; on y peut joindre Rufin, dont saint Jérôme fut d'abord l'ami, puis l'ardent adversaire.

Cassiodore, dans son livre de V Institution des saintes lettres, parle en ces termes d'un ouvrage qu'il passe pour avoir traduit de Clément et que nous possédons sous le titre de : Eclaircissements succincts sur les Epîtres catholiques : « Dans ses commentaires sur les Epîtres canoni- « ques, à savoir sur la première Epître de saint Pierre, la « première et la seconde de saint Jean et sur celle de saint « Jacques, qu'il a écrits en grec, Clément, prêtre d'A- « lexandrie, l'auteur des Stromates, parmi beaucoup de « choses savantes en a dit quelques-unes moins sages ; et « dans la traduction latine faite par nos soins, nous avons « supprimé plusieurs passages dangereux, afin que la doc- « trine de l'auteur pût être suivie avec plus de sécurité '. »

Ce témoignage est loin de fournir une preuve concluante contre l'orthodoxie de Clément d'Alexandrie. 11 soulève des difficultés qui lui ôtent à peu près toute autorité. D'abord il n'est pas certain que les fragments que nous pos-

1 InEpistolis autem canonicis, Clemens Alexandrinus presbyter, qui et Stromateus vocatWj id estin Epistola sanoti Pétri prima, sanebi Joannis prima et secun&a, et Jacobi, quaàam attico sermon,- declaravit, ul>i multa quidem subtiliter, sed aliqua incaute locutus est. qum nos ita transferri fecimus in latinnin.iit. exclusis quibusdam offendiculiSj purifleata 'doctrirut ejus securitis po8set hauriri. Cassiod., De Institution* mvinarum Htterarum. cap. vin.

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