LIVRE I
« les trouverez dans la Genèse; pour les lois et la morale, « vous avez l'admirable Loi du Seigneur. Abstenez-vous « donc avec le plus grand soin de toutes ces productions
« étrangères et diaboliques 1. »
Deux siècles plus tard, avec des intentions bien différentes, Julien l'Apostat invoquait les mômes raisons et employait presque le même langage pour interdire aux chrétiens l'enseignement et l'étude des lettres humaines.
« Les chrétiens, disait-il, doivent se montrer conséquents avec eux-mêmes et ne pas étudier des écrivains dont ils condamnent les doctrines. Qu'ils se contentent d'apprendre et d'expliquer Luc et Matthieu clans leurs églises. » Cette défense, que les chrétiens du ivc siècle regardèrent avec raison comme la plus perfide, la plus redoutable des persécutions, et qui ne trouva, pas grâce devant les païens eux-mêmes, n'eût été aux yeux d'un grand nombre des contemporains de Clément qu'une mesure sage et utile au christianisme. L'hostilité des philosophes et les excès des Gnostiques leur avaient inspiré une telle horreur de la science profane, que quelques-uns, dit Clément, reculaient d'effroi devant elle comme les enfants devant les spectres2.
Notre saint docteur ne partagea pas ces terreurs chimériques ; il eut le mérite de penser à cet égard comme pensèrent, plus de deux. siècles après, saint Grégoire et saint Basile. Il fit tous ses efforts pour ramener à une manière de voir plus vraie, et certainement plus utile au christianisme, les ennemis absolus des lettres et des sciences profanes. Non-seulement il n'hésita pas, comme il le dit lui-
1 Const. apost., lib. 1, c. 6, p. 204.— Cf. Recognit. S . Clem., lib.X, c. xv et xlii.
2 Strom. VI, 10, p. 780. Multi autem non secus ac pueri la.rvas timenl grspcam philosophiam , dum verenfnr ne eon ab ducat.
même1, à faire usage de son érudition dans les lettres grecques, mais il prit hardiment la défense de la philosophie contre les attaques exagérées des siens, en même temps qu'il vengea la foi du mépris des philosophes et des Gnostiques.
Cette controverse, où un docteur chrétien de la primitive Église traite et résout les mêmes questions qui ont le privilège de nous émouvoir si vivement au xixc siècle, nous a semblé digne d'être remise en lumière. Mais avant de nous engager dans cette exposition, nous devons dire un mot de la vie et des ouvrages de Clément d'Alexandrie.
' Strom. I , p. 325.