CHAPITRE IV
Vie de Clément.
Titus Flavius Clément, surnommé Alexandrin, florissait à la fin du second siècle et au commencement du troisième, environ de l'an 189 à l'an 213 après Jésus-Christ. Les années de sa jeunesse sont demeurées ensevelies dans le plus profond oubli. 11 n'en a rien dit lui-même, et ses disciples aussi bien que ses contemporains ont négligé d'en instruire la postérité. Sa patrie ne nous est même pas connue d'une manière certaine, et nous trouvons que les anciens étaient partagés touchant le lieu de sa naissance. Saint Èpiphane témoigne que les uns plaçaient son berceau à Alexandrie, tandis que les autres le faisaient naître à Athènes et n'attribuaient le surnom qu'il avait reçu et qui lui est resté qu'au long séjour qu'il avait fait dans la cité des Lagides i.
Il paraît certain qu'il naquit de parents païens, qui rélevèrent dans les principes et la pratique du polythéisme ; mais il eut en même temps le bonheur de recevoir dans une instruction solide et variée le moyen de s'arracher plus tard aux préjugés religieux de son enfance 2. Enflammé du désir qu'avait éprouvé saint Justin le martyr, de connaître la vérité et le principe divin des choses, il embrassa dans
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ses études le domaine entier de la science grecque ; et nous trouvons dans ses écrits, tout pleins d'une immense érudition, des révélations qui prouvent qu'à l'exemple dos plus grands philosophes, il s'était fait initier aux mystères les plus secrets des sanctuaires de la Grèce et de l'Egypte l. Les maîtres en science divine ne lui manquaient pas. Tandis que Sextus Empiricus, recueillant l'héritage d'Énésimède, invitait sans succès les âmes inquiètes et fatiguées à chercher le repos dans un doute insupportable à la nature humaine, d'autres en plus grand nombre, et plus favorablement écoutés, les conviaient à se réfugier dans l'exaltation du mysticisme religieux et dans les pratiques de la théurgie. Fondant, à l'exemple de Plutarque, dans un même syncrétisme la morale et la théorie religieuse de Platon avec la philosophie de Pythagore et d'Aristote, l'Africain Apulée se donnait la mission de réconcilier, par des interprétations allégoriques, la raison avec les traditions mythologiques et la religion de l'empire. Savant, crédule el aventureux, il allait de ville en ville, haranguait dans les amphithéâtres, se vantant, comme un autre Apollonius de Tyane, d'unir la sagesse des philosophes à la piété des initiés-. D'un autre côté, avec des intentions différent l'école juive représentée par Numénius d'Àpaniée, el les sectes gnostiques florissantes en Syrie el en Egypte, affichaient les mêmes prétentions el déployaient le même zèle de prosélytisme.
Clément put consulter et entendre tous ces oracles qui, à des litres si divers, prétendaient posséder le secrel de la
t 'Ayjcsûw oï Avctpccvàiv rà tux/iyfii'jtt, où* scWoû/ajv»» ^r/îtv x - ■Ac-/y;ï-i'ii. [Coh. ad fientes, c. II, p. 13.) — Cf, Kus., Pirp. Evaiu/.. \\b II C. IX.
i cf, A. 1 Ozanam : Etudes sur In décadence romaine. Correspondam
du 10 iV'vr. 1859.