‹ Clément d'AlexandrieChapitre 29 sur 226 · LIVRE 1. &J · texte numérisé non relu

LIVRE 1. &J

vérité et les mystères du monde divin. Mais son esprit et son cœur ne purent trouver la lumière et le repos dont ils sentaient l'impérieux besoin. Heureusement, au milieu cle ces voix enthousiastes, mais discordantes, de théurges et de philosophes, il lui fut donné d'entendre et de reconnaître « un chant plus pur et plus harmonieux que celui d'Am- « phion de Thèbes et d'Arion de Méthymne, une doc- « trine plus vraie, plus sainte que celle de Platon, le chant « sacré des prophètes véritablement inspirés et la divine « doctrine du Verbe révélateur1. » Il s'attacha sans retour à ce précepteur divin, raison substantielle et incréée, source de toute lumière et de toute sagesse, qui, existant dès le commencement et avant l'aurore dans le sein du Père, a paru dans le temps et s'est manifestée aux hommes pour les instruire et pour les sanctifier 2.

L'époque et les circonstances de la conversion de Clément nous sont inconnues; mais il paraît qu'il se convertit de bonne heure, puisqu'il dit avoir composé ses Stromates, le dernier de ses trois grands ouvrages, afin de conserver pour sa vieillesse le trésor de ses souvenirs 3. Dès que la lumière de la foi eut commencé de briller à ses yeux, il s'éprit d'un amour ardent pour elle, et il se livra à l'étude approfondie du christianisme avec le même zèle qu'il avait mis à s'instruire dans les lettres et la science grecques. Il entreprit à cet effet de grands voyages, voulant sans doute, comme Hégésippe, apprendre la doctrine de Jésus-Christ dans tous les lieux où les apôtres avaient laissé des successeurs. Il indique lui-même, au début de ses Stromates, les pays

i Coh. ad génies, n. 1, p. 1 et 2.

■2 Id., ibid., p. 2.

■' Strom. I., p. 322. Les Stromates furent composés après l'an lii.'j, puisque Clément y parle de la mort de l'empereur Commode. (Strom. I

qu'il visita et les maîtres dont il eut le bonheur de recueillir les leçons. « Cet ouvrage, dit-il, n'est pas un Livre écrit « dans le but d'étaler une vaine science ; c'est un recueil « de souvenirs que je réserve pour ma vieillesse, un re- « mède contre l'oubli ; c'est un léger, mais fidèle crayon « des discours vifs et animés de saints personnages, « hommes admirables que j'ai été jugé digne d'entendre. « L'un d'entre eux, l'Ionien, florissait dans la Grèce, « l'autre dans la grande Grèce ; le premier était origi- « naire de la Célésyrie, le second de l'Egypte. J'en ai en- « tendu d'autres en Orient; l'un était Assyrien, et l'autre, « que j'ai connu en Palestine, était Juif d'origine. Le der- « nier que j'ai rencontré était sans contredit le premier « de tous par la. puissance de la parole; lorsque je l'eus « découvert en Egypte, je m'arrêtai dans la possession de « ce trésor caché. Ceux-là avaient conservé la vraie tra- « dition de la bienheureuse doctrine qu'ils avaient reçue « immédiatement des saints apôtres Pierre, Jacques, Jean « et Paul, chacun comme un fils de son père. Mais il ) en « a peu de semblables à leurs pères. Ils sont venus par « la grâce de Dieu jusqu'à nous pour nous confier la sert mence divine qu'ils avaient reçue des apôtres, et je suis « certain qu'ils se réjouiront de voir ici leurs discours « non pas expliqués, mais seulement marqués peur le> « sauver de l'oubli l. n

Ce passage a donné lieu à de nombreuses discussions et aux interprétations les plus diverses, non-seulemenl sur le nom, mais encore sur le nombre - des maîtres que Clé-

' Strom., lib. I. )>. 322.

• Quelques critiques croient qu'il y en ;i sepl de désignés, comme Gruerike; d'autres cinq seulement, comme Baron i us, Valoir, etc. Nous suivons cette dernière opinion, qui cous semble plus conforme an

Page 1