‹ Clément d'AlexandrieChapitre 40 sur 226 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

« royaume de Dieu, » avaient quelque chose d'effrayant pour les riches païens. La pensée que, pour devenir chrétien, il était nécessaire de se dépouiller de tous ses biens, les éloignait de la foi.

Les intérêts de la doctrine et le salut des âmes, engagés dans cette question, déterminèrent Clément à lui consacrer une dissertation spéciale, et le commentaire qu'il fait sur le jeune riche de l'Évangile est sans contredit ce qui. a été écrit de meilleur sur ce sujet.

Clément entre en matière par cette remarque que tantôt le désir de flatteries riches, tantôt une interprétation forcée des paroles de Jésus-Christ deviennent nuisibles au salut de ceux qui possèdent les biens de ce monde, et il ajoute que, pour cette raison, il va en donner la véritable explication. Les paroles du Seigneur, dit-il ensuite, n'ôtent point au riche tout espoir de salut, pourvu que du reste il accomplisse les commandements de Dieu. Car, en considérant ce passage de plus près, on voit que Jésus n'a point exigé du riche qu'il renonçât à ses richesses, mais qu'il déracinât dans son cœur toutes ses passions, et c'est là tout ce qu'il exige de Zachée. D'ailleurs Jésus n'a-t-il pas recommandé de faire l'aumône? Or l'aumône suppose nécessairement la possession des richesses. Ce n'est point en effet la simple possession des biens de ce monde qui décide du sort de l'homme, mais l'attache qu'on y a et l'usage qu'on en fait. C'est en quoi le jeune riche n'avait pas compris Jésus, et c'est là le motif pour lequel il se retira avec tristesse.

Dans la seconde partie, Clément va plus loin, et il montre que non-seulement les richesses ne sont pas un obstacle nécessaire au salut , mais qu'elles peuvent devenir des moyens de sanctification et de mérite pour 1(3 ciel. Les richesses en effet facilitent le parfait accomplissement du

devoir qui nous est imposé d'aimer Dieu et le prochain, par le soulagement effectif des malheureux et surtout des veuves et des orphelins dont les prières profitent à leur tour aux riches. Les plus grands encouragements sont donnés à cette libéralité effective, d'abord par l'exemple du Sauveur, puis par la dignité de la charité chrétienne qui dure éternellement et par sa puissance salutaire qui efface môme les péchés.

Enfin Clément termine son écrit par l'histoire touchante et si souvent reproduite de ce jeune homme poursuivi et retrouvé par la charité de saint Jean l'Évangéliste, et il en tire la conclusion que si les riches sont damnés, ce ne sont p leurs richesses mais leurs dispositions qui les perdent.

« La contexture générale de cet ouvrage, dit Mœhler J, est fort simple et il est écrit, depuis le commencement jusqu'à la fin, avec esprit et sensibilité. Sa tendance est toute pratique, et quoique le sujet dont il est question soit spécial, il est traité d'une manière si intéressante et avec une telle largeur qu'il conservera son prix en tout temps et en tous lieux. »

Outre les quatre écrits dont nous venons de parler, l'éditions les plus récentes des œuvres de Clément contiennent quelques autres productions attribuées sans preuve suffisante au docteur alexandrin. De ce nombre est d'abord l'écrit intitulé : Extraite abrégés des œuvres de Théodote, de la doctrine dite Orientale, du temps oùflorissait 1 aleniin -. Le style n'est pas, à vrai dire, sans ressemblance avec celui de l'auteur des Stromates : mais les principes qu'on y trouve énoncés sont contraires à sa doctrine. Ainsi il y es!

1 Patrol., t. -2, p. 87.

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dit que Dieu est un être corporel; que le Sauveur n'est pas le môme que le Verbe incarné, qu'avant la venue de Jésus- Christ tout était soumis au destin, etc. Il faudrait supposer que Clément n'a voulu clans cet ouvrage que reproduire les idées de Valentin, de Basilides et de leurs disciples. D'ailleurs, ni Eusèbe, ni Photius, ni aucun des anciens qui ont dressé le catalogue des ouvrages de Clément n'a connu ni nommé ces Extraits. Aussi Doehne, Moehler, et quelques autres critiques regardent-ils cet écrit comme apocryphe. Lseinmer incline à penser que peut-être Clément a recueilli lui-même ces extraits pour les mettre en regard de sa propre doctrine, et pour montrer par cette comparaison en quoi la gnose hérétique diffère de la gnose catholique. 11 fonde cette conjecture sur ce qu'on trouve dans ce recueil des pensées et des opinions assez semblables à celles que Clément professe dans ses ouvrages authentiques. Quoi qu'il en soit de cette hypothèse, il est certain qu'on ne peut chercher dans ces extraits l'expression de la doctrine propre au docteur alexandrin.

Il en est de même d'un autre écrit intitulé : Choix tirés des livres prophétiques1. Le sujet s'accorde peu avec ce titre, car non-seulement on y trouve des passages qui ne sont point tirés des livres prophétiques, mais qui leur sont absolument contraires. Ainsi les apocryphes, tels que le livre d'Hénoch, la révélation et la prédication de saint Pierre, y sont cités au milieu d'autres livres canoniques. L'on y remarque aussi plusieurs opinions propres aux Gnostiques. Il n'est donc guère possible d'attribuer cet écrit à Clément. Il est probablement, suivant l'opinion de Lœmmer, l'œuvre d'un abréviatcur plus moderne que Clément qui aura tiré

1 Ex tô» npof/jru&v Exloyoû.

ces extraits soit des commentaires gnostiques sur l'Écriture sainte, soit des ouvrages de Clément lui-même '.

Enfin un troisième écrit, dont l'authenticité est très-douteuse, est celui que nous possédons sous le titre de : éclaircissements succincts sur les Epîtr es catholiques*. C'est la traduction latine d'un commentaire grec sur la première Epître de saint Pierre, sur la première et la seconde de saint Jean et sur celle de saint Jacques. On attribue cette traduction à l'abbé Cassiodore, qui l'aurait faite sur un ouvrage de Clément. Il est certain que Cassiodore a fait une traduction d'un commentaire sur les Épîtres catholiques qu'il croyait appartenir à Clément d'Alexandrie. Mais. comme nous le dirons à propos des erreurs imputées à cet illustre docteur, il n'est pas certain que les Eclaircissements que nous possédons aujourd'hui soient la traduction de Cassiodore; et de plus il est douteux que le commentaire attribué par cet abbé à Clément soit véritablement l'œuvre du maître d'Origène. D'ailleurs, comme Cassiodore avoue qu'il n'a pas respecté le texte grec, mais qu'il en a changé ou supprimé plusieurs passages répréhensibles. cet écrit ne saurait avoir, en toute hypothèse, qu'une autorité trèsrestreinte et peut être considéré comme apocryphe.

Parmi les ouvrages de Clément dont il ne nous reste que des fragments plus ou moins courts, le plus Important est, sans contredit, celui des Hypotyposes, composé, comme les Stromates, de huit livres. Ces Hypotyposes, ou Institutions, renfermaient une exposition abrégée du véritable contenu des livres de l'Ancien et du Nouveau Testament, sans môme excepter nos livres deutero-canoniques.

1 Lœmmer, 1. 1-, p. 10.— cf. Dœhne, Di i - . p. ' I, Combetisii Am apud Poil., p. 989, ei Mœhler. - Adumbrationes m Epistolas catholicas.

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