‹ Clément d'AlexandrieChapitre 58 sur 226 · LIVRE H · texte numérisé non relu

LIVRE H

Heure, laquelle n'a jamais manqué aux esprits qui ont dans tous les temps cherché sincèrement la vérité. «Les « philosophes grecs, dit-il, ont dérobé aux saints livres « quelques-unes des vérités qu'ils ont enseignées ; ils en « ont exprimé d'autres sous l'inspiration du souffle divin ; « enfin ils en ont trouvé quelques autres à l'aide du rai- « sonneraient 4. » Pour bien connaître sa pensée, il est nécessaire d'exposer ici sa théorie de la raison, théorie que nous trouvons indiquée, au moins pour le fond, clans saint Justin le Martyr, Tatien, saint Irénée et Tertullien 2.

Nous avons vu que Clément reconnaissait dans la nature humaine un principe distinct du corps par son origine et son essence. Ce principe, c'est l'âme raisonnable qui vient de Dieu sans être une substance divine.

« Le caractère propre, distinctif, essentiel de l'àme, dit le docteur alexandrin, est d'entrer en commerce avec Dieu 3. Vnssi la connaissance intuitive d'un Dieu unique et toutpuissant est-elle toute naturelle à quiconque jouit d'un sens droit \ Tous les peuples, de l'aurore au couchant, du nord au midi, ont naturellement du Père de toutes choses la même anticipation ; ils sont portés vers lui par un raisonnement spontané 5, car les effets de sa puissance s'étendent à tout et se font connaître de tous. »

Mais par quels liens mystérieux s'établit cette commu-

i Strom. VI, 7, p. 708.

- Just. II, Ap., 10, p. 95 : Ai-/o5- fy nv.i ènr i-j à h irâvn wv; — /, 46, p. 71 : \6yc<; ou izxv ye'vos c*v0/>cJ7rwv p.zzér:yz\ — 2, 8, p. 94: To s/apjxov 7r«vrt ye'vs? «vO/swtt&jv méppa -coït loyou. — Tatia., Contr. Grœc, p. 249. — S. Iren., II, 30 ; IV, 7, § 2. — Tertul., Adv. Herm., c. 5 : Ergo, inqxris, nec nos habenuis Dei aJiqvid ? Imo et habemvs et habebimus, sed ab ipso, non à nobis.

3 ni-yjy.î yyp b y.vdpomog ol/.îl>uç syjcs Kpb$ ©e'sv. (Coh. ad Gent., p. 80).

* &zrj y.vj yyp EiM4>À2I2, hoç rçv rob T.v.-mxpy.'zopoi Tza.pv. Ky.çi zotg sùfpovobat TtAvrore '^jnt/^J Strom. V, 13, p. 698.)

5 AwTefouaîw loyisixo) — l'/pvTWç y.y.i y.oioyy.70>s — uixv ïyïi /.ai t//v aOr>îV IIPOAH- HIV, /. t. /. Ib'id., p. 729.'

nication de l'âme avec la Vérité, la Beauté et la Bonté suprême? Quelle est la parenté divine qui nous uni! à Dieu, le pont jeté sur l'abîme qui sépare sa nature de la nôtre?

« C'est ici, dit le P. E. Speelman1, que nous allons « découvrir une des plus curieuses analyses du Moi hu- « main. L'homme connaît naturellement Dieu xor'l^affiv, « xz-à àixyxcriv, /.oczà irepfyflwiv, ou, si l'on nous permet de « franciser ces mots grecs, par emphase, par diaphane et « par périphase. »

En décomposant ces termes2, on trouve qu'ils répondent aux trois modes de connaissance que nous appelons intuition, déduction et sens commun. Ils se rapportent, selon Clément, à trois facultés de l'âme, qui son! le nous ou la raison pure, le logos ou la raison déductive, et enfin la pistis ou la foi qui tient du cœur autant que de l'intelligence et peut être considérée comme une faculté morale encore plus qu'intellectuelle. Voici ce que Clément dit de la nature de ces facultés, de leur objet et de leur puissance.

La raison pure, que Clément appelle Indifféremment lumière domestique, œil contemplatif, semence propre, ou plus simplement nous 3, est ce qui dans l'homme a été fait à l'image de Dieu. « L'image de Dieu, dit-il, c'est son Verbe, le Fils propre de l'Intelligence, lumière archétype d<' la lumière. L'image du Verbe, c'est l'homme, c'est-àdire le M'ai esprit, la vraie raison qui esl dans l'homme.

1 Nous devons au savant travail du P. Speelman sur !a BIIOM le Clément d'Alexandrie des indications précieuses et des rei tue*i

ingénieuses que profondes, que l'on ne trouve nulle paît ailleurs. V.la Revue eathoUèuë de Louvain, numéros de juin, juillet et aoûl 18

I toclvw (il ou ^y.-u)^ apparaître, combiné avec iv, Âà et Tr*/sî, lignifie paraître dans, paraître /><//•. ou à travers, et paraître autour.

:iStrom. /, 1, p. 880; — Ibid, p. 321 : — Olxslov pfif, »Ut1

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