LIVRE IL
Les idées fournies par le nous ne peuvent sans le secours de l'expérience constituer la science, parce que la science (eiriffr^pi) implique le raisonnement, la démonstration, et que ces idées sont simples, évidentes, indécomposables i, La manière dont la raison pure atteint son objet n'est pas une opération discursive, ce n'est pas un jugement qui résulte d'une comparaison. Son mode de perception est Y emphase, c'est-à-dire la contemplation, l'intuition ; c'est « la vue de l'œil qui perçoit une chose dans un miroir « ou dans le cristal des eaux 2. »
Quant à l'objet perçu par le noÛSj c'est l'Etre absolu, l'Etre par excellence, Dieu dont nous avons en nous l'image et qui se reflète pour ainsi dire dans notre intelligence 3. Et cette idée première, une fois conçue, devient pour l'esprit la mesure de la vérité des êtres, la lumière qui rend tout le reste intelligible 4. En d'autres termes, l'idée de Dieu, considéré comme être absolu, comme être simplement dit, selon le langage de l'école, est innée en nous; elle n'est pas le résultat de l'expérience sensible, ni du travail de notre activité intellectuelle. L'âme la saisit directement dans ce miroir qu'elle porte au fond d'ellemême. Loin d'être une idée venue du dehors ou produite par l'activité de l'intelligence humaine, c'est elle qui, par sa présence innée dans l'âme, lui donne l'intelligence en même temps que la perception d'elle-même et des autres existences.
1 Strom. /, 4, p. 435.
8 Strom. I, 19, p. 374 : Nai fi-fc xar' s/tjjafftv" -Xkrfiiij.i v.aaoi déiousw ùp^aOxi Tivctroîç fikoaôfoiç. O fiïv ovv dscTzéaioç x ATrôffToXoî, èffl'vj/u&v yptxfst.' jSkéTto/i3%j yv.p vû'J w» à'- èvÔTtTpou, /.olt àvâ/./accv en' àoroù sauroùs '/ivcoa/ovrêg /.àx xo~j jv fy*ïv
fJihu rOTtOLr-VA'j-J «tTWV, WJ OIOVTS, 'JwBz'xtpOUV'tZÇ, A. T. /.
* Coh. ad Gent; p. 60 : fc)îôç, t/jî twv ovtwv &krfis'ux.s xb pirpav. Clinsp ovv tw tuz- Tpa /.xry.lr,riTà /j.zTpovi/.zvx, auront v'z /.rA tw vor\-Jr/.i ~q-j &zov [j.zt pzixvx y.y.l xxTakou/.éétvZTCtl r{ yhrfiiiv..
118 CLÉMEN1 D'ALEXANDRIE.
Cette doctrine de Clément reçoit une clarté nouvelle du
développement que lui a donné saint Athanase, l'un ci plus glorieux disciples du savant prêtre d'Alexandrie. « Pour en venir jusquà faire un Dieu de la créature, dit « le grand adversaire d'Anus, rame a dû oublier qu'elle
■ était faite à l'image de Dieu.... sortir d'elle-même...,
■ ([lutter l'Etre et poursuivre ce qui ri est pas. couvrir en- « fin du voile des sens ce miroir qu'elle porte au fond « d'elle-même et par lequel seul elle pouvait voir l'image « du Père l. — La voie pour arriver à Dieu est bien près « de nous, oui ! en nous. Que si Ton me demande laquelle : * je réponds que c'est notre àme et dans noire àme le « nous, le nous par lequel seul on peut voir Dieu et lé « contempler 2. En sorte que l'âme esl à elle-même H « voie pour monter vers Dieu et qu'il ne lui en faut j> -
■ d'autre A. »
En résumé, la première faculté de l'âme, la premii origine des vérités, dans l'ordre naturel, est. selon Clément , le nous ou la raison pure. La raison pure perçoit intuitivement l'Être, la Vérifc s lue. dont l'image i I imprimée au fond de nos âmes. Cette perception intuitive fournit des données évidentes, .-impies, indécomposablea et il n'est personne qui ne puisse l'avoir, puisque la raison naturelle, commune à tous, au Grec comme tu barbare.
Dieu ne se manifeste pas seulement à l'âme humaine pai l'image de lui-même qu'il a imprimée dans le fond de -
1 « Ces mots par lequel êtul, i ;■ méritent noire attention, dit le
1'. Speelmao, que nous prenons ici pour ^uide; il > ce grand homme de ince du nùû$ pour monter jusqu'à Dieu. »
//zt/zi!/:'/'-;:^/:. <C«'> mots, remanjue In 1". v !it indiquer une perception directe : jrnil ent une vue sai-
:iaire. »
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