‹ Clément d'AlexandrieChapitre 61 sur 226 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

nature, il la ramène à lui, quand elle semble le fuir pour se porter vers la créature sensible, par le spectacle de la créature elle-même, de son indigence et de sa dépendance. Dieu se montre encore à l'âme derrière le néant des créatures, semblable au soleil dont les rayons en passant par un milieu transparent s'épanouissent en une mobile et brillante Iris. Ici commence le rôle de la seconde faculté de l'âme, du logos ou raison déductive.

Au huitième livre des S tramâtes, Clément définit le logos, « cette faculté naturelle de l'âme qui voit ce qui se tient « et s' enchaîne ou ce qui se combat et s'exclut. C'est sur >< le logos (me reposent les lois du raisonnement et de la « démonstration'. » Le logos a, s'il est permis de le dire, sa racine dans le nous* Il en tire toute sa puissance, mais il en diffère et par son objet immédiat, et par son mode de perception et par ses données.

L'objet immédiat du logos, de la raison déductive , n'est pas l'intelligible pur, l'Etre absolu, contemplé en luimême, mais cet univers sensible et matériel dans ses rapports avec son Auteur ; c'est l'homme résumant dans sa double nature l'esprit et la matière et vivant, pour ainsi dire, intellectuellement du souffle divin ; et, à un point de vue plus élevé, suivant Clément et la théologie chrétienne, c'est Jésus-Christ unissant dans sa personne l'incréé et le créé, l'immuable et le changeant, l'absolu et le relatif: c'est dans le Verbe incarné l'harmonie du divin et de l'humain.

Écoutons Clément, son langage est ici à la hauteur de sa doctrine. C'est aux philosophes païens qu'il s'adresse. « Mon Orphée, dit-il, a produit de tout autres merveiHes « que vos chantres fabuleux qui ont trompé et corrompu

t:-5- s'xw,u£v pû«c. Strom. VII [, 3, p. 917.— Cf. Ibid., p. 928 et 933.

« les hommes encore plus qu'ils ne les uni enchanh « Son premier hymne est cet univers dont les éléments « discordants entre eux ont été instruits à former par leurs « accords un concert magnifique. La mer qui a reçu du « maître une nature répandue et envahissante respecte ce- « pendant la mesure qu'il lui indique. La terre, de son « côté, d'abord instable et agitée, s'est fixée à son ordre « dans les limites où la circonscrit l'Océan. D'un bout du « monde à l'autre, au firmament comme sur terre, tout « vibre à l'unisson : si les feux réchauffent l'air, les vents « le rafraîchissent... Cependant un instrument plus beau « a retenti sous la main du Verbe : c'est un monde abrégé. « un accord entre l'esprit et la matière ; c'est l'homme « dont l'harmonieuse nature est comme une guitare, donl « l'esprit est comme un chalumeau, inspiré par le souffle « divin, dont la raison est comme un temple où le Sei- « gneur réside... Mais voici un troisième instrument, l'ins- « t ruinent par excellence et tout harmonie, la sagesse sur- « mondaine, le céleste Logos. Quels en sont les accents? « Ouvrez-vous, oreilles du sourd, yeux de l'aveugle ; mar- « chez, ô boiteux et égarés, dans la voie de la justice; « insensés, voyez Dieu ;... mortels, écoutez tous ce can- « tique nouveau, nouveau et cependant éternel : étemel, « car le Logos est dans le sein du Père, dès axant les « siècles; nouveau, parce qu'il vient de se rendre sen- « sible dans le temps *. »

Saint Àthanasc reproduit sous une forme plus précise . t un peu différente cette doctrine de son maître Clément. « Il y a, dit-il, un logos qu'on pourrait nommer s/)<>nn<itiqueetqai se trouve dans les êtres même privés de raison.

1 Cohorl ad Gtnt. , p. 5-7.

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