‹ Clément d'AlexandrieChapitre 78 sur 226 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

« est en lui invisible et ineffable, ainsi quelques-uns ont « dit que Dieu était profond, parce qu'il comprend toutes « choses et les embrasse comme en son sein, étant lui- « même incompréhensible et infini. La question de Dieu « est assurément très-difficile, car, en toutes choses, le « principe est malaisé à trouver, et, par conséquent, il est « très-difficile de démontrer le premier et le plus ancien « principe qui est cause de l'existence des autres êtres et « de leur conservation. Gomment, en effet, nommer celui « qui n'est ni genre, ni différence . ni espèce, ni individu, « ni nombre, ni un accident quelconque, ni quelque chose « qui puisse être le sujet d'un accident? on ne peut pas le « désigner par le mot tout, car tout exprime un rapport « de grandeur, et, d'ailleurs, le tout, c'est-à-dire l'uni- « versalité des choses, n'est pas sans principe. On ne peut « pas non plus distinguer en lui de parties, car le Un n'est « pas divisible. 11 est infini, non en ce sens qu'il ne peut « être pénétré, mais en ce sens qu'il n'a ni dimensions, « ni bornes, et voilà pourquoi il est parfaitement simple et « innommable. Et si quelquefois, employant les noms qui « ne lui conviennent qu'imparfaitement, nous l'appelons « le Un, le Bon, l'Intelligence, l'Être lui-même, ou si nous « le nommons Père, Dieu, Créateur, Maître, nous ne par- « Ions pas ainsi comme proférant son vrai nom ; mais, à « cause de notre disette à cet égard, nous employons de « beaux noms, afin que notre pensée puisse se fixer. Car « chacun de ces noms n'exprime pas Dieu, mais tous « ensemble indiquent la vertu du Tout-Puissant. D'ail- « leurs, tout ce qui est proprement nommé l'est, ou par « quelque chose qui lui est inhérent, ou par un objet exté- « rieur qui a une relation nécessaire avec lui. Or, rien de « semblable ne se rencontre en Dieu, parce qu'il est la

« simplicité même et que rien de ce qui est hors de lui n'a « avec lui de rapport naturel. De même que Dieu ne peut « être proprement nommé, il ne peut être l'objet (Tune « démonstration scientifique; car cette démonstration est « celle qui se fait à l'aide de vérités antérieures et mieux « connues. Or rien n'est avant Celui qui est inengendré. « Reste donc que nous acquérions l'intelligence de Celui « qui est inconnu par la grâce et le Verbe, qui seul est en « lui 1. »

Ces passages, quoi que l'on en ait dit, ne sont pas inconciliables avec ceux où Clément affirme que Dieu peut être naturellement connu et démontré. Tl n'y a, entre ces diverses assertions, que des contradictions apparentes qui tiennent à une manière différente d'envisager la même question, et le savant prêtre d'Alexandrie, non-seulement s'accorde avec lui-même, mais, sauf quelques détails sans importance, son enseignement sur ce point est conforme à celui des Pères et à celui que l'on donne communément dans les écoles orthodoxes de nos jours.

Pour s'en convaincre, il suffît d'examiner de près ses paroles et de se placer au point de vue où il s'est mis luimême.

Et, d'abord, quel est le but que se propose ici Clément ? Nous l'avons dit, il veut prouver que la foi, loin d'être contraire à la science, lui est d'un indispensable secours, et que l'enseignement du Verbe est nécessaire pour résoudre d'une manière complète la question la plus importante, la plus essentielle à la vie humaine, la question de l'essence et de la nature de Dieu, Et voici comment il procède dans cette discussion :

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