‹ Clément d'AlexandrieChapitre 8 sur 226 · LIVRE 1. Va · texte numérisé non relu

LIVRE 1. Va

tient, par la sainte nouveauté de son symbole, par la sublimité de sa morale , par la vie angélique de ses prosélytes, par le désintéressement et la charité sans bornes de ses prêtres, par la constance et l'héroïsme de ses milliers de martyrs ? Son existence seule était donc une preuve de sa divine origine, et pour le faire accepter, ses propagateurs n'avaient qu'à le faire connaître dans son admirable et féconde simplicité. Ceux qui avaient un esprit capable de comprendre les choses d'un ordre élevé, qui étaient doués d'un sentiment religieux et moral plus pur , ceux-là adoptaient sans peine ce qui leur était annoncé avec un ton de conviction si sincère, sans avoir besoin de développements littéraires ou de démonstrations savantes.

D'un autre côté, il ne faut pas oublier que ce fut parmi les petits et les pauvres que la foi chrétienne fit d'abord ses principales conquêtes. Bien que le christianisme tendît par sa nature même à se répandre, à se communiquer à tous les hommes sans distinction ; bien qu'il fût le trésor commun de l'humanité, il devait naturellement avoir plus d'attrait pour la multitude dédaignée, oubliée, pour les faibles, pour les malheureux qu'il réhabilitait, qu'il élevait à toute la grandeur de ses leçons, à tout le bonheur de ses consolations et de ses espérances. « Considérez, mes frères, disait « saint Paul aux premiers fidèles, considérez ceux que « Dieu a appelés parmi vous, et dont il a composé cette « Église victorieuse du monde. Il y a peu de sages que le « monde admire ; il y a peu de puissants et peu de nobles ; « mais Dieu a choisi ce qui est folie selon le monde, pour « confondre les sages ; il a choisi ce qui était faible, pour « confondre les puissants ; il a choisi ce qu'il y avait de « plus méprisable et de plus vil, et enfin ce qui n'était pas.

« pour confondre ce qui est, afin que nul homme ne se « glorifie devant lui 1. »

Il en fut ainsi longtemps encore après saint Paul. Cette circonstance que l'Apôtre relevait avec une sorti1 d'orgueil, et qui fut plus tard pour les adversaires du christianisme 2 un sujet de mépris et de railleries, contribua beaucoup à maintenir l'enseignement religieux de cette époque en dehors du mouvement scientifique et littéraire. Dans la simplicité de leur foi, les premiers chrétiens n'éprouvaient nullement le besoin de recherches et d'études qu'ils n'auraient même pu entreprendre. Vrais sages sans le savoir, ils mettaient tout leur zèle à pratiquer les maximes de l'Évangile, dont la divinité était incontestable à leurs yeux, et à déployer, à surpasser même, au sein des conditions les plus obscures, les hautes vertus que nous admirons ça et là chez quelques hommes de l'antiquité '■'.

Quant au petit nombre de ceux qui dans ces premiers temps mirent au service du christianisme les ressources d'un esprit cultivé par les lettres profanes, ils durent conserver peu de goût pour des études et des rechei vhes qui étaient désormais pour eux sans objet, sans Utilité, Lés investigations de la science supposent nécessairement l'incertitude. Ôr les questions les plus importantes, celles qui avaient préoccupé le plus vivement les philosophes, avaient été résolues pour les chrétiens les plus Bavants, comme poulies moins instruits, par une révélation directe H divine : les doutes s'étaient changés, pour eux. en une certitude complète, llssentaient donc peu le besoin de recherches scientifiques, et toute leur activité, à part quelques exceptions,

1 1 ad Connth., 1-26 iqq.

2 Orig., adv. Cols., lib. III.

t De Q-érando, Hist. camp, dïê syitèfhêi &$ ptoitoiophie, i. Il

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