LIVRE 111. 1ù
Or, c'est à rendre plus claire et plus distincte cette notion de l'existence d'un Etre supérieur, naturelle, mais obscure et confuse, que servent les diverses preuves de l'existence de Dieu, et, loin de le nier, Clément le proclame partout dans ses écrits.
On voit, en y regardant de près, que les textes où Clément insiste sur la difficulté de connaître le premier principe et d'en démontrer scientifiquement l'existence ne contredisent pas ceux où il enseigne que Dieu nous est naturellement connu. Dans les premiers il parle, non de l'existence de la nature divine en général, mais de son essence. C'est de l'essence de Dieu qu'il parle, lorsqu'il affirme, non qu'il est impossible, mais très-difficile de démontrer le principe de toutes choses, et s'il ajoute qu'il est impossible d'en donner une démonstration scientifique, c'est dans le sens très-vrai et très-orthodoxe que nous venons d'expliquer.
Mais ces explications, bien qu'elles puissent suffire à la ligueur, ne donnent pas toute la pensée du maître d'Origène sur l'importante question de la connaissance de Dieu. Cherchons à pénétrer plus avant dans sa pensée.
La théorie de Clément sur la connaissance de Dieu et sur la nécessité de la révélation se rattache de si près à sa doctrine sur la nature du Verbe et sur les relations du Verbe, soit avec le Père, soit avec le monde, qu'il n'est guère possible de comprendre Y une sans l'autre.
Comme l'a remarqué un savant et vénérable théologien, dont nous aimons à invoquer la grave autorité1, Clément d'Alexandrie, plus encore que les autres Pères de l'Église, distingue dans la divinité ce en quoi Dieu est naturelle-
1 Mgr. Ginoulhiac, Hist. du dogme cath., t. 1, p. 8<
nient invisible, inconnu, incompréhensible, premier principe de tout ce qui est, qu'il appelle avec saint Jean le sein du Père, son abîme dans lequel est le Fils; et ce en quoi il se manifeste, se produit au dehors et se rend visible aux créatures. Le premier est le Père qui représente l'essence divine dans son principe et dans sa profondeur ; le second est le Fils qui est la sagesse, la science, la vérité du Père.
« Dieu le Père, dit-il, ne peut être l'objet d'une démon- « stration scientifique. Le Fils, au contraire, en tant que « sagesse, science, vérité, peut être démontré et expliqué. « En effet, toutes les puissances de l'Esprit se concentrent « et s'unissent dans le Fils, lequel est infini dans la notion « de chacune de ses puissances. Car le Fils n'est pas un « en tout sens comme le Père, ni multiple comme s'il avait « des parties, mais il est un comme étant tout et il est on « effet toutes choses. Il est comme le cercle de toutes les « puissances se déroulant et se concentrant dans l'unité. « Voilà pourquoi le Verbe a été appelé Y alpha et Y oméga. « principe et fin, comme étant le seul dont la fin soit le « principe, dont le point de départ se confonde partout « avec le point de retour, sans aucune séparation ni dis- « tance *. »
On le voit, le Dieu que Clément déclare très-difficile à atteindre, impossible à démontrer scientifiquement, naturellement incompréhensible et innomable, c'est Dieu considéré dans l'abîme de son essence et de sa paternité éternelle; c'est le Père comme père, c'est finengendré qui engendre le Fils, le principe sans principe de tout ce qui est. Pourquoi Dieu ainsi considéré ne peut-il être ni démontré scientifiquement, ni véritablement connu, ni pro-
1 Strom . I V , -2,r), p. (i'Sb.