‹ Clément d'AlexandrieChapitre 81 sur 226 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

prement nommé? Clément npus l'a dit. Tout ce que nous connaissons, nous le connaissons ou par ses causes, ou par ses propriétés, ou par ses effets. Or, Dieu en tant que premier principe n'a pas de cause et ne peut en avoir ; nous ne pouvons donc le déduire de sa cause, et ce premier moyen de connaissance nous échappe.

Nous ne pouvons non plus connaître Dieu par ses propriétés. Car, étant souverainement simple, le premier principe n'a rien en lui de différent ni de réellement distingué ; à proprement parler, il n'a ni mode ni attribut.

En lui rien d'accidentel : « S'il est appelé bon, ce n'est « pas qu'il possède la vertu comme un accident; mais il « est bon de même que la vertu est bonne, non parce « qu'elle possède la vertu, mais parce qu'elle est la vertu « même, et qu'ainsi elle est par elle-même bonne \ »

La simplicité du premier principe exclut non-seulement toute composition réelle, mais encore toute composition métaphysique, celle qui suppose un genre et une différence : « Dieu n'est ni genre, ni. différence, ni espèce, ni « individu, ni nombre, ni un accident quelconque, ni quel- « que chose qui puisse être le sujet d'un accident 2. »

Ainsi aucun nom, aucune qualification ne peut nous représenter ni exprimer l'essence du premier principe ; de sorte que, dans les existences créées comme dans les conceptions de notre esprit, nous ne trouvons rien sur quoi puisse s'appuyer notre pensée pour en déduire ce qu'il est.

Enfin nous ne pouvons connaître l'essence du premier principe par ses effets, ou, en d'autres termes, par les créatures. Car, outre que rien de ce qui est hors de Dieu n'a

1 Pxd.,1, 8, p. 136.

a Strom. F, 12, p. 695.

avec Dieu de relation naturelle1, c'est par sa sagesse, c'est-à-dire par son Fils que Dieu a produit les créatures2.

Mais si Dieu en tant que Père ne peut être ni directement connu, ni scientifiquement démontré, il peut l'être en tant que Fils, c'est-à-dire en tant qu'il est sagesse, science, puissance et vérité. « Le Fils, dit Clément, en tant que sagesse, science, vérité, peut être démontré et expliqué. »

Pourquoi cette distinction et cette différence entre la connaissance du Père et celle du Fils? Serait-ce que l'essence divine invisible dans le Père serait visible dans le Fils? Ce serait prétendre que la nature divine n'est pas la môme dans le Fils que dans le Père. « En effet, dit saint « Augustin, que le Fils se soit rendu visible par son incar- « nation, nous l'accordons volontiers et c'est un dogme de à la foi catholique; mais prétendre, comme le font quclqu « uns, que le Fils était visible avant son incarnation, c'est « un rêve insensé et une erreur monstrueuse :<. » Comment l'illustre Alexandrin serait-il tombé dans cette erreur, lui qui soutient constamment dans ses ouvrages que le Fils est Dieu unique avec le Père et lui est consubstantiel? Ce ne peut donc être en ce sens que Clément soutient que le Fils peut être connu et démontré tandis que le Père ne peut l'être, et pour rencontrer le vrai, nous devons chercher une autre interprétation de ses paroles.

Cette interprétation, nous la trouvons dans la notion que Clément s'était formée des relations du Verbe soit avec le Père, soit avec le monde.

t Le Fils, dit-il, peut être démontré et expliqué, tandis

i Strom. I', 12, |>. ti!)5.

2 Ibid., [ 1., |». 699.

1 s. Aug. m Joann., édit. Pari:.. 1837, \<. i

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