‹ Clément d'AlexandrieChapitre 82 sur 226 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

que le Père, en tant que Père, ne peut être l'objet d'une démonstration scientifique. » Il donne pour raison de cette différence que le Fils n'est pas en tout sens comme le ' Père, qu'il est sagesse, science, vérité, etc., toutes choses qu'on ne peut proprement attribuer au Père en tant que premier principe. Il est évident que la distinction établie ici entre le Père et le Fils se rapporte, non à la substance divine commune au Père et au Fils, ainsi que l'enseigne partout Clément, mais aux caractères propres à la personne du Père et à la personne du Fils. Clément, comme tous les docteurs de l'Église, tout en enseignant que les personnes divines n'ont qu'une même substance, un seul principe intérieur, une seule opération extérieure, attribue à chaque personne quelques-unes des perfections ou des opérations divines.

Le Père est, dans la Trinité, comme le dit Clément, le premier principe, le principe qui ne connaît pas de principe, 11 est inengendré, innascible ; il ne tient que de luimême son être et sa divinité.

Considéré dans ses relations immanentes ou intérieures avec le Fils, le Père est le principe du Fils, la source en qui réside originairement la nature divine du Fils. Le Père n'est pas seulement le principe du Fils en tant que Fils, il est la source originaire du Fils en tant que Dieu ; il lui communique la nature divine.

De même qu'il est la source originaire de la nature divine, le Père est aussi le premier principe des opérations extérieures qui sont communes à la Trinité, c'est-à-dire la Création, la Providence; car il en est évidemment des idées, des volontés, des opérations divines qui ont pour objet et pour terme les créatures, comme il en est de la nature divine elle-même. Ces idées, ces volontés, ces opé-

rations communes aux Personnes divines appartiennent à chacune d'elles d'une manière qui lui est propre. Elles sont dans le Père comme dans leur principe originaire* dans le Fils comme lui étant communiquées.

Ainsi, relativement à la Trinité, le Père est l'inengendré, le principe, le premier qui est Dieu, la source originaire de la Trinité commune aux trois personnes. En l'envisageant par rapport aux créatures, il est également la cause première de leur existence et de leur conservation, le Dieu de toutes choses, comme l'appelle Clément1.

La première personne de l'auguste Trinité est donc proprement le Père et le Créateur. Mais comment est-elle Père et Créateur ?

« Il faut concevoir, dit monseigneur Ginoulhiac, autant que nous le permettent nos faibles lumières, que le Fils de Dieu naît éternellement de l'intelligence du Père. Le Père éternellement se connaît, se conçoit, connaît, conçoit tous les êtres possibles, et parmi ces êtres possibles ceux qu'il veut réaliser hors de lui. Cette intelligence ou cette conscience qu'il a de lui-même n'est pas une faculté, une habitude : c'est un acte pur par lequel il se dit à lui-même tout ce qu'il est. En se disant ainsi, en se prononçant, en s' affirmant lui-même, il se réfléchit, et il produit nécessairement son Verbe. Autant il est nécessaire que Dieu se connaisse, s'affirme, autant il l'est que, se connaissant, s' affirmant, il produise en lui-même le terme subsistant de son intelligence infinie. Il \ a donc une liaison nécessaire, immédiate entre l'intelligence, la raison du Père et son Fils. Fils naturel de l'intelligence

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