‹ Clément d'AlexandrieChapitre 83 sur 226 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

a parfaite 4, le Fils est le Verbe même du Père, non qui a parle, mais celui en qui il se parle; il est la sagesse du « Père, non-seulement en ce sens que la raison, la sagesse « du Père lui est communiquée avec la nature divine, mais « d'une manière spéciale, parce qu'il est le terme nécessaire, « immédiat, de la sagesse, de la raison même du Père 2. »

D'après cette conception de la génération du Verbe que nous trouvons dans les anciens docteurs et particulièrement dans les écrits cle Clément, il est facile de déterminer les relations du Verbe soit avec le Père, soit avec le monde, et de comprendre le sens précis du passage qu'il s'agit d'expliquer.

Relativement au Père, le Fils est son image essentielle, sa raison, sa sagesse, son Fils unique. « Le Verbe de Dieu est l'image de Dieu; car il est le Fils propre, naturel de l'intelligence divine, la lumière archétype de la lumière, et l'homme quant à son intelligence est fait selon cette image de Dieu 3. »

Il est l'acte par lequel Dieu a conscience de lui-même et se dit intérieurement à lui-même tout ce qu'il est. En un mot, il est la raison même du Père, le terme intérieur de sa pensée, et par conséquent consubstantiel au Père et éternel comme lui. Voilà pourquoi Clément l'appelle « la sagesse propre, » et plus énergiquement encore « la sagesse paternelle 4. »

En tant qu'il a rapport avec le monde, il est l'exemplaire et le principe des créatures. D'une part il contient les idées des choses possibles et les idées des choses qui doivent être produites, en même temps que les décrets divins qui

1 Yibî rou vov yvrivioç. (Cohort. ad gent., X, p. 78.)

2 Hist. du dogme cath., t. I, Ife part.^liv. X, p. 444,

3 Cohort. ad gent., X, p. 78.

*P*tf. III, 12, p. 309.

doivent les produire; d'autre part, par son opération propre et immédiate, il réalise ces idées, ces décrois. C'est par ces idées et ces décrets qui sont en lui, mais dont l'objet est hors de lui, c'est par cette opération qui lui est propre, mais dont le terme est encore hors de lui, qu'il est le principe de toutes choses. Mais ces décrets, cette opération créatrice, le Verbe ne les tient pas originairement de lui ; c'est son Père qui, en l'engendrant, les forme et les produit en lui. C'est en le considérant relativement à ces décrets dont l'objet est un être créé, ou au moins à cette opération dont le terme est la créature, c'est-à-dire en tant qu'il est principe des choses, qu'on peut dire en quelque sorte que le Verbe est produit et créé. Et c'est ce que nous voyons dans Clément d'Alexandrie à propos d'un passage emprunté au livre de la Prédication de Pierre ; car il interprète ce que dit fauteur de ce livre apocryphe, que Dieu a fait le principe de toutes choses, en ce sens que c'est en son Fils Premier-né, comme dans le principe de tout, que Dieu a fait le ciel et la terre. « 11 n'en est qu'un, dit-il, qui ne soit pas engendré, et il n'en est qu'un qui est engendré avant toutes choses, celui de qui il est écrit : C'est par lui que toutes choses ont été faites. Pierre a écrit : Le Dieu unique a fait le principe de toutes choses, en ce sens que c'est en son Fils Premier-né, comme dans le principe de tout, qu'il a fait le ciel et la terre. Ce Premier-né < effet celui que tous les prophètes ont nommé la Sagesse, el il est maître et docteur de tout ce qui est créé, conseiller du Dieu qui a tout prévu l. » C'est dans le même qu'ailleurs Clément appelle la Sagesse la première créée de Dieu"1.

i Strom. VI. 7, j». 769.

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