LIVRE III
« affirme que telle ou telle chose est vraie, il en conclut
« que la foi est supérieure à la science et son critérium.
« Tous les philosophes sont unanimes à déclarer que la
« foi seule peut atteindre le premier principe des
« choses ] . »
D'après ces définitions, que Clément adopte sauf à les compléter, la foi est d'abord une anticipation de la pensée. L'anticipation, comme Epicure l'expliquait lui-même, est l'adhésion spontanée de l'esprit à quelque chose d'évident. La foi ainsi comprise se compose donc de deux éléments : la notion préconçue d'un objet et l'adhésion qu'y donne l'esprit. Or, continue Epicure, sans l'anticipation l'on ne peut ni chercher, ni douter, ni prouver, ni réfuter. Comment, en effet, sans la notion préconçue d'une chose pourrait-on avoir le désir et faire l'effort de la mieux connaître? 11 faut donc non-seulement que la prénotion existe, mais que l'esprit y adhère avant d'arriver à la compréhension évidente de son objet 2.
Cette adhésion de l'esprit, comme la notion qui la précède, est d'abord spontanée et irréfléchie, â ce premier moment, l'intelligence comme la volonté y sont plus passives qu'actives. Mais il y a un second moment où par la réflexion de l'esprit la volonté devient elle-même active. La foi prend alors le caractère d'un acte moral, d'un assentiment libre {suy^/tâB-eaiç) 3. Ainsi à l'origine de toute opinion, de toute doctrine, se trouve un acquiescement de l'esprit, spontané d'abord, délibéré ensuite, qui n'est autre
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t. ).. 'S iront. 11,4, p. 436, -137.') I Jbul.
Strom. V, 1 et 13, p. 645 et 697.)
chose que la foi. En ce sens, penser* c'est croire; vouloir, c'esl encore croire, car l'anticipation est l'origine de l'activité intellectuelle et morale.
Il est facile, après cela., de déterminer les rapports de la foi naturelle avec la science (èi:iarf,(M) . La foi diffère de la science en ce qu'elle ne procède pas du raisonnement. La science est essentiellement démonstrative et s'appuie sur les données de l'expérience, tandis que le caractère propre de la foi est d'affirmer sans démonstration son objet, !' immatériel et l'invisible. Est-ce à dire qu'elles n'aient rien de commun, qu'elles s'excluent nécessairement l'une et l'autre, que le savant ne puisse être fdclc? Le prétendre, vq^\ méconnaître la nature de la science. En effet, la science fille du raisonnement et de la démonstration; mais la d monstraiion à son tour, à moins d'être sans terme, suppose quelque chose qui n'est pas démontré, qui ne peut l'être : ce sont les principes qui lui servent de base et de point de départ. Or, qui lui fournit ces principes que tous les philosophes s'accordent à regarder comme indémontrable-? La foi. Car, par là même que ces principes sont indémontrables, il faut de toute nécessité les admettre sur leur propre autorité. Ainsi, en dernière analyse, toute démonstration a pour point de départ une foi indémontrable l. \\< la foi, l'intelligence et les sens peuvent fournir sans doute des principes de démonstration. Car les données d*1 l'intelligence, dunoils. et celles de la sensation sont simples et irréductibles. Mais la sensation n'atteint que le sensible et le contingent, et ne s'élève pas jusqu'à la région de l'im-
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