LIVRE III
matériel et de l'absolu* Quant au nous, il saisit l'idée plutôt que l'être, et pour passer de Tune à l'autre la foi lui est nécessaire. C'est ainsi que la foi, partant de principes indémontrables, s'élève jusqu'à l'absolu, à l'unité parfaite, qui n'est ni matière, ni mêlé à la matière, ni sous la matière i.
C'est ainsi que loin d'être contraire à la foi, la science, en lui empruntant ses principes, en reçoit toute sa valeur. Pour être démonstrativement vraies, les conclusions de la science doivent être conformes aux principes d'où elles sont déduites. C'est pourquoi, continue Clément, Aristote déclare la foi supérieure à la science et en fait même le critérium suprême de toute démonstration 2.
Si la foi, comme anticipation de la pensée, est nécessaire pour adhérer à la manifestation intérieure de la vérité, elle l'est à plus forte raison pour recevoir l'enseignement extérieur d'un maître. L'enseignement extérieur suppose dans l'esprit du disciple l'idée ou la notion anticipée des choses que le maître lui enseigne, sans quoi l'enseignement ne serait ni compris ni accepté. De plus, un maître ne peut instruire3 s'il n'inspire confiance à ceux qui l'écoutent : les progrès du disciple sont en raison de la soumission qu'il apporte à l'enseignement qui lui est donné. « Comme dans « le jeu de paume, il ne suffit pas qu'un joueur lance la « paume avec dextérité, mais qu'il est nécessaire qu'un « autre joueur la reçoive avec art et adresse, de même il « n'y a d'enseignement profitable qu'à la condition de « trouver clans la foi des auditeurs comme un art naturel « qui aide à le recevoir et à l'entendre \ »
i Strom. Il, 4, p. 435.
2 Ibid.11,4, p. 436.
3 Ibid., p. 437.
A Ibid., p. 442.
Quanta ceux qui rejettent la foi parce que .son objet es! immatériel, ils ne méritent pas, au jugement de Platon, le nom de philosophes. Abaissant le ciel et le monde invisible aux proportions de cette terre, ils ne savent saisir que des pierres et des arbres; et confondant la matière avec la substance, ils prétendent qu'il n"\ a de réel que ce qu'ils peuvent voir de leurs yeux ou toucher de leurs mains. Toutefois, ils ne peinent tenir clans ces étroites limites : la puissance de la vérité les met en contradiction avec euxmêmes et les force quelquefois à reconnaître qu'en dehors et au-dessus du monde matériel existent des idées formolles qui ne se peuvent saisir que par l'intelligence, et qui constituent la véritable essence des choses l. L'objet de la foi n'est donc pas une chimère, parce que celui qui croit. comme celui qui espère, voit des yeux de l'âme le monde intelligible et l'avenir* Ce n'est pas sur le, rapport des mais exclusivement sur le témoignage des yeux de rame que nous afïirmons la bonté, la justice et la vérité -.
Clément conclut ce raisonnement, dont il emprunte les prémisses à ses adversaires, en appliquant, même aux \ écrites de l'ordre naturel, ces paroles du Prophète : Si vous ne croyez pas , vous ne comprendrez pas3. Mais il faut remarquer, comme nous l'avons dit. que la loi dont il parle est Y anticipation d'Epicure, le jugement d'Àristote, une foi purement naturelle qui, tout en ayant quelque analogie avec la foi chrétienne, en est cependant essentiellement distincte. On ne peut donc induire du rôle qu'il attribue à la foi, ainsi comprise, que Clément n'admet d'autre source de connaissance certaine que l'enseignement exté-
i Slrom II, 1, p. 185, s » j .
' Ibid., I'. a, p. 653.
■ ! a., VII, 0. -cf. Strom, 1. 1, p. 320 H. I. p. I