‹ Clément d'AlexandrieChapitre 97 sur 226 · LIVRE TH · texte numérisé non relu

LIVRE TH

La foi on la Providence est le point de départ de la religion naturelle, et tonte philosophie, pour mériter ce nom, doit à son tour partir de là comme d'une base première et d'un principe incontestable. « La vraie, la saine philoso- « phie, dit Clément, maintient dans toute sa fermeté le « dogme d'une Providence qui s'occupe des moindres « détails. Sans ce fondement, l'économie du Sauveur ne « pourrait paraître qu'une fable et un mythe 1. Mais aussi, « une fois ce principe admis que la Providence existe, que « rien ne se fait sans sa disposition, l'on ne peut, sans « une aberration impie, prétendre que la Prophétie, que « l'économie de la Rédemption, lui est une œuvre étran- « gère. Car où éclate-t-elle davantage que dans l'incar- « nation du Verbe, Verbe de salut et de vérité °l. »

La foi naturelle en la Providence est donc la préparation à la foi surnaturelle au Verbe. Mais quels que soient les rapports qui les unissent et les analogies qu'on y découvre, des caractères essentiels les distinguent. Leur domaine est différent aussi bien que leur puissance. Qu'est-ce donc que la foi surnaturelle?

« La foi, dit Clément, la foi que les Grecs insultent « comme une chose vaine et barbare, est une anticipation « volontaire, un assentiment pieux, Je fondement des choses « qu'il faut espérer et la conviction de celles qu'on ne voit « point, comme parle le divin Apôtre3. » Il exprime ail-

1 Strom. I, 11, p. 346, 347. La négation d'une Providence qui descend, comme le dit ici Clément, jusqu'au particulier, est aujourd'hui encore le caractère propre de toute philosophie qui nie l'ordre surnaturel. Ainsi, pour n'en citer qu'un exemple, M. Jules Simon, dans son livre de la Religion naturelle, conclut du dogme de l'immutabilité divine et du principe du gouvernement du monde par des lois générales, l'absurdité d'une intervention positive de Dieu, d'une révélation spéciale, après la création.

2 Strom. V, 1, p. 646.

:! Ibid. II, 2, p. 432 : Upàlrfhii ïmvvCh hrti, BsoisSîtei 9irp.*tù9nti. /..

leurs, en d'autres termes, la même définition, La foi, ■< dit-il en opposition avec les Basilidiens, est un assenti- « ment raisonnable de l'âme dans l'exercice de sa liberté ' : <• l'anticipation sage et prudente de ce qui a été révélé -. » c'est-à-dire le choix libre et positif de ce qui nous esl présenté comme vrai. La foi ne doit pas être confondue avec la conjecture. La foi exclut le doute et l'incertitude : la conjecture, qui lui ressemble comme le loup ressemble au lévrier, et le flatteur à l'ami, est une opinion débile sans fondement 3. « La foi ne doit donc pas être aveuglément « méprisée comme chose vulgaire, facile, à la portée du « premier venu. Si elle était une invention humaine, comme « se l'imaginent les Grecs, elle aurait cessé d'exister. Mais « puisqu'au contraire elle s'accroît et se propage de jour « en jour, la foi est évidemmenl quelque chose de divin '*. « La doctrine de la piété est un don. el la foi est une « grâce 5. »

Nous trouvons dans ces diverses définitions tons les caractères propres à la foi surnaturelle, son principe, son fondement divin et rationnel, son objet propre, sa nécessité, son caractère moral et ses effets.

Le principe de la foi, c'est Dieu lui-même. Dieu se communiquant immédiatement à l'homme par un effet tout gratuit de sa bonté. C'est là un premier caractère qui distingue la foi divine de la foi naturelle. Celle-ci n'est poinl une grâce : elle se fonde sur les besoins do la nature humaine. L'homme croil en la Providence parce que, en principe, il .répugne à sa nature intellectuelle et morale

1 Strom. r, ."), p . (') l.").

ïbid. II, 6, p. 414.— Cf. Mœhler. Pair., t. II. p. 56. :' Uni. ,,. 436.

* Jota. II, f>, p. 445 : 'W.yi rolvuv -'c itvlrtv... Oeiô: r< 6 Ibid. I, 7. |». 338 : Aw/ocà yà« /, ïcîzixcùcà ïïîffTff.

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