‹ Clément d'AlexandrieChapitre 98 sur 226 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

d'admettre que ce monde et lui-même ont été abandonnés au hasard par le Créateur dont il porte l'image et l'idée empreintes dans son âme ; parce que, dans le fait, la Providence se révèle à lui par les bienfaits dont elle l'entoure. — La foi surnaturelle, au contraire, n'a aucun rapport nécessaire avec la nature humaine ; elle est au-dessus de ses exigences comme de son pouvoir. « La doctrine de la piété « est un don, et la foi une grâce. »

Dès lors la foi est relativement à la nature de l'homme un fait contingent qui ne s'y rattache par aucun lien nécessaire et n'a d'autre principe que la bonté de Dieu. La foi ne se peut pas démontrer à priori. Son premier principe, son principe immédiat, c'est Dieu se communiquant luimême par pure bonté. « Le Seigneur lui-même, dit en ce « sens notre grand docteur, est le principe de notre doc- « trine. C'est lui qui, nous parlant en diverses circon- « stances et de mille manières, par les prophètes, par « l'Évangile et par les apôtres, nous conduit du principe « au terme de la connaissance l. »

La parole de Dieu est tout ensemble intérieure et extérieure : il parle au dedans , tandis que le son de sa voix frappe au dehors les oreilles, autrement il ne serait pas entendu. En ce sens, la foi est une révélation intérieure et extérieure, un bien du cœur et une grâce du dehors.

La foi a son motif propre comme son origine immédiate en Dieu. Elle se fonde sur sa parole infaillible, qui produit la conviction de l'esprit et la confiance du cœur. « Nous « opposons à tous nos adversaires, dit Clément, un argu- « ment péremptoire : la parole de Dieu, qui s'est expli- « que lui-même dans les Écritures sur tous les points qui

« Strom. VII, ltj, p. 890.— CL VI, 1, p. 769.

1!)îs CLÉMENT D'ALEXANDRIE.

« sont L'objet de nos investigations. Quel es! l'homme

« assez impie pour ne pas ajouter foi à la parole de Dieu, ci et pour lui demander des preuves comme on en de- « mande aux hommes '. Nous croyons donc eelui de qui « nous espérons avec confiance la gloire divine et le salut. « Or, nous n'avons cette confiance qu'en Dieu seul, qui « tiendra, nous le savons, les riches promesses qu'il nous « a faites 2. »

Le motif propre de la foi est donc la véracité divine. Ce n'est pas l'évidence intrinsèque de la vérité révélée, mais la souveraine autorité de celui qui révèle. Autrement, la raison humaine serait, en dernière analyse, juge de la parole de Dieu. « Or, dit Clément, à quel titre opposer « notre science à la science divine 3 ? »

Est-ce à dire que la foi surnaturelle manque dans l'âme humaine de fondement rationnel? Non, assurémenl : car, d'une part, la raison enseigne qu'il est souverainement raisonnable de croire à Dieu, et, d'autre part, il lui reste le droit et le devoir de constater que Dieu a réellement parlé. Quand il s'adresse à nous, Dieu ne peut laisser sa parole sans témoignage. Aussi, de quels signes évidents n'a-t-il pas entouré la manifestation de son Fils, le Sauveur des hommes? « Signes qui ont précédé sa venue, ou prophéties « (fui l'annoncent ; signes qui ont accompagné sa venue, a ou témoignages de tout genre; signes qui Tout suivi, « ou miracles qui le proclament hautement le Fils de « Dieu, et, par conséquent, le Maître suprême de toute « vérité \ »

1 Strom. r,l, p. 646 : Tt's owv rn àidiOi an vSpûnatv y-y.i-fu rot» 6««0 ; — Cf. II. 16, p. 141, sq.

' Ihul., p. III.

•; Hml. Il, 1, p. 136.

' ïbid. !'/. 15, p. 801.

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