‹ Clement d'Alexandrie, sa doctrine et sa polemiqueChapitre 111 sur 145 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

« de ce genre (relatives à l’ordre surnaturel). Mais les

• choses qui sont en question ne peuvent devenir des « principes de solution, parce que la vérité objective leur « manque encore. D’après cela si nous nous attachons par ■ la foi à un principe impossible à démontrer, nous tirons « nécessairement de ce principe les preuves du principe

• lui-même, et la voix du Seigneur nous enseigne la « vérité. Nous ne voulons pas de décision humaine ; les « hommes sont sujets à l’erreur, et il est permis de les « contredire. Or, quand il s’agit non-seulement de .sou- « tenir une opinion, mais de prouver ce qu’on soutient, le « témoignage des hommes ne nous suflit pas ; nous prou-

• vous ce qui est en question par la voix du Seigneur, qui « est plus certaine que toutes les preuves, ou qui, pour

• mieux dire, est elle-même la preuve par excellence...

« C’est ainsi {jue l’Kcriture nous prouve la vérité des

• Écritures, et que de la foi nous passons à la conviction,

• d'après des preuves évidentes '. •

Ces paroles sont claires et formelles : la gnose a, comme a foi, l’Écriture sainte pour principe et pour règle absolue. Hais cette règle, tout absolue qu’elle est en elle-même, ne )eut sulTire à se défendre contre les altérations et les ausses interprétations dont elle peut être l’objet. Il faut lonc à l’Écriture une autorité qui la conserve dans son ntégrité et sa véritable signification. Clément ne l’ignorait )as. Alors, comme aujourd’hui, l’expérience montrait que e canon des Écritures ne pouvait se passer de l’autorité irotectrice de l’Église. On en trouvait la preuve dans la égèreté et l’arbitraire avec lesquels les (’inostiijues cxluaient du canon tel ou tel livre de l’Ancien ou du Nou-

' SIrom. VI, II, p. 7«6.

:)7(p l’LEMKNT 1) Al.KX AN Ulll K.

veau Teslamenl, et donnaient à ce qu’ils en coiisendieii une signification conforme à leurs propres idées ou à leiT) passions.

< Sans doute, dit Clément, tous les hommes ont la tntii: € intelligence ; mais ils s’en servent d’une manière # « rente : les uns suivent l’attrait de la grâce et l’inspira

< tion du Verbe, et parviennent è la foi ; les autres si-

< baiidonnent au contraire à leurs passions, et détoumet; . leseiisderÉcriture, d’après leurs caprices... Maisc® I qui n’ont pas re^u de la Vérité même la règle de la véntf « doivent nécessairement tomber dans les plus gra'> « erreurs. Ceux qui ont quitté la bonne route doivent « « tromper sur beaucoup de détails ; et cela se compr® . facilement, car ils n’ont plus de règle qui leur puk' « servir à distinguer le vrai du faux, afin de ebosirk « premier * . »

Cette règle nécessaire pour distinguer le vrai sens (te Écritures des fausses interprétations qu’on peut leur fairt subir, c’est la tradition vivante de l’Église. Clémeiil fra exprime de la manière la plus formelle et à plusieurs irprises. « Tout est manifeste, dit l’Écriture, pour ceux qui « ont l’intelligence, c’est-à-dire pour ceux qui conseneni « intacte, selon la règle de foi de l’Église, l’interprétation « donnée par le Sauveur aux Écritures*. 11 n’est dum « jamais permis de transgresser la règle de l’Église*.

Clément compare ailleurs ceux qui repoussent du ptn la tradition de F Eglise, et qui passent ainsi du coté de^ hérétiques, à ces compagnons d’Ulysse que Circé avait changés en bêtes*. Puis il ajoute : • ün voit les liércliqix-

1 Stroni. V'/r, Iti, p. 89Ü.

« Jbid. VI. 15, p. 803.

> Ibid. VII. 15, p. 887.

‘ Ibid. VII, le, p. 890,

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!idoi)ter toujours ce qui paraît plus évident à leur raison privée, préférablement à ce que le Seigneur nous a enseigné par les prophètes et par l’Évangile, et qui a été établi et confirmé par le témoignage des apôtres » Enfin Clément insiste avec force, quelques pages plus in, sur l’autorité divine de la tradition et de l’interprétam de l’Écriture par les Pères, en opposition avec l’amour !S hérétiques |)our les innovations, t Tous ceu.x-l<\, dit-il, sont mùs par l’ambition, qui cherchent à déterminer, par de fausses intei-prétations, le sens des paroles qui nous ont été transmises dans les livres inspirés par Dieu, ou bien qui, au moyen de conclusions trompeuses, opposent les doctrines des hommes à la tradition divine, afin de soutenir les opinions qui leur sont propres. Car, en face d’hommes aussi versés dans la connaissance ecclésiastique, que pouvait dire Marcion, ou Prodicus, ou d’autres qui n’ont pas suivi le bon chemin? Certes ils ne pouvaient pas prétendre à une sagesse supérieure à celle de leurs illustres prédécesseurs, ni coiisener l’espoir d’ajouter (pielque chose à ce que ceuxci ont dit avec tant de vérité, et ils auraient bien mieux fait, s’il leur avait été possible, d’apprendre d’eux ce qu’ils nous ont transmis. Celui-là donc est seul gnostique à nos yeux, dont les cheveux ont blanchi dans l’étude de fÉcriture sainte, qui maintient fermement la règle de foi des apôtres et de l’Église, qui vit conformément aux préceptes de l’Évangile, et qui, lorsqu’il a besoin de preuves, les puise dans le Seigneur, la loi et les prophètes -. • \insi la gnose de Clément a pour règle la règle niciiie e la foi, c’est-à-dire la révélation divine contenue dans

' Slrum, 1'//. Itt, |«. 89"2.

‘ IM- Vil. 16, p. 896.

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l’Écriture sainte et la Tradition, et interprétée parl’Eïfe Sous ce rapport, elle diffère essentiellement de la gts hérétique, laquelle met au-dessus de l’autorité de la M tion et de l’Église, dans l’interprétation de rÉcriüireJe.dence de la raison individuelle. Contrairement à l’herfe:. qui retranche ou ajoute à l’enseignement divin et sou®" la parole de la vérité subsistante, de la raison absolueia raison faillible de l’homme, la gnose catholique prof» d’une part, que « la doctrine du Sauveur est parfaite pi'

« elle-même, que rien n’y peut être ajouté, parce ip « rien n’y manque *, » et, d’autre part, que ce n’est p« à la raison individuelle qu’a été confié le dépôt de aü doctrine et l’interprétation authentique des documents (p i la contiennent, mais à l’autorité enseignante de l’Église.!/ christianisme conserve par là, ce double caractère, qu'il ^ peut ni subir d’altération, ni prendre non plus de vérM«f accroissement. Mais si, considérée en elle-même, laie- | trine révélée est inaltérable et complète, il n’en va pasi I même dans le chrétien. La foi, condition nécessaire de sa appropriation subjective, peut être plus ou moins parfais suivant que le fidèle entre plus avant dans l’intelligence d dans la pratique de la vérité révélée. Ce progrès, quisP" I porte plus de lumière et une plus haute sainteté au chie- j tien, sans apporter ni plus de vérité, ni plus deveit sanctifiante au christianisme, est précisément ce que&- ' ment appelle la véritable gnose, en opposition avec la hérétique.

Il n’y a donc pas et il ne peut y avoir, suivant ces pnt cipes de notre saint docteur, une différence de nature ente la foi et la gnose ; elles sont de même ordre, puisqu'elle

I Strom. I, 90, p. 377.

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