‹ Clement d'Alexandrie, sa doctrine et sa polemiqueChapitre 136 sur 145 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

Benoît XIV lui-même, que la plupart des écrivains modernes aient pu, sans encourir aucune censure et sans être taxés de légèreté, donner légitimement à Clément d’Alexandrie le titre de saint*. L’on s’explique aussi les réclamations que souleva delà part de quelques théologiens la noninsertion du nom de Clément dans le Martyrologe romain publié par l’autorité du pape Clément VIII, sur les instances et d’après les corrections du cardinal Baronius,

Malgré ces réclamations, Benoît XIV maintint le décret de son prédécesseur, et refusa d’ajouter le nom du docteur alexandrin aux nouveaux noms qu’il fit insérer luimême dans une nouvelle édition du Martyrologe, publiée sous son pontificat et par ses ordres. Mais ce savant pape ne s’en tint pas là. Voulant donner une certaine satisfaction aux réclamations des théologiens graves et instruits ([ui se montraient jaloux de conserver à Clément d’Alexandrie le prestige de sa sainteté et l’autorité de son nom, Benoît XIV exposa, dans dos lettres apostoliques au roi Jean V, de Portugal, et datées du 1" juillet 17/t8, les raisons qui l’avaient déterminé à se ranger au sentiment de Baronius et à maintenir la décision de Clément VIII.

« Notre dessein, dit-il lui-même, en exposant les raisons « que nous allons produire, n’est pas de diminuer en quoi • que ce soit les éloges donnés à Clément d’Alexandrie,

« mais de faire connaître les difTicultés qui ne nous ont pas « permis d’insérer son nom au Martyrologe romain, quoi « qu’il en soit d’ailleurs de sa doctrine et de sa probité *. »

' Bened. XIV, Ibid., p. H3 : Ex qtw fachtm fst . nt sfriptorfs plurimi, qui sancti iitulum CUmenti Alexandrino eondliarunt. U^uardi sente^ntiam prxtrudentes. quameumquf sive invidiam. sive retisitram effugerint.

* ^ui6ta mnihTntir t»i/Vu da^irnux. non ut de CJemenfix Afe.Tan-

drini laudihus quidquam delrahamus, sed ut pateant graviores diffieuîtate*, 9119 tmpeaimento sunt quominus Clementi* nomen. qnidquid sit de ejus

ac prohilate. etc. ïbtd., p. 125.) — BenoUXIV adressa cetteleltre

Benoît XIT s’applique ensuite à établir trois points principaux, à savoir : 1° que les vertus de Clément d’ Alexandrie, dans le degré qui fait les saints, ne sont attestées par aucun auteur, et que nous ignorons également et les détail' de sa vie et le genre de sa mort; 2° qu’il n’a jamais obtenu de culte public dans l’ Église ; 3“ enfin que ses ouvrages renferment certains passages dont la doctrine, si elle n'est pas erronée, reste du moins incertaine et suspecte *.

Ce troisième grief, le seul qui se rattache immédiatement à notre étude, est le deniier qu’élève Benoît .\fV contre notre illustre docteur, et la modération de ses conclusions montre assez que ce savant pape ne le considérait pas comme certainement ificontestable. Voilà pourquoi, sans doute, il cite sans aucun blâme les apologistes de l’orthodoxie de Clément bien qu’il n’en partage pas l'opinion, et il rend hommage en particulier • à la grande eiac- « titude et à l’érudition remarquable avec lesquelles doai « Le Nourry a analysé et commenté les ouvrages da « docteur alexandrin et cherché à le défendre conti^ « les erreurs qui lui étaient imputées *. » Benoit XI'

au roi Jean V de Portugal, parce que ce prince avait voulu fairelui*mici« les frais de la nouvelle édition du Martyrologe. Du reste, loin d’étre ai jugement irréformable, comme on l'a prétendu, cette lettre n’est pas même un jugement doctrinal, mais une simple dissertation tbéologiqai et critique, à l’appui d’un acte pontiScal, lequel a force de lot toute l’Église, mais pourrait être réformé lui-méme par un sourerati pontife. En vertu de cet acte ponlifîcal, il est interdit de rendre à Clément d’Alexandrie le culte puolicde duHe^ ou d’insérer son nom dans 1* Martyrologe romain. Mais c’est à quoi se borne rinterdictioo, et riee n'empêche d’avoir de la vertu et de la doctrine de cet illustre prêtre U haute opinion qu'en ont professée saint Jérême, saint Maxime, ust d’autres écrivains catholiques, et à laquelle ne contredit pas Benoit XIT lui-même.

t Clementis Alrxandrini opéra, itin minus erronea. saltem suspecta... Q*mquù dira partium studia^ maturo judicio .ierum expendnt. qur a nobù UA'Oue prolaia svnt, profecto faleri cogitur Clemenlvi Alexandrini doc/nia** dubtam saltem swspectamqne esse de errorihus. {Ibid., p. 1*26 et 128)

* Pater Nourry, m Apparafu ad Bthliothecam maximam sanctorum Patrum, tumo I“, Ub. III. 4<uimna diligentia. ac eruditione. singuta opéra recenset, illustrât, aique nh errorihus, quihus itisimulantur, purgera contendit. {Ibid., p. 123.)

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