‹ Clement d'Alexandrie, sa doctrine et sa polemiqueChapitre 141 sur 145 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

seulement il mit son zèle à la préserver de toute contagion des hérésies et de tout commerce avec les hérétiques, mais encore pour la prémunir contre la funeste influence des mauv’ais livres, il résolut de dresser un catalogue des livres ecclésiastiques publiés jusqu’à ce jour, et de séparer ceux qui contenaient la saine doctrine de ceux dont la lecture pouvait être pernicieuse et devait être interdite. Or, au nombre de ces derniers livres, déclarés apocryphes, figurent les ouvrages d’un Clément d’Alexandrie, Opuscula allerius démentis Alcxandrini, apocrypha, dit le décret.

Il n’est pas facile de déterminer le sens et la portée de ces expressions. Aussi ont-elles été interprétées d’une manière fort différente et quelquefois contradictoire par les apologistes et les critiques de l’illustre catéchiste d’Alexandrie.

D’abord quel est le Clément dont il est ici question? Le décret parle d'un autre Clément il' Alexandrie. Est-ce le disciple de saint Pantène qui est désigné, ou un autre écrivain ecclésiastique portant le même nom? Cette dernière interprétation a pour elle les Bollandistes, lesquels, dit Benoît XIV, dans une remarquable Dissertation sur la séparation des Apôtres ’ , s’efforcent de démontrer qu’il y a eu deux Clément alexandrins, et que le décret de Gélase n’atteint pas les ouvrages du maître d’Origène, mais ceux de son homonyme.

Autre difficulté : quel sens doit être attaché à la note apocrypha appliquée par le décret aux ouvrages dont il s’agit? Cette note cini)orte-t-elle une condamnation absolue et l’interdiction de lire, même en particulier ,

• Act. Snnrt.. t .4. infn.mjfuli». Dtsnert. de dn iütoue apost. . p. 12, num. ‘/7. —Cf. Beued. XIV, p. l'24.

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OS ; CKi bien n'entraîne-t-eUe que la défense

d"h;îr>i:±rc ces ouvrages dans les leçons de l’office pute-: et <fen faire la lecture dans rassemblée des fidèles? Bê£:-:;î cite des autorités à l’appui de l’une et l’autre <pirl;3. Miis U première, soutenue par Doujat, Bellamiin, Charles IXiSresDe, Pagi et Magri lui parait plus probable, et elie semble en effet plus conforme à l’esprit et au sens géDëral du décret *. Quoi qu’il en soit à cet égard, l’objet même du décret n'en demeure pas moins incertain. Car «1 admet'ant, ce qui n’e^ pas prouvé, qu’il n’y ait en qu’un seul Clément d’Alexandrie, il est constant que les œuvres de ce docteur <mt subi des altérations considérables. Or, de ce que ses ouvrages, falsifiés par la main des hérétiques, auraient été proscrits par le saint-siège, on ne peut évidemment conclure l’hétérodoxie de sa doctrine. Ainsi, pour nous, la question demeure au moins indécise, ou plutôt. Clément est à nos yeux, relativement à sa doctrine, dans la situation où sont à peu près tous les Pères anté-nicéens.

Ses ouvrages authentiques, et particulièrement ses Stromates, contiennent, il est vrai, des opinions singulières. Ainsi ce qu’il dit de la prédication de Jésus-Christ dans les limbes, de la chute des anges, séduits par la beauté des femmes, etc., peut paraître étonnant au premier abord. Mais à mesure qu’on entre davantage dans la connaissance des Pères, on voit que ces singularités ne sont pas propres à Clément d’.\lexandrie, et que plusieurs docteurs de l’Église les ont professées avant ou après lui *.

En dernière analyse, Clément, malgré l’incertitude de

* Bened. BuUar., p. H4 et Itô.

> Voir les traités du P. Petau et notamment son traité Angti.

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