LIVRE IL
« qu’elles sont supertlues, et ne peuvent que nous fatiguer « sans fruit et nous arrêter à des soins inutiles au salut.
• D’autres vont plus loin : ils prétendent que la philoso- « phie s’est introduite dans la vie pour le malheur et la « perte du genre humain, et qu’elle est une invention « diabolique. Pour moi, partant de ce principe que le mal « est essentiellement funeste et ne peut jamais, par lui-
• même, produire de bons fruits, je -montrerai dans tous « mes livres des Stromales qu’il n’en va pas ainsi de la « philosophie et qu’elle est, elle aussi, l’œuvre de la divine
• Providence'. »
Ce début pose nettement la question et indique à l’avance la manière large et ferme dont Clément va procéder contre ses adversaires. Pour établir sa thèse en faveur de la philosophie et des sciences humaines, il remonte jusqu’à l’origine des choses et aux pensées de Dieu dans l’œuvre de la création -.
Saint Paul, arrachant le christianisme aux idées étroites de quelques chrétiens judaïsants, en avait défini l’universalité et rattaché l’origine aux décrets éternels de Dieu (jui doivent s’accomplir dans la plénitude des temps par le Christ, principe et terme de la vie et de l’histoire du genie humain. « Toutes choses sont de lui, en lui et par lui. Tout
• est pour vous, vous pour le Christ, le Christ pour Dieu.
« Dieu sera tout en toutes choses » Par ces principes aussi précis que féconds, saint Paul embrasse dans une vaste synthèse et fait converger vers le christianisme comme
' Slrom. I. 4, p- 336.
’ Ibid. IV, 1, p.504. — Ihid.l, I : «Nous prendrons pour point de départ la création du monde, et pour guide la sainte et glorieuse tradition; • et Sir. /K, 1 : cLa théorie de la nature conforme aux régies de la vérité ou. pour mieux dire, l'initiation aux secrets de l'univers, tjui s'acquiert par la tradition gnostique, s’élève de U théorie cosmogonique à la contemplation de Dieu. >
> II Éphtt. I, 4 ; Til. /, 3;— I rim. //. 6.
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vcre le centre des décrets divins le passé de l'Iiiimaiiité d ses destinées futures ; il détermine la place de la gentilité et du judaïsme dans l’économie du plan divin et pose le^ bases de la véritable philosophie de l’iiistoire.
Clément se place au point de vue de l’Apôtre des nations, s’inspire de son esprit et développe .ses grands principes. Le i)lan de la création, dit-il, dans son ensemble comme dans ses détails, a été conibiné pour le salut universel pai' celui qui est le maître universel. La gloire de Dieu noanifestée par le bonheur et le salut des hommes, tel est le terme suprême, la raison déterminante de la création. Car Dieu L'st essentiellement bon. Faire le bien est sa nature, comme c’est la nature du feu d’échaulfer et de la lumière d'éclairer *. Seulement Dieu produit le bien librement, tandis que le feu obéit à une aveugle nécessité Principe unique de toute existence. Dieu est la cause première de tous les biens. Toute vérité, toute bonté, toute vertu, tout bonheur découlent de la bonté divine comme de leur source.
Puisque l’existence de l’homme n’a de raison d’être que dans la bonté divine, puisque} par suite, le salut du genre humain est le motif de la création, il doit y avoir entre la création et le salut un rapport non d’opposition, mais de subordination et de fin. Mais Dieu ne s’e.st pas contenté de vouloir le salut du genre humain dans l’œuvre de la création. Bon par essence, si Dieu venait à cesser de faire le bien, il cesserait au même instant d’être Dieu, parole qui .serait un monstrueux blasphème^. Il joint son action providentielle îi l’action des causes créées qu’il dirige jusque dans les moindres détails L Car à quoi servirait une bonté