‹ Clement d'Alexandrie, sa doctrine et sa polemiqueChapitre 38 sur 145 · CHAPITRE ITl · texte numérisé non relu

CHAPITRE ITl

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Pour expliquer l’origine des vérités contenues dans la philosophie grecque, Clément a recours k deux opinions qu’il emprunte, l’une à l’école juive d’ Alexandrie, l’autre à saint Justin et à quelques autres Pères, scs prédécesseurs.

Le Juif Aristobule, qui vivait au ii' siècle avant 1ère chrétienne, avait, dans un but de prosélytisme, cherché à établir la supériorité de la religion des Juifs sur la philosophie des Grecs, en montrant que ces derniers avaient emprunté aux livres saints leurs enseignements les plus vrais, leurs plus belles pensées, et que Platon et Pythagore, en particulier, avaient largement puisé à cette source sacrée. Clément nous a conservé un fragment d’un traité d’ Aristobule, dédié à Ptoléméc Philométor, où cette opinion est clairement profes.sée. « Platon lui-même, y est-il dit, s’est approprié les principes de notre législation, et il est évident qu’il en étudia sérieusement et avec le plus grand soin tous les articles. Avant Démétrius de Phalère et la version des Septante, avant la domination des Perses et la conquête d’Alexandre, un autre interprète avait déjà traduit de nos saints livres les passages qui traitent, soit de la sortie d'Égypte, soit de tous les événements remarquables dont nos ancêtres ont été les témoiirs ou les acteurs, soit de la conquête de la terre promise, soit de

lOR l l.EMKNX U ALEXANDRIE.

l’exposition de notre législation entière. En sorte ([u’il est évident que Platon a puisé largement à cette source, car il avait beaucoup d’érudition. Pythagore fit aussi entrer dans sa philosophie un grand nombre de vérités empruntées à nos livres '. r

Cette opinion d’Aristobule fut universellement adoptée, tant par les juifs que par les chrétiens. Parmi ceux qui cherchèrent à l’établir et à la faire prévaloir, Clément cit Philon le Juif, qu’il appelle pythagoricien .Mégasthèiie. qui fleurit sous Séleucus Nicator Numénius, scion qui Platon était un Moïse parlant grec *. 11 ajoute qu’il pourrait en citer un grand nombre d’autres, dont il n’omet les noms que pour plus de brièveté. Eupolèim*. dit-il ailleurs*, dans son ouvrage sur les rois juifs, déclare que Moïse fut le premier .sage, et que le premier il enseigna aux Juifs la science de la grammaire, (lue les Juifs transmirent ce! art aux Phéniciens et ceux-ci aux Crées.

Clément n’hésite pas à adopter pour son propre complr cette croyance commune è. tous les Pères, ses prédécesseurs et ses contemporains 11 applique aux philosophes le texte de saint Jean (X, 8) : « Tous ceux qui .sont venus avant moi et .se sont donné la mission d’enseigner la vérité aux hommes sont des voleurs et des laiTons. Les philosophes, aussi bien que les faux prophètes, ont été des voleurs, parce qu’ils .se sont approprié des vérités qu’ils avaient puisées ailleurs que dans leur propre fonds, et les

< Slrom. I. 24, p. 410.

• Ibid. l.V, p. :100,-Cf. Pliil., De Filn Mofis, lib. U.

^ Ibid. p. ISOO.

^ Jl yi/i i9ri\0Ù7W 7\yi'MTni Sirom. /, 22, p. 41t.

* .S/rom. /, 2J.

, '* Cf. S. .liiHt., Cohori, f\d génies, 15. — Tatian, Adv. Gratc.» pasfim.— Tcrtuli., Apoïog , il , De Anima. 2.— Les Gnostiqups eux-inémes refusaient AUX Grecs le mérite de l’invention de U philosophie et de la découvert? v/'riîés qu’ollo contient. — VI, d, p. 707.

l.IVRE II.

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ont clcnatuiée.s d’une manière sopliislique, afin de s’en faire croire les inventeurs. » Ce n’e.st pas cependant qu’il leur ait été impossible de rien trouver par eux-mêmes ; car ils ont pu, eux au.ssi, recevoir de Dieu Vesprit d’intelligence .S’appuyant sur l’autorité de Tatien, de Cassien le gnostique, et sur les aveux d’Appien, si connu par la haine qu’il portait aux Juifs, il établit longuement par la chronologie que la doctrine contenue dans les livres sacrés des Juifs est bien antérieure à l’existence des sectes philosophiques les plus anciennes. Il consacre ii cette discussion chronologique une grande partie du livre premier des Slromates *. L;i il sc plaît démontrer longuement aux (irecs, si fiers de leur civilisation et de leur culture intellectuelle, que leur sage.s.se n’était pas antochlhone ; que leurs premiers in.stitutcurs et la plupart de leurs sages étaient d’origine barbare, que leurs plus illustres philosophes, avant de se faire un nom, commencèrent par .s’in- •struire chez les nations barbares, recueillirent leurs traditions, et sc firent initier aux doctrines les plus mystérieuses des sanctuaires. IMaton, cet ami de la vérité, en fait l’aveu pour lui-mème, et ne craint pas de déclarer qu’il est allé s’instruire en Égypte. « La Grèce est grande, ù Cébès! dit-il dans le Phédon, et elle renferme des hommes doués de mille qualités ; mais les peuples barbares ■■<oiit nombreux aussi. » Dans le Tiinée, il nous montre le sage Solon recevant des leçons d’un barbare, qui lui dit : « Solon, Solon, vous autres Grecs, vous n’êtes que des enfants; il n’y a pas un vieillard parmi vous, car vous n'avez pas de doctrine vénérable, ni blanchie par le temps ■*. »

1 Sirom. /, 17, p. 3B>.— Cf. V, 1, p. «'n; I, '>(), p. 377.

‘ Ibiil. /. 21, 22, p. .378.411 .

* fifrf. 7, ir>. p. 3.7.7-3r>fi.

no CLÉMENT D’ALEXANDRIE.

Après cela, Clément croit pouvoir regarder Platon coraim un philosophe hébreu Ce philosophe, dit-il, a appris li géométrie des Égyptiens, l’astronomie des Babylonien?: les Assyriens lui ont fourni beaucoup d’autres connaissances, et les Hébreux ce qu’il a écrit de vrai sur Dieu et sur les lois; car il consulta les livres de l’Ancien Testament traduits par le prêtre Esdras, vers le temps d'Artaxerce. roi de.s Perses Clément ajoute que les philosophes grecs, non-seulement n’ont pas craint de ravir le bien d’autrui e! de s’enrichir des doctrines barbares et étrangères, mai? encore qu’ils se sont pris mutuellement leurs propres pensées; c’e.stdonc ii juste titre qu’on peut leur appliquer la parole de l’Évangile. Ils furent en toutes choses d’in- , signes plagiaires (Aénrifi tx’ttiÇ yç>xŸr,i) , et c’est bien « tort qu’ils prétendent au mérite de l’invention et de l'nriginalité en toutes choses*.

La critique moderne semble peu favorable, pour ne pa.' dire tout à fait contraire h l’opinion adoptée et défendue ki par Clément d’Alexandrie avec un grand luxe d’érudition.

Le plan et le des.sein de ce travail ne nous permetleni pas de discuter à fond et de trancher cette importantes difficile question d’histoire. Nous croyons cependant que les monuments les plus authentiques nous autorisent à dire que, si la thèse de Clément n’est pas entièrement admissible, il n’y a pas moins d’exagération à revendiquer, comme on l’a fait souvent, pour la philo.sophie grecque une originalité complète L Sans doute, toutes les penséo développées par notre .‘;aint docteur, toutes les preovof

• U* iç Sirom. /, 1, p. 3îl.

^ Coh. ad Græc., p. 60.

s Sfroro. Vit 4, p. 7.59.

* « La trailitiou et l’autorité, iLt M. Franck, ne jouent, dana les ines do la pbiloflophie grecque qu’iin rOle tout .5 uif «teennHaire. qnâni

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