‹ Clement d'Alexandrie, sa doctrine et sa polemiqueChapitre 41 sur 145 · LIVRE H · texte numérisé non relu

LIVRE H

Voilà pourquoi T Écriture dit * que l’homme a été créé à l’image et à la ressemblance de Dieu. Il est en effet l’image de la raison royale et divine par l’intelligence déposée au fond de son être et par là naturellement raisonnable *. » Notre âme a donc une origine céleste ; son Auteur y a imprimé comme le cachet de lui-même, vérité, dit ailleurs Clément qui n’a point échappé aux recherches de la philosophie grecque. « Les platoniciens ont appelé la raison un

• écoulement de la volonté divine *. Cette doctrine est con- « forme à ce qu’avait dit Platon lui-même, que la raison « est une immanalion divine qui force les hommes, même « malgré eux, à confesser un Dieu unique, sans commen-

• cernent et sans fin, habitant par de là les deux dans la

• contemplation de lui-même, essentiellement être, tou- « jours être et mesure de la vérité des existences *. » —

• Ce quelque chose de divin qui fait comme le fonds de ' notre âme, Pythagore l’a reconnu aussi bien que Platon

• et Aristote. Xénocrate va jusqu’à ne pas désespérer d’une

• certaine perception de Dieu dans les animaux dépourvus « de raisonnement ; et Démocrite, s’il veut s’accorder « avec lui-même, est bian forcé de s’accorder sur ce point « avec les autres. Car attribuant je ne sais quelles repré- « sentations de l’essence à la brute elle-même, comment « refuserait-il une notion innée de Dieu à l’homme que la « Genèse nous représente animé, à sa naissance, du souille

*Coàor{. ad Græc.t p.78 î (X v«wi À h b xor’ tuovtt nû ntxr*

roÎT» yf’/tv9,^ati )r/9.uivoj, Kstrà TdiôftwTr/JOii/aÇou*-

À9*/utô{. Clément distingue ailleurs entre l'image et la res- ^ablaace: l'homme est l'image de Dieu par sa oaturef il lut deTÎent ^'«blable par sa vertu.

év '^^>9 6€iatf ficifiai it7:ô^j>9iav S/fom. V, 13, p. 698.

CoA. ad Gent.^ p. 59 sq. : Ttj ùnéjifioix BtU^, où Aj «il

lv« TC iï>ai 6^9v.«* Tà dt /àôv«v b ôv+«;

**!•<, l«; rsrrà rsf alvr# xat ^oxjrstr^i cjfwv. ♦

IKS n.ÉMENT I> ALEXANDRIE.

« divin ot form*^ d'uno o.s«ence plus pure que U's auln^ « créatures ' ? »

Telle est, d’après Clément, la nature de la première faculté de l’âme. Ëlle est en nous comme une empreint (•réée, comme un cachet de Dieu. L’illustre Alexandrin en conclut que pour ne pas reconnaître Dieu, l’homme doit méconnaître sa propre nature, sortir en quelque façon de lui-même et détourner les yeux de ce qu’il porte au foal de son âme pour les jeter sur les créatures*, quitter l'Êtn pour ce qui n’est pas®. « il faut donc, ajoute-t-il, quecf- « lui dont l’œil spirituel a été obscurci par une mauvais « éducation ou une fausse doctrine ait recours à sa Ittmièrr « propre, à cette vérité intérieure qui révèle dans les é*crit

• ce qui n’y est pas exprimé »

Entrant plus avant dans l'analyse de la raison purn Clément indique avec une profondeur que n’ont point ik*pas.s<^e les psychologues modernes, les données de cette faculté , son objet et la manière dont elle l'atteint. • b « noûs, dit-il, est par sa nature la première de nos facui- « tés ; mais la sensation est pour nous et relativement »

• nous la première en exercice. La science se compos’ » o.ssentiellcment du noih et de la sensation, » ou, en d’autres termes, des idées de raison pure et des donwVexpérimentales

* Sfrom. K, 13, p, 698 : oil «fiot&ov thxi ôita; iv/oi-xf ràv u

•/I *'A T9Î; i,apuff<5.vaT5i iv /jtrrolaCcIv ©.«k.

rraeà rà âlîia /Airao^^fijv.

^ Cohori. ad p. 80.

* /6id., p. 81 : Ilje^vota oVriÿ xarapa^.«rrat ojvec/ifM»* BtUerj-ç'

©vof'/ 5} TOÛTO ort üfix ovT6#i fffTt T« /al b i.rv.

j-népy/ty^

* .S<rom. /, I, p. 321;<^woé ùm^uÇk'jroit aa/r, rt /xiSt^nàAix ro é^yu

ou/«a. Tipbi TÔ 0UÜ9V jâa^fÇ^ru, iirl rr,/ dX>,9««av, Vr,v iy/piptai t« ar/,^apa

«a/. Remarquons en passant combien Clément estopposé au système tn clitionnaliste, qui place dans le langage et renseignement la source unique de toute vérité.

* Strom. /, *1, p, 435 : ♦>vcl a<v, irpCnOi h v©S>f, ^ xalîTci;

ix oi ato^arw; /a* i'r:t7ri!ur.i ©/vtrraraf 9v»f’a.

LIVKE It.

Les idées fournies par le noûs ne peuvent sans le secours de l’expérience constituer la science, parce que la science (e'jrKjTïîfiï)) implique le raisonnement, la démonstration, et que ces idées sont simples, évidentes, indécomposables *. La manière dont la raison pure atteint son objet n’est pas une opération discursive, ce n’est pas un jugement qui résulte d’une comparaison. Son mode de perception est Y emphase, c’est-à-dire la contemplation, l’intuition ; c’est • la vue de l’œil qui perçoit une chose dans un miroir « ou dans le cristal des eaux *. »

Quant à l’objet perçu par le noûs, c’est l’Ktre absolu, l’Etre par excellence. Dieu dont nous avons en nous l’image et qui se reflète pour ainsi dire dans notre intelligence*. Et cette idée première, une fois conçue, devient IKiur l'esprit la mesure de la vérité des êtres, la lumière qui rend tout le reste intelligible *. En d’autres termes, l’idée de Dieu, considéré comme être absolu, comme être simplement dit, selon le langage de l’école, est innée en mous; elle n’est pas le résultat de l’expérience scmsible, ni du travail de notre activité intellectuelle. L’àme la saisit directement dans ce miroir qu’elle porte au fond d’ellemème. Loin d’être une idée venue du dehors ou produite par l’activité de l’intelligence humaine, c’est elle qui, par sa présence innée dans l’àme, lui donne l’intelligence en même temps que la perception d’elle-même et des autres çustences.

' Sirom. /, 4, p. 435.

’Sfrom. /, 18, p. 374 : îiai iir,j 4UCT' t/JiftlOtv 9ÛÀ9C

O ouv 9t9r.i9toi \7tà9ro}>9{t if yexfic /SÀeff^.ufv -/x/i

et' xxr MaùxçtJ iîr’ ixjroùi iv iyAv

réTrsfirrmjv aêrtev, oTà-^ty i.

*Cofc. ad Gmt, p. 60 i Hfô;, tî5« t&v 5/re<v xAr.ûdzi rè ow t'm

’M» maiijTTti ôvTsa-îl i'i /.xi Tfii tàv furpilXKi Axi xzTaÀx;/-

Cette doctrine de Clément reçoit une clarté nouvelle du développement que lui a donné saint Âthanase, l'un de plus glorieux disciples du savant prêtre d'Âlexandrie.

• Pour en venir jusqu’à faire un Dieu de la créature, dii

• le grand adversaire d’Arius, l'àme a dû oublier qu’ellf

• était faite à l’image de Dieu..., sortir d’elle-même..., '

• quitter VÉlre et poursuivre ce qui n’est pas, couvrir ea-

« fin du voile des sens ce miroir qu’elle porte au fond ' « d’elle-même et par lequel seul elle pouvait voir l’iman i

• du Père '. — La voie pour arriver à Dieu est bien prè c de nous, oui ! en nous. Que si l’on me demande laquelle : t je réponds que c’est notre àme et dans notre âme le

• noàs, le nods par lequel seul on peut voir Dieu et k ; € contempler *. En sorte que l’âme est à elle-même sa i « voie pour monter vers Dieu et qu’il ne lui en faut pas

t d’autre »

En résumé, la première faculté de l’àme, la première origine des vérités , dans l’ordre, naturel, est, selon Clément, le noûs ou la raison pure. La raison pure perçoit intuitivement l’Être, la Vérité absolue, dont l’image est imprimée au fond de nos âmes. Cette perception intuitive fournit des données évidentes, simples, indécomposables*, et il n’est personne qui ne puisse l’avoir, puisque la raison est naturelle, commune à tous, au Grec comme au barbare.

Dieu ne se manifeste pas seulement à Tàme humaine par l’image de lui-même qu’il a imprimée dans le fond de a

I C Ces mots par Uijutl »eul, «V iij méritent notre attention, dit 1*

P. Speelman, que noua prenons ici pour guide; ils prouvent ce que pcnaiit ce grand homme de la suffisance du nous pour monter jusqu'à Dieu. »

* NofûOat X9t « Ces mots, remarque le P. Speelman, nous seo*

blent indiquer uno perception directe ; iU signifient une rue sans inter- I médiaire. »

* Ath., Contra Genfaa, p. 8. i

* Tdt di Tt/ibi vonéatv, «aXx ti rst’t iîytxs! xai Tr/5<5>T3t. Strom, Vit /y p. 917. i

LIVKE II.

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