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nature, il la ramène à lui, quand elle semble le fuir pour se porter vers la créature sensible, par le spectacle de la créature elle-même, de son indigence et de sa dépendance. Dieu se montre encore à l’âme derrière le néant des créatures, semblable au soleil dont les rayons en passant par un milieu transparent s’épanouissent en une mobile et brillante Iris. Ici commence le rôle de la seconde faculté de l’âme, du logos ou raison déductive.
Au huitième livre des Stromales, Clément définit le logos,
€ cette faculté naturelle de l’âme qui voit ce qui se tient
• et s’enchaîne ou ce qui se combat et s’exclut. C’est sur « le logos que reposent les lois du raisonnement et de la
• démonstrations » Le logos a, s’il est permis de le dire, sa racine dans le notU. Il en tire toute sa puissance, mais il en diffère et par son objet immédiat, et par son mode de perception et par ses données.
L’objet immédiat du logos, de la raison déductive , n'est pas l’intelligible pur, l’Être absolu, contemplé en luiméme, mais cet univers sensible et matériel dans ses rapports avec son Auteur ; c’est l’homme résumant dans sa double nature l’esprit et la matière et vivant, pour ainsi dire, intellectuellement du souffle divin ; et, à un point de vue plus élevé, suivant Clément et la théologie chrétienne, c’est Jésus-Christ- unissant dans sa personne l’incréé et le créé, l’immuable et le changeant, l’absolu et le relatif: c’est dans le Verbe incarné l’harmonie du divin et de l’humain.
Écoutons Clément, son langage est ici k la hauteur de sa doctrine. C’est aux philosophes païens qu’il s’adresse, t Mon Orphée, dit-il, a produit de tout autres merveilles
• que vos chantres fabuleux qui ont trompé et corrompu
* /ai oyv iffriv ÿ>av-
îïs i/utfisj .S(rom. Vlil, 3, p. 917. —Cf. /feid., p. 9*28 et 933
IJO CLKJlliNT IJALKXAMJKIE.
« les hommes encore plus qu’ils ne les ont enchanU»... « Son premier hymne est cet univers dont les élément* « discordants entre eux ont été instruits à former par leurs « accords un concert magnifique. La mer qui a rei;u du « maître une nature répandue et envahissante respecte ce- « pendant la mesure qu’il lui indique. I^a terre, de son « côté, d’abord instable et agitée, s’est fixée à son ordre « dans les limites où la circonscrit l’Océan. D’un bout du « monde à l’autre, au firmament comme sur terre, tout « vibre à l’unisson : si les feux réchauffent l’air, les vents « le rafraîchissent... Cependant un instrument plus beau « a retenti sous la main du Verbe : c’est un monde abrégé. « un accord entre l’esprit et la matière ; c’est l’homme « dont l’harmonieuse nature est comme une guitare, dont t l’esprit est comme un chalumeau, inspiré par le souffle « divin, dont la raison est comme un temple où le Sei- « gneur réside. . . Mais voici un troisième instrument, l’ins- « trument par excellence et tout harmonie, la sagesse sur- « mondaine, le céleste Logos. Quels en sont les accents’ « Ouvrez-vous, oreilles du sourd, yeux de l’aveugle ; mar- « chez, 0 boiteux et égarés, dans la voie de la justice;
• insensés, voyez Dieu ;... mortels, écoutez tous ce can-
• tique nouveau, nouveau et cependant éternel : étemel,
« car le Logos est dans le sein du Père, dès avant les « siècles; nouveau, parce qu’il vient de se rendre sen- « sible dans le temps L »
Saint Athanase reproduit sous une forme plus précise et un peu différente cette doctrine de son maître Clément.
« Il y a, dit-il, un logos qu’on pourrait nommer spermatique et qui se trouve dans les êtres même privés de raison.
’ Cohorl. ad Geul., ji, 5-7.
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luyus purement passif qui a besuiii d’une intelligence (|ui l’appréhende. Vient ensuite le logos actif, mais communiqué : c’est le logos humain, qui dans ses manifestations est soumis à la loi des syllabes et dont la parole s’efface bientôt dans l’air, son milieu. Enfin le Ijtgos par excellence {xùrolôyoi), c’est le Verbe de Dieu qui se manifeste substantiellement en donnant aux créatures l’étre et la stabilité '. »
Ces citations suffisent pour déterminer quel est, selon Clément et l’école d’Alexandrie, l’objet précis de la seconde faculté de l’àme. Cet objet n’est pas l’Être pur, l’Être simplement dit, mais l’Être dans ses rapports avec tout ce qui, sans être lui, est cependant, comme le disait saint Paul à l’Aréopage, de lui, en lui et par lui.
Ainsi, le mode dont le logos atteint Dieu n’est pas, comme celui du noûs, immédiat. Ce n’est plus Vcmphase, mais \anliaphase, qui consiste à entrevoir, à saisir les rap- ])orts du créé avec l’incréé, rapports de causalité et de dépendance, d’harmonie et d’unité.
L’exercice de cette faculté suppose donc, d’une part, l’idée de l’Être absolu, idée que l’àine porte en elle-même et qu’elle saisit par la raison pure, et, d’autre part, la notion des existences contingentes, des non-étres, comme s’exprime Clément, fournie par la perception sensible. Son caractère distinctif, son opération propre est de saisir les rapports de ces deux termes. « C’est elle, dit Clément, qui distingue surtout l’homme de la brute. Ce qui fait que la brute n’est qu’une brute, c’est qu’elle est sans logos. Elle voit le ciel ; on la dirait même saisie d’admiration à son aspect; mais, faute de logos, elle en reste là, sans pouvoir remonter à l’auteur de tant de merveilles •
‘ S. Athai). Conlrn GettUs, cité pur le P. Spocltnaii, i. 1.
* Coh. ad Gente$y p. Hl : L*7t«t ©îôv d'i/vatra^, ÿr/jfjw.usva toù AiyiJ.
IM CLEMENT U’ALEXANÜKIE.
Les données du logos diffèrent de celles du nods en ce qu’elles sont complexes et synthétiques, au lieu d’être simples et indécomposables. Comme nous venons de le dire, elles ont deux éléments, un élément de raison pure, et un élément d'expérience. Sous ce rapport elles ont quelque analogie avec la nature humaine, à la fois intellectuelle et sensible, avec la pensée exprimée par la parole, avec le Verbe incarné, harmonie et synthèse de tout ce qui est.
Cette faculté est, comme le noûs, naturelle et commune à tous les hommes et, par conséquent, l’homme n'est pas moins inexcusable quand il n’entend pas la voix de la nature qui lui parle de Dieu et le lui montre par diaphase, que lorsqu'il méconnaît la voix de sa conscience qui le hii manifeste au fond de son propre cœur.
On voit par là que Clément n’admettait pas dans l’homme une ignorance invincible de Dieu. Aussi accuset-il, comme saint Paul, les idoUàtres d’être illogiques et de renoncer à leur raison, qui les fait hommes, en même temps qu’à leur dignité d’images de Dieu *.
Resterait maintenant à montrer ce que Clément entendait par la foi et la périphase, troisième voie qu’il donne à l’âme pour s’élever naturellement vers Dieu. Mais cet examen trouvera sa place dans le livre suivant, où nous traiterons plus spécialement de la foi, tant naturelle que surnaturelle.
Ce que nous venons de dire suffit pour établir qu’en dehors de l’enseignement extérieur de Dieu , qu’en dehors même de l’enseignement humain et du langage, Clément admettait une source de connaissances, et pensait que l’homme trouve en lui-même et dans le spectacle du monde
I Çohort. ad Gentet, p. $4.
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un moyen de s’élever jusqu’à l’Auteur de toutes choses.
• Ceux d’entre les Grecs, dit-il, qui ont cultivé 1a saine
• philosophie ont connu Dieu par intuition et par raison-
■ nement »
En dernière analyse, « il y a, conclut notre saint doc- « leur, dans la philosophie, fût-elle dérobée au ciel comme « le feu par un autre Prométhée, une étincelle de flamme
• divine, laquelle, convenablement excitée, est propre à t produire la lumière ; il y a des traces de sagesse et une « inspiration venue de Dieu. Les philosophes grecs peu- « vent être considérés comme des voleurs et des larrons,
• en ce que, ayant pris aux prophètes hébreux avant la « venue du Sauveur, quelques fragments de vérité, ils se « les sont attribués comme des inventions qui leur étaient
• propre.s, ou les ont altérés par des raisonnements so-
■ phistiques. Mais ils ont aussi trouvé par eux-mémes « quelques vérités, car il n’est pas invraisemblable qu’ils « aient reçu, eux aussi, l’esprit d’intelligence dont parle
• l’Écriture, quand elle dit : Adresse-toi à tous les sages que
• f ai remplis de l’esprit d'intelligence »
La tradition et la révélation surnaturelle, d’une part, d’autre part, la raison éclairée d’une manière naturelle par la lumière du Verbe, telles sont donc, dans la pensée de Clément d’Alexandrie, les deux sources d’oii dérivent les vérités contenues dans la philosophie grecque. Notre illustre docteur en tire la conclusion que la philosophie
* kar' i/itpaatv oî xa'i iûfxiv/ oi otxpiÇCti napà otop&ai tàv
^<5v. Sïrom. /, ly, p. 37'l.
* L‘'»tcv ôûv r.â-y «ÿt/owpf’a "nûp è)tyov ilç p*; i7rer»îOfwv yprfli}^i
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«t îTvivua ats9v|sco*; i«/»}xa«tv. Sfrom. /, 17, p. 3(59-370. — Cf. Èxod.t 28..3.— On peut voirpar l'explication queClément aonne ailleurs de i'eipriJ d'inteîH’jenre (Sirom. p, 330), que l'inspiration dont il est ici question n’est pas une msfiration surna(urel/e. mais un concours nature), quoique extraordinaire, donné par Dieu à ceux qui cherchent sincèrement la vérité.
OLKMEM I) ALKXANUUIi;.
vient de üieu, seul auteur de la nature et de la grâce. 11 remarque que, même en admettant l’hypothèse de quelques adversaires de la philosophie qui prétendent qu’elle vient immédiatement du démon, il faudrait toujours reconnaître que les vérités incontestables ((u’elle contient et le bien qu’elle a produit remontent jusqu’à Dieu, principe nécessaire de toute vérité et de toute vertu Le démon n’en serait, sous ce rapport, que la cau^ instrumentale et involontaire, et l’on devrait toujours la regarder comme un don de Dieu.
Clément ne se contente pas de venger l’ordre naturel et de défendre la philosophie par la considération de son origine divine, il en relève de plus la dignité, en indiquant quel est, dans le plan divin, son rôle providentiel, quel? sont ses rapports avec la révélation et l’ordre surnaturels.
1 Strom. I, lu Cl 17 » , 1, p. 050 i— Vil, a, p. SUi.