‹ Clement d'Alexandrie, sa doctrine et sa polemiqueChapitre 67 sur 145 · I.IVKK · texte numérisé non relu

I.IVKK

d’adnielire (|ne ce monde et liii-mème ont été abandonnés an ba,"<ard |)ar le Créateur dont il porte l’image et l’idée empreinte.^ dans son àme; parce que, dans le fait, la Prosidence se révèle à lui par les bienfaits dont elle l’entoure. — La foi surnaturelle, au contraire, n’a aucun rapport nélessairc avec la nature humaine; elle c.sl au-dessus de ses exigences comme de son pouvoir. « La doctrine de la piété 1 est un don, et la foi une grâce. »

Dès lors la foi est relativement à la nature de l’homme un fait contingent qui ne s’y rattache par aucun lien nécessaire et n’a d’autre principe que la bonté de Dieu. La foi ne se peut pas démontrer à priori. .Son premier principe, son principe immédiat, c’est Dieu .se communiquant luimême par pure bonté. « Le .Seigneur lui-même, dit en ce

• sens notre grand docteur, est le principe de notre doc-

• trine. C’est lui qui, nous parlant en diverses circon- « stances et de mille manières, par les prophètes, par

• l’Évangile et par les apôtres, nous conduit du principe « au terme de la connaissance *. »

La parole de Dieu est tout ensemble intérieure et extérieure : il parle au dedans, tandis que le son de sa voix frap])e au dehors les oreilles, autrement il ne serait pas entendu. En ce .sens, la foi est une révélation intérieure et extérieure, un bien du cfcur et une grâce du dehors.

La foi a .son motif propre comme son origine immédiate en Dieu. Elle se fonde sur sa parole infaillible, qui produit la convicti(jn de l’esprit et la confiance du cœur. • Nous

• opposons à tous nos adversaires, dit Clément, un argu-

• ment péremptoire ; la parole de Dieu, qui s’est expli- < c|ué lui-mème dans les Écritures sur tous les points qui

' Nlfom. 1'//, 10. |i. k;»o.— K/, 7, [«. 70Î*.

CLEMENT D ALEXANORIE.

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• 8ont l’objet de nos investigations. Quel est riioiiimc « assez inijiie pour ne pas ajouter foi ii la parole de Dieu, a et pour lui demander des preuves comme on en de- « mande aux hommes *. Nous croyons donc celui de qui « nous espérons avec confiance la gloire (livinc et le saliil.

• Or, nous n’avons cette confiance qu’en Dieu seul, qui « tiendra, nous le savons, les riches promesses qu’il nous « a faites »

Le motif propre de la foi est donc la véracité divine. Ce n’est pas l’évidence intrinsèque de la vérité révélée, mais la souveraine autorité de celui qui révèle. Autrement, la raison humaine serait, en dernière analyse, juge de la parole de Dieu. « Or, dit Clément, à quel titre opposer « notre science à la science divine ®? >

Est-ce à dire que la foi surnaturelle maiu|ue dans l’ànie humaine de fondement rationnel? Non, assurément: rar, d’une part, la raison enseigne qu’il est souverainement raisonnable de croire à Dieu, et, d’autre part, il lui reste le droit et le devoir de constater que Dieu a réellement parlé. Quand il s’adresse à nous. Dieu ne peut laisser sa parole sans témoignage. Aussi, de quels signe.s évidents n’a4-il pas entouré la manifestation de son Fils, le Sauveur des hommes? « Signes qui ont précédé sa venue, ou prophéties « qui l’annoncent ; signes qui ont accompagné sa venue, « ou léimignages de tout genre; signes qui l’ont suivi, « ou miracles qui le proclament hautement le Fils de « Dieu, et, par conséquent, le Maître suprême de toute

• vérité »

* S/rom. l'.l, ü. 6i(> 'ÀTiiirtv/ f.m t** «nw'xfiif**

aorarrfiv «0 — Cf. //, 10, p. 111, su’,

f Ibid., p. 444.

3 Il, 4, p. 430.

• Ibid, r/,15, p. Hoi.

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Lu paît de la raison, si elle n'est pas la première dans lu formation de la foi, reste, on le voit, assez belle encore. Kl le doit SC soumettre, mais sa soumission h un maître dont elle ne peut méconnaître l’autorité sans se renoncer elle-même, loin de ,1a déprimer, l'élève ; loin d’enchaîner son activité, d’aflaiblir sa puissance, lui donne une force pins grande et lui ouvre dos horizons nouveaux. La parole de Dieu l’inlroduit dans des l égions dont l’entrée lui était naturellement fermée, et les clartés qu’elle y découvre rejaillissent à leur tour, en les éclairant, sur les parties obscurcies de son propre domaine.

La foi n’est pas seulement divine parce (|u’e.llo a pour princi|K! la parole de Dieu, cl pour fondement sa véracité ; elle est divine aussi par son origine psychologi(|iie dans l’àme humaine. C’est Dieu lui-même qui, par sa gnke, incline l’homme à croire à sa parole. Sous ce ra|)port. la foi est une sorte do faculté surnaturelle, une vertu infuse, comme parle l’École, qui donne à ràme l’aptiludo nécessaire pour s’approprier l’en-seignemcnt révélé L La foi n’est donc pas l’apanage des gens simples et gro.ssiers, comme le prétendent les Valentiniens. Elle n’est pas non plus nécessitante, au sens des Basi lichens.

La grâce de la foi, en s’ofl'ranl à tous, laisse à chacun sa liberté et exige de chacun son concours. « Dieu, le

• Seigneur de tous les hommes, des (Irecs et des barba-

• res, pei’suadc ceux cpii veulent .se laisser persuader;

• mais il ne force personne ; car â chacun a été donné le « pouvoir de se dé'terminer par son proiiro choix (Jue

• si lu foi était le fait (le la nature (jt non d’une élection ■ libre, ou aurait tort de reprocher aux uns leur im n-du-

* Ntrotn II, tî, p. ll.V;-.|', I, p. (117 ’ /M. Vil, i, p.

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lité et de faire aux autres un mérite de leur croyance. On ne voit pas non plus à quoi servirait le sacrement de rég^ nération, et la pénitence, et le Fils et le Père, puisque le salut serait le fruit de la nature et non de la grâce. Enfin, nous ne serions, dans cette hypothèse, que des espèce* d’animaux que la nature tirerait en divers sens, comme par d’irrésistibles liens, et le volontaire, aussi bien que la tac dance appétitive qui le précède, ne seraient que des mob vides de sens La foi n’est donc ni naturelle, ni nécessitante. Elle est tout ensemble une grâce et une élection libre.

Considérée dans son élément divin, c’est-à-dire dans son principe immédiat, dans son motif propre et dans son objet, la foi contient toute vérité, toute vertu. Elle n’admet ni incertitude, ni obscurité, ni défaillance, o C’est, dit Clément, la Vertu et la Sagesse même de Dieu » Rien ne manque à sa certitude. La démonstration ne peut la rendre ni plus inébranlable, ni plus évidente Rien ne manque non plus à son efficacité, t La foi est, en quelque « sorte la puissance de Dieu, étant la force de la vérité.

. « Le Sauveur a dit, en effet : Si vous avez de la foi comM « un grain de sénevé, vous transporterez les montagnes. « Et ailleurs : Qu'il soit fait selon que vous avez cru. L’un « est ainsi rendu à la santé par sa propre foi, l’autre à • la vie par la foi de celui qui avait cru à sa résurrer- « tion *. »

Envisagée dans son élément humain, comme une élection libre, la foi présuppose un acte intellectuel et le désir du bien. Elle comprend donc les deux facultés fondamen-

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