‹ Clement d'Alexandrie, sa doctrine et sa polemiqueChapitre 69 sur 145 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Importâocr. dUfoHé et nature de la Oooae.— De la Onoee ■péoulatlee.

Lfi foi pos.-it'de uno vortii vraiment sanctifiante. Elle a sur la pliiln.snpliie cet immense avantage, (jiie par elleiiit'mc elle peut justifier riiomme et lui procurer le salut.

« Ou’uti Crée, dit Clément, ayant négligé préalablement

• l’étude de la philosophie, embrasse la véritable foi; si

• !;ro.ssicr eju’on le suppose, il laisse les autres à une im-

• mrnse distance derrière lui , car il trouve dans la foi < l’abrégé du salut et de la perfection C C’est pourquoi

• l’ Apôtre ne veut pas que notre foi se fonde sur la sagesst^

• des hommes qui font profession de persuader, mais sur

• la vertu de Dieu qui, seule et sans le secours d’aucune

• démonstration , nous .«auve par la foi »

La philosophie n’est donc nécessaire ni à l’acquisition de la foi, ni par conséquent au salut, ou plutôt, comme parle notre saint docteur, la foi et la vie de la foi • est une philo-

' Slroni. i rr, 2, p. ftll ' r. 1. p. ma.

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*r. ri.ÉMF.NT n Al.F.X ANnRIE.

. sopliie qui n'.i pas un l)os*>in al»soIu (hi s«’cnnrs dt^s Ifl-

I tros et qui est acoessible <\ tous , au rirec comme lii • barbare, à l'esclave comme au vieillard, à l’enfat' « comme à la femme *. »

Ce n’est pas à dire cependant que le don divin de la foi dis l>ense le fidèle de tout effort de l’intelligence et de la libertà Non, nous l'avons dit, Clément n’admet pas une foi oisive*.

II veut que par le concours énergique, persévérant de sa raison et de sa volonté, le fidèle s’approprie la vérité révélée, qu’il entre de jour en jour plus avant dans l'intell!geuce et dans la jiratique de cette vérité, en un mot, qu'il travaille, avec le secours divin, îi étendre et à perfectionner sa foi autant qu’il en est capable De là. l’importance et l’excellence de la gnose ou de la foi scientifique.

Comme nous l’avons remarqué dans le premier livre d<' celte étude, Clément avait ici des jnéjugés à combattre. l’Iusieurs chrétiens se défiaient de la .science. I,cs uns prétendaient que leschrétionsdevaient s’en tenir aux cho.ses(ir la foi cl rejeter tout ce qui lui est étranger comme inutil' ou nuisible au salut *. D’autres se croyant dispcns««s, i»r rexcellence de leur nature, de tout travail de l’in tel ligence. ne voulaient entendre parler ni de philosophie , ni A' dialectique, ni d’étude naturelle; ils n’admettaient queli foi juire et simple ®. Ainsi les uns rejetaient la science pir crainte, les autres par pré.somption.

Clément combattit d’autant plus vivement ces erreurqu’il les jugi'ait déshonorantes pour la foi et destructives de la liberté morale, « De même, dit-il, qu’il est naturel »

< Slroin. iy,S, n, 590.

• IbiU. V, 1, p. 050.

’ Ibid. Vil, 10, p. 801.

‘ Ibid. t. 1, p. :1Î0.

» Ibid. I, 9, p. 041,

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UVUK IV.

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roini qui a (le.«s mains do saisir les nhjols, et do voir à : oolni qui a dos yeux sains, ainsi le propre de coliii qui a la foi e.=it d’acquérir la connaissance, pourvu que sur ce ( fondement de la foi il veuille élever avec l'or, V argent et t \es pierres précieuses l’édifice du salut ^ (Jue si l’on prétend que l’ignorance, le manque d’instruction et de cul- « ture, donnent aussi bien que la science l’intelligence des

• vérités de la foi, on devra du moins accorder que si l’on I peut bien vivre dans l’indigence, on peut aussi bien vivre « dans la richesse d’un esprit cultivé, et ([u’avec le secours « d’une in.struction libérale on s’avance plus facilement et « plus rapidement dans la carrière de la vertu, quoiqu’on « puisse arriver au terme .sans un pareil secours. Loin « d’être nuisibles à la foi, l’étude et la vraie science la « rendent plus ferme et plus inébranlable. Car. on général,

• on ne peut comprendre sans élude les vérités révélées, « et CO n’est pas la foi seule, la foi pure et simple, mais la « foi unie à la science qui sait choisir entre les saines doc-

• trilles et les mauvaises C’est donc sans fondement que « quelques-uns redoutent la philosophie comme les enfants

• ont peur des fantômes. C’est une preuve (|ue leur foi > manque de science si elle peut être ébranlée »

tôuant ceux qui prétendaient que le don de la foi, ou pliilôl rexcellence de leur nature, les mettaient en possession d’une sorte de science infuse qui les dispen.sait de toute élude, de tout travail. Clément leur oppo.sait ces fortes et décisives raisons. « La .science comme la vertu, leur

• disait-il, ne nous est pas innée. Mlle est fille de l’éduca- ■ tion et des relations récipro(|ues. Pour .se livrer îi nous,

' Sironi. r;, 17, p. 819.— Cf. I Corinih.. III. H.

•1,IH rl.KMKNT ri ALEXAXDUIK.

« Plie |•(^clanlP, dt>s le principe, les soins, la culture de l iii- « telligence et les progrès du disciple. C’est par la n- 0 flexion, par une inédilation Jissidue qu’elle s’acqiiien el « devient comme une propriété, comme une habitude ik « l’àme La volonté de Dieu est que nous soyons les art- « sans de notre salut. Voilà pourquoi nous sommes dou-'

« de liberté -. L’àme humaine est donc un champ qui.

« pour produire des fruits, exige la culture. Le j)rcniieroa- « vrier de ce champ est Celui qui , depuis la création à « monde, répand d’en haut les semences nutritives: Cdn • qui, dans tous les temps, a fait pleuvoir sur l'homnvlf . Verbe divin. Mais ces semences divines pour df'>

« lopper, cette rosée céleste pour féconder le champ ik « l’intelligence et du cmur, réclament la culture el l'- « soins de l’homme lui-mème ■*. » A ces raisons, qui établissent avec tant de solidité la nécessité de développ’fde féconder par l’élude et la pratique de la vertu le doit de la foi et d’en acquérir la science. Clément ajoutait IW'’ preuve plus grave encore, l’autorité des apôtres elparticu lièrement de saint Paul,

Le grand Apôtre, dans sa première épître aux Corinthiens, appelle la simple foi le lait des faibles, des enfanlN j « Mes frères, leur dit-il, je n’ai pu vous parler comme à d'': ; « hommes spirituels, mais comme à des hommes cliarnelf. j « comme à des enfants en .lésus-Christ. .Je vous ai domw « du lait plutôt que de la nourriture .solide que vous i»; 1 « pouviez et que vous ne pouvez encore porter, car 'OU; ^ « êtes encore charnels » Il exprime dans sa .■s'i'oiidf

» iS/rom. VI, 9, p. 7"0.

* Ibtd. VI, 12, p. 78.

^ Ibid. I. 7 Pt 9.

‘ I Corinlli., III, 1, 2. - Cf. Shom. V, (, |> , H60.

i.iviu: IV.

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‘pitre le désir de les voir « riclies en tonies choses par la « foi, par la parole, par la connaissance ou la gnose » Il iistingue, dans sa lettre aux Romains, deux espèces de foi, une foi commune et une foi plus élevée qui , s’établissant sur la première comme sur son fondement nécessaire, se développe et atteint sa perfection dans le fidèle par la doctrine et l’accomplissement des préceptes du Seigneur, c’est-à-dire, par la charité -.

Saint Pierre, écrivant, de son côté, aux fidèles de l’Asie, de la Cappadoce, du Pont, leur recommandait de «croître « dans la grâce et dans la connaissance (yvw'îsc) de Jésus- « Christ, notre Seigm'ur et Sauveur »

Telle était, ajoute Clément, la foi des apôtres. Aussi à peine en eurent-ils connu l’excellence et la puissance qu'ils prièrent le Seigneur de l’accroître en eux. Alors, semblable au grain de sénevé qui finit par devenir un grand arbre, elle prit de tels accroissements que la connaissance des plus sublimes mystères vint se reposer sous son ombrage'. Il est donc salutaire de chercher à connaître Dieu, pourvu que cet esprit de recherche ne dégénère pas en vain amour de dispute. Car ceux qui cherchent avec sincérité, la louange de Dieu sur les lèvres, ceux-là obi ienliront le don divin, c’est-à-dire la connaissance ou la gnose, et leur ànie vivra

Telle est, suivant notre saint docteur, la dignité et l’imiwtance de la gnose. Mais quelle en est la nature? En quoi précisément dilî'èrc-t-ellc de la simple foi et lui est-elle supérieure? Qu'est-ce qui la distingue de la gnose héré-

' Il Corinlh. VIII, 7.

* Rom. 1. Il, 12, 17. — Cf. ftiroin. T', I.].. M). ;IIKp.III, 18.

‘Slrom. V, 1, p. 611.

i I EMKNT n’AI.EXANDUIK.

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tique et de la science humaine? Quels sont les élénvD!' dont elle se compose, les effets qu’elle produit, le temip auquel elle aboutit? Pour résoudre ces questions aussi déiicates qu’intéressantes, nous allons d’abord citer les propres paroles de Clément.

« La gnose, dit-il, est la science de l’être en lui-même « ou la scieneequi est en harmonie avec les phénomènes *.> Le gnostique, par conséquent, ne se contente pas de croire ce qu’enseignent les livres sacrés, mais il en a rintelligen'-e profonde; il ne reçoit pas la révélation divine sans y appliquer son esprit, mais il se l’approprie par l’effort de sa raison à ce point qu’il ne peut pas ne pas croire ; il ne s’arrêt»' pas à la lettre morte, mais, guidé j)ar l’esprit de la sainte Écriture, il peut approfondir tout ce qui scu’apporte à la foi et au salut, et tirer des vérités clairement énoncées la démonstration évidente des mystères cachés *. « Le vrai gnos- « tique est donc celui qui possède toute espèce de sa- « gesse • Mais de même que le vrai fidèle est celui qui met sa vie en harmonie avec sa foi, ainsi pour être véritablement gnostique il ne suffit pas d’avoir la sagesse en partage, c’est-i'i-dire de jiossi'der spéculativement et de convprendre scientifiquement la doctrine révélée ; il faut de pla< se l’approprier par la conduite et les œuvres à ce jX)int que le modèle offert par le Christ soit toujours sous les yeux, et que la vie entière soit un effort continuel de le glorifier par l’imitation do ses vertus, • En effet, dit notre saint docteur. • le gnostique a une double fin à poursuivre : la contem- « plation de la vérité et la pratique de la vertu L »

* Strom. //, 17, p. 408 : rvîisi; i*rfy7T<v>5 tsw

SMvs; T5Î> ytv9/4îv9tj.

* /tirf. Vil, 16, P, 861.

* Ibid. I, 13, p. 350: o <h tï;,* f.urrftco;, û,

ifïj yvimtîti,'.

^ Ihid.ru, 16, p. 89.V

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