‹ Clement d'Alexandrie, sa doctrine et sa polemiqueChapitre 71 sur 145 · I.IVKK IV · texte numérisé non relu

I.IVKK IV

• le secuuis des lettres. Il est doue nécessaire que la

• gnose, ou, si vous aimez mieux, la sagesse, s’exerce jus-

• qu’il ce qu’elle se transforme en un état de contempla-

• don éternel et immuable La fausse gloire est étran- « gère au gnostique comme la vérité lui est propre et

• familière Car la vraie science que po.ssèdc

« seul le gnostique est une compréhension ferme i|ui s’é- « lève par de vraies et solides raisons à la connaissance

• de la cause ''. En effet, la connaissance et la compré- ■■ liension des choses perceptibles seulement h l’intelli-

• gence peut h bon droit être appelée science immuable,

• et elle a un double objet. D’une part, elle contemple le « monde divin : quelle est In cause première, quel est « Celui par qui tout a été fait et .sans lequel rien n’a été

• fait, quels rapports soutiennent entre elles les cho.ses

• divines, leur ordre, leur puissance, leur ministère. « D’autre part, elle a pour objet l’étude des chosi;s hu-

• inaines : ([uelle est la nature de l’homme, ce qui est con-

• forme ou contraire h sa nature ; comment il doit agir ou

• pâtir; en quoi consistent ses vertus et .ses vices, ce qui

• est pour lui bien, mal ou indifférent; tout ce qui se rap-

• porte au courage, à la prudence, à la tempérance et à

• la justice, c’est-â-dire k la perfecdon même de la vertu L

• La gnose est la contemplation des es.sences, d’une ou de > plusieurs, ou de toutes ensemble si elle est parfaite. Car

• bien qu’on dise que le sage est convaincu ne pas com-

• prendre certaines choses dont il sait .seulement qu’il ne ' les comprend pas, le gnostique dont je parle comprend

* .''(rom. VI, 7.p.'î71. Clcmt'iit, qui iiientitic ici la saye^se t.l la gnvie, les islmpue ailleurs comme la partie du tout. (Cf. ülr. VU, 10, p. SOI sq. )

lis(

•nid. K7. ’ie.Vsïo.

IM. VI, 18, p. 825.

* /lid. Vil 3, p. 838.

ïll CI.ÉMENT n'AEEXANUKIE.

« ce qui semble incompréhensible aux autres, parce ([u'S • croit que rien n’est incompréhensible au Fils de Dieii.

« et par conséquent rien dont il ne puisse être instruit par « ce maître divin. Il est raisonnable, en effet, de croire « (jue Celui ((ui s’est livré à la mort par charité pour nous « no nous cache rien de ce qui produit la science gnosîi- « que Ainsi le gnostique puise dans l’enseignement di- « vin l’intelligence vraie et sublime de toutes choses*.

« Car de meme qu’il y a un médecin parfait, un phili>

« sophe parfait, il est à croire ([u’il y a aussi un gnostique « parfait. » (Juant à la fin que doit se proposer le gnoar tique. Clément ne veut pas qu’il en ait d’autre que la gno*J elle-même. Au gnostique fermement établi sur la base de la foi doué d’intelligence et de perspicacité, il ne convient pas de rechercher la science de üieu pour quelque récompense, dans le but, par exemple, d’obtenir tel ou tel avantage particulier, mais la fin de la contemplation doit être la contemplation elle-même. « J’oserai même dire, r ajoute Clémcnl, que celui qui aspire à la gnose pour « acquérir la science divine ne la recherchera pas préci- » sèment dans l'intention d’être sauvé. Car, par l’exercice, l’intelligence devient une habitude, et comme com- » prendre toujours sans ralentissement ni inteiTuption est « le propre du gnostique, cette contemplation permanente « devient en lui une substance vivante. C’est pourquoi,

« supposé que par impossible la connaissance de Dieu el « le salut étemel fussent séparés comme ils sont unis, et « qu’on mît le gnostique dans l’alternative de clioi « l’une ou l’autre, il n’iiésiterait pas à choisir la conna^

' .s/rom. VI, 8, p, 775.

’ Ibid. VII, U, p. 867.

’ l’,rdiig. /, ü, p. 1 16.

UV1U-; IV.

« sauce de Dieu, jugeant ([u’uii doit leclierdier pour elle- . même cette propriété de l’ànie, qui de la foi s’élève à la

• giio.se par la charité

Parvenu à ce haut point où il po.s.sède la science divine, le gnostique ne répudie pas pour cela les lettres et les sciences humaines. « Son principal objet, dit Clément, est « la gnose. Mais il prête aussi une attention secondaire « aux études, ([ui .sont un exercice utile h la gnose, em-

• pruntant ùchacpie science profane ce qui peut être utile

• à la vérité. » Ainsi le gnostique ne demeurera pas étranger à la musique, à rarithmétique, à la géométrie. L’astronomie et la dialecti(|uc lui fourniront aussi des .secours utiles à la connaissance de la vérité Le gnostique pourra même chercher dans ces études un délassement pour son esprit. • Sans doute, dit le docteur alexandrin, le « gnostique s’applique sans cesse aux choses principales;

• mais, s’il lui arrive d’avoir quelque loisir, il l’emploiera < à relâcher son esprit par l’étude moins sériemse de la

• philosophie grecque, comme on unit dans un repas le

• dessert à une nourriture plus solide, sans faire toutefois

I« de l'acce.ssoire le princiiwl, et en se tenant toujours • dans les bornes convenables. Quant à ceux qui, dans la « philosophie, cherchent, non ce qui est nécessaire, mais • futile, et ne s’occupent que de questions sophistiques, < ceux-là, évidemment, ne pour.'juivent que des fantômes. « De plus, s’il est bon de Scavoir toutes cho.ses, cependant • celui qui n’a pas as.se?. de force d’esprit pour tout ap- • prendre doit se borner à ce (jui est plus important » ^ Telle est la gnose .spéculative de Clément. Les passages

jS ' >''lrom. /r. 22,]i.

- K'ta. \’l. 10, p. 770 »4.

» ' JVirf. r/, 13, I>. «-2i.

il« Cl.KMENl n’AI-EXANKltlK.

(juu iiuus venons de produire soulèvent de graves tiuestions, et ont fourni matière à des interprétations fort diverses. Mais la discussion de ces textes deviendra plus facile et plus complète après l’exposition qu’il nous reste à faire de la gnose pratique, ou de la perfection morale du gnosliciue.

Page 1