CHAPITRE
0« la 6noa« pratlqqe. PortraH du Gncatiqua.
Le gnotfti(iuc, î^c'luii lu doclriiie de Clément, est le parfait chrétien, et la gnose la perfection du christianisme. Toutefois, notre docteur distingue, dans cette perfection, divers degrés que doit parcourir le gnoslique avant d’atteindre le faîte de la vertu : « Il y a, dit-il, trois degrés de
• la perfection gnostique : le premier est la doctrine
• unie à la crainte, par la(]uelle nous évitons l’injustice;
• le second est l’espérance (|ui nous fait désirer les biens > parfaits; le troisième, et le ])lus haut, est, comme il
• convient, la charité La perfection gnostique a donc « pour fondement cette trinité sainte : la foi, l'espérance < et la charité, la plus grande des trois. »
\rmé de ces trois vertus théologales, de ces trois facultés surnaturelles de sa nouvelle vie, le fidèle s'élève successivement jusfiu'à la plénitude de l’dye du Christ, juspi à la mesure de l'homme parfait. Il surmonte d’abord la concupiscence par la continence, et commande en maître à ses passions *. L’exercice de la lutte contre lui-même et la pratique de la patience le mettent bientôt au-dessus de la crainte et de la colère, et il parvient à cette harmonie de
' Sirom. IV, 7, |i. 5S7 I Cormlh-, xiii, is
■* HiS. lïï. passiin.
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ilü C1.KMKNI' IJ ALKXANDKIK.
Tàmc (|tii est la justice chrétienne. « La volonté, le jugt- « ment et l’opération sont en lui identiques. L’esprit, tou- « jours disposé de la même manière, a toujours aussi la ■ même doctrine, porte toujours les mêmes jugements, ck « façon que les paroles, la conduite et les mœurs sont « toujours en harmonie parfaite et avec eux-mêmes et avec « le Verbe ’. Tout se tient donc dans la justice gnostique. « et en posséder une vertu, c’est les posséder toutes • Dans cet état de Justice, le gnostique fait trois chos*>s ; « 11 contemple, il accomplit les préceptes, il forme des « hommes vertueux Le vrai gnostique, fait à l’imag', « et à la ressemblance de Dieu, est celui qui imite Dieu « autant qu’il le peut, et n’omet rien de ce qui p>eut nîn- « dre de plus en plus parfaite cette ressemblance. Prati- « quant la continence, la patience, la justice, il commaiid ' « en maître aux passions de son càme, donne ce qu’il pos- « sède, fait le bien selon ses forces, et par sa parole et « par ses œuvres L Insensible au blâme du monde et à la « mauvaise réputation que fait le vulgaire, il ne se lais» « conduire ni par l’opinion, ni par les applaudissement.-. « Qu’il entreprenne des travaux, qu’il fasse ce que le dc- « voir impose, ou qu’il supporte courageusement les acci- « dents qui lui arrivent, il apparaît un homme supérieur « aux autres hommes *. »
Le gnostique ne s’ en lient paS <’i la pratique de ces vertus et à la perfection qu’elles supposent : il s’élève plii> haut. La justice le conduit k la piété. « Celui qui s’est (fa- « bord appliqué à modérer ses passions, à devenir impas-
* Sfrom. II, 17, p. 469
* Ibid. II, 18. p. 470.
’ Ibid. II. 10. p. 4.V8.
‘ Ibid. Il, 19, p. 480.
‘ Ibid. VII, 3, p. 838.
• sible, et qui a grandi jusqu’à la pratique des bonnes . œuvres de la justice gnoslique, celui-là est égal aux an- « ges. Brillant comme le soleil par l’éclat de scs vertus, il « s'élève à la sainte demeure, comme les apôtres, par la « gnose et par la charité *. » Sa vie est tout entière dans le ciel. Là sont ses pensées, son cœur et tous ses désirs. Indifférent à tout le reste, il n’aspire à d’autre bonheur qu’à celui « d’être toujours le royal ami de Dieu. Aussi, « qu’on le couvre d’ignominie, qu’on le condamne à l’exil, « qu’on le dépouille de ses biens, qu’on lui arrache même « la vie , jamais on ne pourra lui ravir la liberté et l’a- « inour souverain de Dieu *. Il est plus grand que le' » monde seul il est vraiment saint et, comme il est « égal aux anges, il n’a plus besoin de leur secours ® ; il • unit ses prières à celles de ces esprits célcste.s. Bien plus, « par son union avec Dieu, le gnostique devient Dieu « lui-même ®. Le Sauveur, le Fils unique du Roi univer- « sel, l’empreinte (yapaxTrip) de la gloire de Dieu imprime « sa propre image au gnostique, habite en lui et lui com- « munique sa ressemblance, de sorte quelle gnostique « devient la troisième image de Dieu, aussi semblable que « possible à la seconde, à Celui qui est la véritable vie et « la source de notre vie »
Clément a réuni tous ces traits épars de la perfection gnostique dans un tableau plus large et plus achevé qu’il en trace au VU* livre des Stromales. Nous croyons utile de le reproduire presqu’en entier. On ne se plaindra pas de
CLKMKNT U AI,KXANDIUK.
iiO
la longueur de nos citations. (Juand elles ne seraient i>as nécessaires pour faire apprécier il sa juste valeur la doctrine du maître alexandrin, on les lirait encore avec l'intérêt qui s’attache nécessairement à une conception et à une pratique si hautes de la morale évangélique.
« Le gnostique, dit-il', instruit do la doctrine divine, « comprend tontes choses avec vérité et grandeur. Pre-
• liant son point de départ dans l’admiration que produit « en lui le spectacle des créatures, et trouvant dans cette
• admiration même l’indice certain (|u’il est propre à ac-
• quérir la gnose, il s’empresse de devenir un ardent dis- « ciple du Seigneur. Dès qu’il a entendu parler de Dieu et
• de sa Providence, il y a cru, convaincu qu’il était par « les merveilles de la création. Animé de cette foi, il sc « livre avec ardeur k l’étude et fait tous les efforts |iossi- « blés pour acquérir la connaissance des choses qu’il « désire. Ce désir, formé dans son cœur par le progrc.< de « la foi, s’unit avec l’esprit de recherche ; et alors il se rend « digne d’une si grande et si haute contemplation. C’est « ainsi que 1(? gnostique prendra goût à la volonté de Dieu; « car il ne prêtera pas seulement les oreilles, mais il ou- « vrira son esprit aux choses exprimées par les mots; et. « comme sous l’enveloppe des mots il saura comprendre « les essences des choses et les choses elles-mêmes, il « saura aussi appliquer son âme à l’observation parfaite « des préceptes... II se livre à la contemplation scienti- « fique afin de pouvoir, par cet exercice préliminaire, s’é- « lever à la contemplation plus universelle et plus haute « de la parole divine , bien convaincu , comme le dit le « prophète , (jue c’est üieu cjui enseigne à l'homme /«
* S/i'ym. Vn, p.
science, par la bourlie de l’homme. Et c’est pourquoi il a 'voulu se faire homme lui-môme. Le gnostique ne prélère donc jamais l’agréable à l’utile, le plaisir au devoir... Tel fut Joseph que la femme de Putiphar ne put rendre . infidèle... Frappé par la maladie ou par un accident, en I face de la mort elle-même, le plus terrible des maux I d'ici-bas, il conserve un esprit tranquille. 11 sait que ce I sont là des nécessités de la nature ; il n’ignore pas non < plus que, par la puissance de Dieu, ces maux deviennent ■ un remède de salut, qu’ils sont une discipline salutaire
• pour les âmes dont la transformation ofl're plus de résis-
• tance, et une source de mérites ménagés par une bienfai-
• santé Providence. Usant des cho.ses créées dans le temps « et la mesure que lui prescrit le Verbe, il en rend grâce » au Créateur, et en use sans s’y assujettir. 11 ne garde « jamais le souvenir d’une offense, ne s’irrite contre aucun « de sc*s frères, eùt-il mérité d’être haï par ses couvres; car
• il honore le Créateur, il aime le compagnon de sa vie,
• et, touché de compassion pour ses misères, il prie pour
• lui à cause de son ignorance. Lié à son corps par une
• nature passible, il en éprouve, par suite de cette union
• intime, les affections. Mais il ne se laisse pas guider par
• la sensibilité. Dans les accidents involontaires, il s’élève
• do la douleur aux choses qui sont propres A sa nature
• spirituelle, ne se laisse point entraincr par celles qui lui
• sont contraires, et ne cède et ne se j)rête qu’à celTes qui
• lui sont imposées par la nécessité sans être nuisibles à ■ son âme. Car il veut être fidèle, non en opinion et en
• apparence, mais en connaissance et en vérité, c’e.st-à-dire
• par une conduite ferme et stable et une parole efficace. ' Il ne se contente donc pas de louer ce qui est bien et
• lionnèle, mais il fait tons ses efforts pour être lui-même
iiî TLÉMENT D’At-EXANDIllE.
• bon et honnôto, pour devenir, par la charité, de bon « et fidèle serviteur, ami de Dieu, et pour s’établir dansla « perfection habituelle que produisent l’étude de la vérité « et le continuel exercice de la vertu... C’est ainsi que le « gnostique supporte les travaux, les tourments et les afflic- « tions, non h la manière des philosophes courageux,
• par l’espérance qu’à la douleur présente va succéder « une jouissance contraire, mais par la ferme confiance « que lui a donnée la gnose que ses espérances étemelles « seront réalisées. Aussi il ne méprise pas seulement toutes « les souffrances; il foule encore aux pieds tous les plaisirs « de ce monde... Dans tout événement l’àme du gnostique « se montre courageuse et forte, parce que, semblable au « corps de l’athlète, elle jouit d’une santé parfaite et de la « plus grande vigueur. Prudente et sage dans les choses « de la conduite humaine, elle sait déterminer ce que doit « faire le juste, parce qu’elle se guide d’après les principes « d’en haut et que, pour se rendre semblable à Dieu, elle « s’est acquis une douce tranquillité parmi les plaisirs et « les souffrances du corps. Plaçant en Dieu sa confiance, « elle affronte avec courage ce qu’il y a de plus terrible. « L’àme du gnostique est donc véritablement l’image ler- « restre de la puis.sance divine, oniée d’une vertu'parfaite « qu’ont formée en elle la nature, l’exercice et la raison. « Cette bonté de l’àme devient le temple de l’Esprit saint « à mesure que .sa vie se conforme de plus en plus à fÉvan- « gile. Parvenu à cette perfection, le gnostique méprise « toute crainte, tout péril, toute terreur; non-seulement la « mort, mais encore la pauvreté, la maladie, l’ignominie « et tout ce qui y ressemble ne l’émeuvent point, parce « qu’il ne peut être vaincu par le plaisir et qu’il domine « les passions d’où la raison ast absente. Connaissant par-
« faitemPiit ce qui est :ï craindre et ne l'est pas, il sait « aussi ce qu’il faut faire et omettre. . . Celui-là est rhomme
• bon par excellence qui, par l’habitude ou la disposition « d’une ànie vertueuse, libre de toute perturbation, s’élève
• au-dessus de cette vie sujette au trouble des passions,
• Tout lui est moyen pour atteindre sa fin. Ce qu’on appelle « les revers de la fortune ne lui sont pas à craindre, parce « qu’ils ne sont pas le mal ; quant aux choses vraiment « à craindre, elles .sont étrangères au gnostique, parce « qu’elles sont diamétralement oppo.<ées à ce qui est bon,
« étant mauvaises ; et il ne se peut faire que le bien et le « mal se rencontrent en même temps dans un même cceur,
« Celui qui remplit sans reproche le rôle que Dieu lui a « donné à remplir dans la vie connaît donc ce qu’il doit
• faire et supporter... Voilà pourquoi le gnostique seul est
• plein de confiance, puisqu’il connaît les vrais biens « dans le présent et l’avenir en même temps que les choses « qui ne sont pas véritablement redoutables. .Sachant, en
• effet, que le ma! est notre .seul ennemi et .seul peut être « nuisible à ceux qui aspirent à la gnoi^c, il lui fait la
• guerre avec les armes qu’il tient du .Seigneur...
• Celui dont le courage n’est pas guidé par la raison ne
• .«aurait être notre gnostique. Il n’a pas le vrai courage...
• L’homme vraiment courageux est celui (lui, sc trouvant,
• par exemple, entraîné dans le péril par la fureur popu-
• laire, l’affronte avec intrépidité. Ce qui le distingue des « autres que l’on décore du nom de martyrs, c’est que « C3ux-ci recherchent d’eux-mômes l’occasion et se préci-
• pilent de leur propre mouvement dans le danger, tandis
• que le gnostique , après avoir évité raisonnablement le ' péril, dès que Dieu l’y appelle, répond avec promptitude
• et allégres.se, ,se montre ainsi fidèle à .sa vocation en ce
n.KMKM It Al.KXANDRIK.
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« qu'il ii'a rien présumé de lui-même, et prouve qtn. <. possède le vrai et raisonnable courage, le courage de- « hommes vraiment forts...
« C’est par sa charité envers Dieu que le gnostique de- « vient homme parfait... La charité, fortifiant son athlèt* « par l’onction de sa grâce et l’exercice de ses ceuvTe>. . bannit du cœur la crainte et la terreur et y établit k « confiance dans le Seigneur; la justice, de son côté, la « met, pour toute sa vie, la vérité sur les lèvres.
« L’amitié trouve sa perfection dans la ressemblance. « puisque la communauté a pour lien l’unité. Aussi legnos- « tique, aimant Celui qui est le seul vrai Dieu, devient, par « cet amour, homme vraiment parfait, l’anh et le fil* « adoptif de Dieu...
« Conformément à la loi divine, il ne méprise point son « frère né du même père et de la même mère ; il vient au « .secours de l’îifiligé par ses consolations, ses cncouragt- . ments et .ses aumônes ; il donne à tous ceux qui ont « be.soin, mais avec disceniement ; il n’exclut pas de «s t bienfaits, s’il est dans l’indigence, celui qui le hait et le t persécute et s’inquiète peu qu’on attribue à un motif de
• crainte ce (|u’il fait par un sentiment de charité. Conh « ment supposer que ceux qui n’épargnent pas leur argent
• pour secourir leurs ennemis ne montreront pas une t charité plus grande encore envers leurs amis et leurs « proches? Par l’exercice de la bienfaisance, le gnostique « acquiert la science parfaite de donner à chacun dans la « mesure et de la manière qu’il doit donner. Mais coin- « ment peut-on être, avec justice, l’ennemi d’un homme « qui jamais ne fournit à personne un prétexte de le haïr?...
« Quant à lui, il ne sera jamais, en aucune façon, l'cn- « nemi do por.soime, quoiqu’il pui.sso avoir des onnomi.s...
MVKK IV. ii.*»
\'on-srulemf*nt le Rnostiqiie fait le bien, mais il le fait avec une parfaite science et par un motif désintéressé.
• 11 y a une manière vulgaire de faire de bonnes actions,
• de s'abstenir, par exemple, des plaisirs ; ainsi, parmi « les gentils, les uns pratiqueront la continence par im- « puissance ou par crainte des hommes, d’autres se prive- « ront des plaisirs présents pour s’en préparer de plus I grands dans l’avenir. Parmi les fidèles eux-mêmes, il
■ en est qui pratiquent la continence ou dans l’espoir de « la técompense ou par crainte de Dieu. Cette espèce de « continence est sans doute le fondement de la gnose, un
• acheminement vers ce qui est meilleur, un élan vers la
■ perfection; car la crainte du Seigneur, esl-W dit, « est le commencement de la sagesse. Mais celui qui « est parfait, c’est par charité qu'il souffre tout, qu’il « supporte tout, non pour plaire aux hommes mais à
• Dieu... On peut aussi, dans un autre sens, dire
• du gnostique qu’il est continent, non - seulement « parce qu’il maîtrise toutes les pa.<îsions de son ilme, « mais aussi parce qu'il contient en lui les biens s|)iri- V luels , et parce qu'il a conquis la sublimité de la < science par laquelle il produit les actes de vertu...
■ Aussi il mange, il boit, il se marie, non pour ces choses
• en elles-mêmes, mais par nécessité. Je dis ciu’il se
• marie si le Verbe le lui commande et de la manière qu’il
• convient. Le gnostique a pour modèles les apôtres, et il
• ne fait pas consister la perfection uniquement dans un « genre de vie retirée et solitaire ; car celui-là est vraiment
• un homme supérieur qui, au milieu des soins du ma- « riage, de la paternité et de la famille, s’exerce à vivre au-
• dessus du plaisir et de la douleur, et quoique occupé de
• l’administration de sa maison, demeure cependant insé-
1 I ,K M K \ r I>' A I ,K\ ANim I r .
[liUiibloment uni à Dieu par la rharilé sans jamais sifroinbor aux tentations qui lui viennent de s<*s cnfajib. de sa femme , de ses serviteurs et de ses biens terrestres. . .
« La mort est la séparation de l’àine et du corps ; or la gnose est une mort spirituelle qui dégage et sépare l’à!» des mouvements passionnés et l’élève à la vie des bonras œuvres, de façon qu’elle puisse dire à Dieu on toutf liberté : Je vis comme tu veux... Comment pourrait-il se plaire encore dans les plaisirs grossiers de la table et de la chair, le gnostique qui se tient en garde mènre contre la Jouissance que peut procurer la parole, U pensée ou l’action ?. . . Les .âmes gnostiques sont ces âmes que l’Évangile compare aux vierges saintes qui attendent le Seigneur. Elles sont vierges, en effet, parce qu’elles s’abstiennent du mal ; elles attendent le Seigneur par la charité et allument leur lampe pour la contemplation ; âmes prudentes, elles s’écrient : O Seigneur! l’heure est enfin venue, nous désirons vous recevoir; nous avons vécu suivant vos commandements et nous n’avons négligé aucun de vos préceptes. C’est pourquoi nous demandons l’accomplissement de vos promesses. Nous vous prions de nous accorder ce qui est utile, puisqu’il ne convient pas de vous demander ce ejui est beau ; et nous recevrons comme utiles, lors meme qu’elli's paraîtraient nui.^ibles, toutes les épreuves que nous enverra votre sage Providence pour exercer notre constance dans le bien...
« Ainsi toute la vie du gnostique est une prière et une conversation avec Dieu... Opposant aux plaisirs un esprit d’une fermeté indomptable et ne tombant jamais dans le péché, les mauvais exemples n’ont sur lui au-
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LIVllF. IV.
« Cime action; et tant s’en faut qu’il se laisse .séduire par « les plaisirs et les spectacles teiaestres, qu'il dédaigne
• même les biens temporels que Dieu a promis à ses servi- « leurs,.. Ainsi le gnostique use de la vie du corps comme « si elle lui était étrangère et seulement par nécessite. Il « connaît aussi le sens spirituel et caché du jeûne observé
• le (|uatrième et le sixième jour de la semaine, c’est-àt dire le mercredi et le vendredi. Il pratique donc, dans « sa vie, le jeûne de l’avarice et de la concupiscence de
• la chair, source de tous les vices. Il y a, en effet, sui- « vaut l’Apôtre, trois espèces de fornication, la concu-
• piscence de la chair, l’avarice et l’idolâtrie. Il pratique
• aussi, conformément à la loi, le jeûne des mauvaises
• actions, et, conformément à la perfection évangélique,
« le jeûne des mauvaises pensées. Il est soumis à îles « épreuves, non pour sa propre purification, mais pour « l’utilité du prochain qui s’édifie de le voir mépriser et « surmonter les souffrances après les avoir expérimentées.
• Il en est de même du plaisir : c’est le propre de la plus « généreuse vertu de s’en priver après l’avoir connu. Quel « mérite, en effet, y a-t-il à s’abstenir d’une jouissance « qu’on ignore? Accompli.ssant le précepte évangélique,
« il observe le jour du Seigneur, ce jour où il a changé h>
• mauvais étal de son âme en celui que produit la gno.se,
« cl il glorifie ainsi la résurrection du Sauveur. Il regarde
• comme un larcin fait à son devoir la moindre perte de
• temps que lui imposent la nécessité de se nourrir et les
• autres besoins de la vie. Voilà l'ourquoi ses songes eux-
• mêmes ne lui représentent aucune imago qui ne con-
• vienne à un élu. Car il est tout entier et dans tout ce « qu’il fait, comme un étranger et un exilé .sur cette terre ;
• habitant par son corps une cité terrestre, il en mépri.s<'
iJii rl.KMKNT 1) AI.K.XANHUIK.
» les l)ioi)s que d'aulres admirent, y vit romme dans un « désert, de sorte que sa justice, indépendante du lieu «i « il SC trouve, n’a d’autre principe que la régie de vie quïl « a librement adoptée. Pour tout dire, en un mot. le « gnostique chrétien est l’image des apôtres qu'il fait re- « vivre parmi les hommes par la sainteté de sa vie, par « l’exactitude de ses connaissances, par la charité avec « laquelle il soulage ses frères, et transporte les monta- « gués, c’est-à-dire les hauteurs qui s’élèvent dans les » âmes, en adoucit les aspérités et les rend partout uni- « formes. Ce n’est pas qu’en travaillant à la perfection du « prochain, il se néglige lui-même. Car chacun de nous « est à lui-même sa vigne et son ouvrier. Pratiejuant donc « ce qu’il regarde comme le plus parfait, le gnostique en « cache la connaissance aux hommes ; en accomplissan' « les préceptes, il ne veut d’autres témoins que Dieu et d lui-même, ni d’autre récompense que les biens qui sont « l'objet de sa foi. Car, est-il écrit, là où est le cœur d m « homme, là est missi son trésor. Il se fait petit par la per- « foction de la charité, afin de ne jamais mépriser son « frère dans l’afniction, .s’il .«ait qu’il pourra plus facile- K ment que lui supporter l’indigence. La douleur de son « frère lui est une douleur propre, et si en lui apportant b « secours de .son indigence il se condamne lui-même à « quelque privation, il ne s’en afflige point, mais en d^ « vient plus charitable encore...
B Détaché de la terre par l’espérance qu’il nourrit dan^
« .«on cœur, il n’a aucun goût pour les beautés de ce « monde et mépri.se généreusement tous les biens visibles.
« Mais il a pitié de ceux qui, condamnés après leur mort.
« sont forcés par leurs supplices de rendre hommage <iu « Seigneur. Pour lui, conservant une conscience touj(lllr^
UVltK IV.
« |)iirc, il est toujours prêt i’i quitter la vie, car il passe • coinine un voyageur et un exilé au milieu des héritages « (Fiei-bas, et n’attache sa pensée et son creur qu’i'i l’héri- « tage que Dieu lui desline. Ainsi il regarde comme lui « étant étrangers tous les biens terrestres, et non-seule- « mont il admire les préceptes du .Seigneur, mais à la lu- « mièrc seule de la gnose ([u’il possède il sait quelle est la « volonté divine, il est véritablement l’ami de Dieu et de O .se.s oommandements; il en est l’élu parce qu’il e.st juste,
• et il en reçoit le pouvoir do commander et de régner
• parce qu’il est gno.stique. Il méprise donc tout ce qu’il
• y a d’or sur la terre et dans les entrailles de la terre, et « tous les royaumes qui s’étendent d’une extrémité à l’autre
• de l’Océan, car il n’a qu’une volonté, servir Dieu et ne
• servir que lui seul. Voilà pourquoi, soit qu’il mange ou
• qu’il boive, .soit qu’il se marie si le Verbe le lui |)rcscrit, « soit qu’il ait des songes pendant son sommeil, toutes « ses actions comme ses pensées sont saintes. Etant tou- « jours pur, rien ne l’empêche jamais de prier...
« Le gnostique agit, non par crainte, mais par amour, « et c’est à lui que s’adressent ces paroles du Seigneur :
• Je ne vous appelle plus mes serviteurs, mais mes amis; » c’est donc avec confiance ([u’il adresse à Dieu ses priè- « res. Or la prière du gnostique est toujours une action de « grâces pour les bienfaits passés, présents et futurs, !es- « quels sont déjà présents par la foi et reçus par la gnose.
• Il demande aussi de vivre dans sa chair mortelle, en \ rai
• gnostique , con)ine un pur esprit, d’obtenir les biens
• suprêmes et d’éviter les véritables maux. Il dema\ide
• aussi le pardon de nos fautes et notre conversion à la
• gnose.... Il comprend parfaitement la parole évangéli- ’ que qui dit de haïr suit }ivre, sa mère, son finie elle-
Digitiz-
CLKMENI U ALEXA.NÜKIE
iao
• mène, et de porter sa croix. Car il hait les alVectioiis d# « la chair, si puissantes par leurs attraits voluptueui, n « méprise courageusement les jouissances attachées à la « nourriture et à la génération des corps. Il combat de « même cette partie inférieure de l’âme, qui méconnaît la « raison, et la force de recevoir le joug qu’elle rejette,
• suivant cette parole de l’Apôtre ; Im chair convoite con-
• tre l’esprit. Porter la croix, c’est arborer l’étendard de
« la mort, c’est-â-dire renoncer vivant à toutes choses
« Parvenu à l’habitude de la bienfaisance, le gnostique « fait le bien avec la promptitude de la pensée; il demande « de participer, pour les confesser et les expier, aux pé- ■ chés de ses frères, afin d’en obtenir la conversion, tou- •I jours prêt à partager ses propres biens avec ses meil- « leurs amis. De leur côté, ses amis sont animés envers « lui des mêmes sentiments. Développant sans relâche,
« par la culture qu’a prescrite le Seigneur, les semences « déposées dans son âme, il pratique la continence, et.
« quoique retenu encore dans les liens de cette vie mor- « telle, il habite en esprit avec ses semblables, parmi les « chœurs des saints. Occupé nuit et jour à répéter et à aç- « complir les préceptes du Seigneur, il surabonde d'une « ’joie céleste, non-seulement le matin, quand il se lève, et « au milieu du jour, mais encore pendant ses prome- « nades, son sommeil, sa toilette, les leçons qu’il donne « à son fils, si un fils lui est né ; toujours il demeure uni « à Dieu par l’observation des commandements, par l’es-
• pérance et par la louange...
« Jamais il ne garde le souvenir d’une injure, mais il P pardonne à ceux qui l’ont offensé, de sorte qu’il prie de « cteur et de bouche, quand il dit : Pattlonnes-nous « comme nous pardonnons nous-mêmes. C’est, dli effet.
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LIVliK IV.
« l’uM des préceptes du Seigneur cpie nous n'ayons ni en-
■ vie de rien, ni Iiaine contre personne; car tous les honi- « nies sont l’œuvre d’une même volonté. Celui qui est « parvenu à ce degré de perfection commande plulêl qu’il
■ ne demande i'i üieu, et, si ses frères sont dans l’indi-
• gence, il ne demandera point pour eux de grandes ri- » chesses, mais seulement les secours nécessaires a leurs « besoins...
« Le gnostique est tout divin; il est saint, puisqu’il « porte Dieu et que c’est Dieu qui l’inspire... Il n’est « donc pas étonnant qu’aucun événement ne le trouble,
• qu’il ne craigne aucun des accidents qui, dans les des-
• seins de Dieu, tournent à l’avantage des élus. I,a mort
• n’est pas pour lui un opprobre, parce qu’il a une con- « science sans tache qui se montre aux puissances, puii-
• fiée de toute souillure de l’âme, et qu’il sait qu’au delà
• de ce monde un meilleur sort l’attend... Ainsi, apiès « avoir puisé dans la science la force de la contemplation,
• après avoir reçu largement le don sublime de la gnose,
• il va enfin recueillir au ciel la sainte récompense d’une « transformation plus complète et plus heureuse, r
Terminons cet admirable portrait du gnostique par la comparaison que Clément établit ailleurs ' entre l’homme qui se laisse dominer par ses passions et celui en qui habite le Verbe.
« Il y a, dit-il après Platon, trois parties dans l’àme
• humaine : la première, l’intelligence, qu’on ai)pellc fa- ■ culté de raisonner, est l’homme intérieur qui commande
• â l’homme extérieur et visible, et qui est conduit lui- ‘ même par Dieu. La seconde, c’est-à-dire la partie Iras-
' /’j'Jng., III. 1, ||. i.jU-i&l.
îîî CLEMENT D'ALEXANDIUE.
• cible, semblable à une bête féroce, habite toujours sur « les confins de la fureur. Quant à la troisième partie, le « désir voluptueux, elle prend toutes les formes, et, plus € changeante que Protée, ce dieu mobile des mers, elle « revêt tantôt une figure, tantôt une autre, puis une troi-
• sième, provoquant à l’adultère, à la lubricité, à la cor- ( ruption.
t II devient d’abord, dit Homère, un lion à la longue « chevelure; par cette chevelure, il retient encore quelque € chose de l’homme, dont la barbe est le signe distinctif, f Mais ensuite il se transforme en dragon, en léopard, en
• porc immonde, et le voilà tombé, par le luxe et le soin « excessif de son corps, dans l’intempérance. Enfin, il t finit par n’être plus semblable même à une bêle féroce « et courageuse : il n’est plus, poursuit Homère, qu’une « eau coulante et un arbre aux longs rameaux. Les pas-
• sions rompent leur digue, les voluptés se répandent « comme l’eau, la beauté se flétrit et tombe à terre avec « plus de rapidité que les feuilles, emportée par le souffle « brûlant do la passion de l’amour; elle se corrompt et « meurt sans attendre que vienne l’automne. Ainsi la pas-
• sion voluptueuse se fait toute chose, prend toutes les e formes, revêt tous les masques, afin de ne rien laisseï « paraître de l’homme.
. Qu’il 1 est autrement de l’homme en qui habite le
• Verbe. Celui-là ne change pas; il ne prend pas une « forme étrangère. Sa forme est celle du Verbe ; il est « semblable à Dieu, il est beau, mais non d’une beauté « d’emprunt. .Sa beauté, c’est lui-même, car il est Dieu, « il dcvient Dieu par la volonté divine. •
Voilà un sublime langage, exprimant des choses jilus sublimes encore. Enfin, le sage eulrevu sur la croix par
LIVBK IV.
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Platon, le sage poursuivi par le stoïcisme, qui n’avait pu ni le contempler, ni le produire dans son entière et vivante beauté, le christianisme venait de le mettre au monde et de le révéler à la terre.
Clément, deu.v siècles à peine après la prédication de l’Évangile, pouvait peindre l’homme du Verbe, non comme un type idéal, mais comme uti être vivant qui se formait et grandissait sous le feu de.s persécutions, envahi.ssait tous les rangs de la société et ne laissait aux hommes de la colère et de la volupté que lem s spectacles sanglants ou impurs, leurs orgies et leurs temples. Pour tracer le portrait du vrai gnostique, le catéchiste alexandrin n’éUiit |)as réduit à en chercher les traits uniquement dans les pages (le rÉvangile; il les trouvait aussi sous ses yeux, dans d’innombrables chrétiens, vivant, agissant et mourant comme il les faisait vivre, agir et mourir. Le christianisme n’avait pas attendu que la Thébaïde eût ouvert, en face d’Alexandrie, cette cité savante et voluptueuse, la solitude de ses déserts aux disciples héroïques des Antoine et des Pacome, pour produire des ascètes, c’est-;\-dirc des chrétiens s’exerçant avec plus d’héroïsme que le commun des fidèles dans la pratique de l’Évangile et dans le grand combat de la vie de l’àme contre les passions. Ce n’était donc point un portrait de fantaisie que prétendait tracer Clément d’Alexandrie, mais un phénomène vivant qu’il voulait décrire, loisfju’il montrait au monde son gnostique s’élevant audessus du vulgaire par une connaissance beaucoup plus profonde de la vérité révélée, par la pureté angélique de -a vie, par un détachement des choses terrestres à un de- Sré où il semble n’en être plus touché, par une charité >ans bornes |)our scs frères, par une prière continuelle, et,
' iilin, par un amour pur de Dieu (pii couronne tout cet ad-
Digiti/ ' Goo^K
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miiable édifice de perfections. Sous ce rapport, la giKK du docteur alexandrin a tout ensemble un intérêt dwtnnal et un intérêt liistori(|ue. Elle nous représente, en pidi' du moins, la manière dont la perfection chrétienne, ou l’ascétisme, était, non-seulement entendue, mais pratique' dans rfiglise, au milieu de la société païenne, à la fe du ir siècle.
Cependant, on a reproché au disciple de saint PantèiK de s’ être écarté de la doctrine de l’Église, soit en dépréciant trop la foi au profit de la gnose et en exagérant U perfection intellectuelle et morale à laquelle peut atteindre ici-bas le chrétien, soit en mêlant aux principes de la perfection chrétienne, pris aux sources de la révélation, (fcs principes empruntés à divers systèmes philosophique-, principalement au stoïcisme et au mysticisme néoplatonicien.
Nous allons discuter ces reproches, en examinant successivement dans les chapitres qui suivent la perfection relative de la foi et de la gnose, et les principes qui entrent dans la formation de la gnose, telle que l’a conçue et en- .scignée le docteur alexandrin.