‹ Clement d'Alexandrie, sa doctrine et sa polemiqueChapitre 73 sur 145 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

BapértoHM d« U OaoM tor la Foi.

I>a gnose, comme la foi, n’est pas purement spéculative ; elle embrasse les deux facultés fondamentales de l’homme, l'intelligence et la volonté, et, sous ce double rapport, elle est la perfection de la foi. Or en quoi consiste précisément oette perfection? La connaissance donnée par la gnose l'st-elle d’un autre ordre que la connaissance donnée par la foi, ou bien est-ce simplement un degré supérieur de la même connaissance ? La vertu du gnoslique est-elle essenliellement différente de la vertu du fidèle? ou bien est-ce au contraire une vertu de même nature, quoique d’une perfection plus haute? Enfin, quel est, ici-bas, le dernier terme de la perfection gnostique ? Va-t-elle jusqu’à exclure, dans le chrétien, toute erreur et tout péché ?

Telles sont les questions que soulèvent les textes que nous avons cités, et auxquelles nous devons répondre |wur Wre connaître la vraie nature de la gnose chrétienne.

Clément explique en ces termes la connaissance que donne la foi, en comparaison avec celle que produit la gnose :

' La foi, dit-il, est un bien qui part du cœur, et qui

■ consiste en ce que, sans rechercher Dieu avec .sollicitude,

• on reconnaît (ju’il est, et on l’honore comme étant réellc-

■ nieiil. U faut par conséquent que l’on parte de cette foi.

236 CLÉMKNT P ALEX ANDKI E.

« <[ue l’on y croie, afin d’obtenir de Dieu, par sa grâce, b

• gnose, autant que cela est possible La fui est I*

« connaissance succincte des vérités nécessaires à sai«T;

• la gnose au contraire est la démonstration sûre et fen».

« du contenu de notre foi, fondée sur la foi par la dotlrife

• de Jésus-Clirist, et s’élevant jusqu’à une coniiaissao"t immuable et jusqu’à une notion scientilique •-

Enfin Clément dit encore ailleurs : • Ce n’est ]>aslafoL € mais la foi unie à la science qui sait discerner la to « de la fausse doctrine I„a foi consiste en ce qu’œ « adopte les mêmes croyances ; avoir la même doctrine. « les mêmes idées, est le propre de la gnose. Les fidèl ' « sont ceux qui croient simplement à la lettre desdhi»; t Écritures dont l’autorité est au-dessus de toute démon- « stration, sans chercher à en approfondir le sens intérieui « et caché; les gnosliques sont ceux qui vont plus avait « et connaissent la vérité tout entière »

Sous le rapport pratique, la gnose l’emporte aussi sur li foi, et le gnostique s’élève au-dessus du simple fidèle par la perfection de ses vertus. « Il faut savoir, dit Clément « que si le fidèle pratique l’une ou l’autre des actions wr- « tueuses du gnostique, il ne les accomplit pas luutes, m

• avec la même science, ni avec la même absence de toute « émotion («iraGei*) » Clément en conclut que, dans le ciel, le gnostique sera plus magnifiquement récompeos' que le fidèle. « Il y a une différence de mérite, dit-il, daa-

• le même acte fait par un motif de crainte ou consoninK « par la charité, accompli avec la connaissance de la fot

I Slrom» Vil, 10, p.8ül.

J b id. p. 865.

^ Ihid. I, 0, p. U36.

' Jbtd. Vil, 16. p. 891 ^ Ihid. Vil, 13, p. mi.

UVKK IV.

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011 avw la ronimis.<anre plus parfaite de la gnose. Il est donc- juste qu’il y ait divers degrés de récompenses. Au giiostique sont réservés les biens que l’œil n’a pas vus, que l’oreille napas entendus, que le cœur de l'homme n'a jamais goûtés; au fidèle, le Seigneur a promis de donner plus qu'il n’a laissé, promesse qui ne dépasse pas ce que l’homme peut concevoir »

(juel est le sens de ces paroles? Si l’on en croit un crique allemand, elles n’iraient rien moins qu’à établir une ifférence radicale entre la connaissance et la vertu du 3èle et celles du gnostique.

• CIcinent, dit Doehne pour qui la foi est la connaisuice succincte des dogmes chrétiens, n’a pu s’empêcher 'accorder que par elle le fidèle connaît la vérité de certains ogmes ; mais il déclare en même temps que le fidèle ne onnait pas ces dogmes avec certitude, parce qu’il ignore .'S preuves qui leur servent d’appui. Il suppose en effet [ue c’est uniquement par les preuves de raisonnement que fidèle peut défendre sa foi, et que s’il en est dépourvu,

I peut facilement être confondu et induit en erreur. La érité, s«don lui, ne nous appartient, elle n’est réellement lotre vérité, que lorsipie nous connaissons les motifs de lolre foi : autrement la vérité est plutôt en nous un dépôt |ii'uii bien propre. En un mot, ce n’est que par les arguiH'iits que la foi s’affermit en nous et passe de l’état d’opilion à l’état de certitude (ceêau'wsiç mcrtfùz eflîcitur. Str. I, 3fi6). Clément accorde au fidèle la vérité de sa croyance, Bais il lui en refuse la certitude. »

De son côté, Hitler dit à peu près dans le même sens : ' du ne peut p;us dire que saint Clément se tient ferme et

‘ Mrum. IV. 17. p. Glfi.

lïp I v'jTfc. Clein. AU.r., p. 37.

Digiti/ î b>

i18 CLÉMENT D’ALEXANDRIE.

conslant an point do vue (|ui place au-ilessus de tout la certitude de la foi »

11 est facile de comprendre où mène cette interprétation des paroles de Clément. La foi n’est plus le rationale obtequium de saint Paul ; c’est un sentiment aveugle qui atteint la vérité, mais sans le concours de la raison, sans le savoir et sans s’en rendre compte. La foi ne saurait plus être alor.< ni le fondement d’une connaissance raisonnable, d’une connaissance proprement dite, ni la base d’une vraie et solide vertu. C’est en effet la conclusion de Doehne : « Qément, dit-il, exhorte vivement les chrétiens à ne pas se contenter de la simple foi, mais à travailler à acquérir la gnose, c’est-à-dire la connaissance raisonnée de la doctrine révélée. Et il croit cela d’autant plus nécessaire qu’il suppose la foi moins propre, soit à donner une connaissance certaine de la vérité divine, soit à produire une vraie vertu -. »

« Clément, continue le critique allemand, lorsqu'il traite de la vraie vertu, n’accorde pas qu’elle puisse être le partage de la foi , mais il l’attribue exclusivement à la gnose. Pour lui, en effet, la vraie vertu est celle que nous prati- ((uons par amour pour le bien lui-même, ou par amour pour Dieu et le Christ, celle que nous choisissons pour ellemême. € Iæs hommes vraiment courageux , dit-il en par- « Innt du martyre, sont ceux qui obéissent à leur vocation « par amour envers Dieu, et ne se proposent d’autre motif « que de plaire à Dieu, sans regarder à la récompense de « leurs travaux. Car il en est qui supportent lasouffrance, les 1 uns par amour de la gloire, les autres par la crainte d’une f souffrance plus grande ; quelques-uns enfin en vue d’un

• Uitter. Hisi. de la chrét^^ t. I, p. 388. trad. fr.

* Duoline, De p. 98, «q.

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