‹ Clement d'Alexandrie, sa doctrine et sa polemiqueChapitre 88 sur 145 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

par les procédés naturels de l’intelligence dans la recherche du vrai. C’est la raison elle-même ayant de l’homme et de ses devoirs, de la nalurc et de .ses lois, une connaissance réfléchie, fondée sur des motifs dont elle se rend compte et dont la solidité la met à l’abri du doute et de la variation. Pour les stoïciens la vertu n’était donc autre chose que la conformité parfaite de la vie pratique à cette connaissance rai.sonnée et spéculative et un acte vertueux, un acte uniquement inspiré et réglé par elle. De là cette conclusion rigoureuse que le sage ou le philosophe seul était et pouvait être vertueu.x.

La gnose dans Clément a une tout autre signification. .Si nous analysons la notion qu’en donne le docteur alexandrin, nous y trouvons deux éléments qui ne se rencontrent pas dans la science stoïcienne. En premier lieu la gnose n’est pas une connais.sance purement naturelle. La raison n’y peut parvenir par ses propres forces, par les procédés qui lui sont naturels. Comme la foi, dont elle est la perfection, la gnose ne peut être donnée que par le Fils : c’est une illumination une grâce, une science divine*. Elle ne saurait être produite ni par la coutume, ni par la culture des arts utjles, ni même par l’étude des sciences libérales : « Le « plus qu’on en puisse attendre, c’est que ces choses ser- « vent à l’âme de préparation et d'instrument pour ac- • quérir la gnose *. »

En second lieu, la gno.se n'est pas purement théorique. C-c n’est pas, comme le dit Clément, une parole vide Q.iyov t'i/.ovi, mais une parole pleine et féconde en œuvres. Si, d’une part, la parfaite vertu a la gnose pour racine; d’autre part.

1 Prdag. 1, ,ï, p. ll(j.

’ SIrom. III. 5, p. ,531.

' VII, 3, p. K19.

«■LF.MEM U ALKXANDRIE.

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la guos(> ne se peut produire dans un cœur esclave de> ))a>siüiis. Tel est le lii'n intime qui unit la gnose à la sainteté, que l'une ne va pas sans l'autre. « Il n'esl pas possible que c ceux qui se laissent conduire par leurs passions reçoivent « la connaissance y>û7cvi de Dieu, ni par conséquent qu'ils € pan iennent k leur fin. n'ayant aucune connaissance de

« Dieu C’est la conduite de la vie qui produit l'igno-

* rance de Dieu. Car il répugne absolument que celui qui c pivssède la science ne rougisse pas de llatter son corps ‘.> L'idée de gnose implique donc, dans Clément, l'idée de sainteté. C'est un état où domine sans doute la connaissance, mais où se trouve aussi la charité et qui rend l'inie semblable au Verbe divin, à la fois vérité et amour.

Cette notion de la gnose de Clément ne permet pas de confondre, quant au sens, sa définition de la vertu avec celle des stoïciens dont il emprunte le langage, et elle explique, en partie du moins, les contradictions que semblent présenter plusieurs passages de ses écrits sur cette matière.

Si d'une part il aflirme que la parfaite vertu se confond avec la gnose, et que le gnostique seul est vraiment et parfaitement vertueux, d'autre part il répète plusieuis fois que la gnose est un don du Verbe incarné qui s'accorde sans doute à la recherche de l'intelligence, mais surtout à la pureté du cœur. La gnose n’est donc pas un privilège des esprits d'élite, cultivés par les études spéculatives. Les hommes les plus simples, les femmes, les enfants, les esclaves, n’en sont point exclus. « La vertu, dit-il, est corn- > mune à l’homme et à la femme. Car s'ils ont un même « Dieu, ils ont aussi un même Précepteur, une nicnic

' SIrum. m, i. 1>. 530-531.

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Église, la même tempérance, la même modestie à prati- (]iicr, de.s alimcnt-s communs, un même lit nuptial ; enfin l’ouïe, la vue, comme la coimaissanco, l’espérance, l’o- ■ béissancc, la cliarité, tout en eux e.st de même natine. I Or, ayant une même vie, une même grâce, un même 1 salut, ils doivent avoir aussi un même amour et une » éducation commune *. Aussi, dit-il ailleurs, l’Église en- I tière e.st remplie de femme.s aussi bien que d’hommes I vertueu.x qui ont pas.sé leur vie à méditer cette mort qui « l'ait vivre au Chi ist. Car celui qui emlna.sse la religion « clirétienue peut être philosophe sans le secours des let-

• 1res, qu'il soit Barbare ou Grec, esclave ou vieillard, en-

« faut ou femme Il y a pour fhomme comme pour la

• femme, pour le libre et pour l’esclave la même obliga-

• tion de pratiquer la tempérance, la justice et les autres

• vertus semblables, pui.squ’ayant la même nature ils sont « capables de la même vertu * et de la même pcrfec-

• tion^. »

Ces paroles, qui ne sont du reste que le commentaire de la doctrine de saint Paul touchant f universalité de la vocation au salut *, seraient inconciliables avec les textes produis plus haut, si la gnose de Clément était de même nature que la science stoïcienne. La gnose n’est donc pas àproprement parler une science dans l’acception ordinaire du mot : elle ne s’obtient pas par les procédés qu’emploie naturellement l’esprit humain dans la recherche des vérités naturelles, ou du moins, ces procédés, quoique pouvant être utiles, ne sont pas indispensables à son acquisition. Elle est

‘ Pædag. I, 4, p. 103.

* Strowi. /r, 8» p. 590.

* Ibid, ir, 19» p. 617 : Tavr»;,* iÇt9xtv in ïxr.i fi'tv ivd'A, ir.’

0£ «ai y;^vaui( /<rr»>x€«îv.

' Gai., III, V. î8 : Son est Jiidams, neque Gracus : non est servus, neque non est masculus, neque femina.^ Cf. Üom.» X, H, l f'or., XII, 13,

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donnée directement par le Verbe incarné, précepteur et sanctificateur de l’homme, et l’homme se l’approprie en soumettant son esprit par la foi, et sa vie par les œuvres, à l’enseignement et à la grâce du Rédempteur. * Ainsi, dit . Clément, croire seulement et être régénéré, c’est la pei- • fection de la vie. . . Et celui qui a été régénéré (par le bap- . tême) et illuminé, comme le mot l’indique, est délivré des « ténèbres, et de ce moment il est dans la lumière... Les « liens de l’ignorance sont bientôt rompus, d’un côté par la « foi de l'homme, de l’autre par la grâce de Dieu, puisque «’ les péchés sont remis par le seul médiateur qui puisse . assurer le salut. Par le baptême du Verbe, nous lavons « tous nos péchés, nous n’avons plus rien de mal en nous.

« C’est là la grâce unique qui nous éclaire et qui fait « qu’après notre baptême nos mœurs ne sont plus ce « qu’elles étaient avant *. »

Enfin, voulant prévenir les interprétations malveillantes que des esprits prévenus pouvaient faire de ce qu’il disait en faveur de la philosophie et des sciences humaines, Clément s’explique en ces termes remarquables : « Que si, « pour prévenir des interprétations de gens toujours prêts « à blâmer, il est nécessaire d’expliquer comment nous « entendons que la philosophie , ayant pour objet la « recherche de la vérité, est cause partielle et coopérante « de l’intelligence de la vérité nous déclarons qu’elle « est, il est vrai, à nos yeux, un exercice préparatoire à la « gnose, mais non pas une cause telle que, sans son con- « cours et son aide, l’on ne puisse atteindre la vérité, et que- « par conséquent, il n’y ait pas de vérité connue sans la

* Pædatj. I, 8, p. 113-118.

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