‹ Clement d'Alexandrie, sa doctrine et sa polemiqueChapitre 92 sur 145 · I.IVKK IV · texte numérisé non relu

I.IVKK IV

nppu\ niif . Iroip sièrlf'.s après, sur raulorilè du grand ApOp, tenait aux Pélagions le même langage. « Qu'on exalte autant que l’on voudra, disait le Docteur de la grâce, les œuvres des infidèles, nous savons (pie la parole de l’Apôtre est vraie et invincible : Tout ce qui ne vient pas de la foi est péché » Traitant le môme sujet dans sa réfutaon de Julien, l’évêque d’IIippone dit encore : « Les bonnes œuvres que l'ont les infidèles ne leur appartiennent pas, mais ;'i celui qui tire le bien du mal. Ils n’ont en propre (pie les péchés qu’ils commettent en faisant mal ce qui est bien, [larce qu’ils le font non avec foi mais avec infidélité, c’est-à-dire avec une folle et pernicieu.se volonté : volonté telle, que, suivant le témoi- ' gnage formel du Christ, elle est cet arbre mauvais qui ' ne peut produire que de mauvais fruits, c’c.st-à-dire des ' péchés. Car, bon gré mal gré, tout ce qui ne vient pas > de la foi est péché »

On le voit, nous retrouvons dans .saint Augustin les e\tressions mêmes de Clément d’Alexandrie, et l’un et l’autre le font que répéter et interpréter les paroles do .'^aint Paul. )r, le .sens de ces |)aroles n’est pas que les inlidèles ne tiiissent faire des œuvres naturellement bonnes et que sans a foi l’homme soit nécessairement condamné à commettre e mal; mais, pour nous servir des termes de .saint Thoîtias, l’ Apôtre et .ses commentateurs veulent dire « que les

* Aug., Df (îeUh Peïag., c xvi, § 34 ; Quantumlihet opéra infidelium pritdiceniur Ap oxtoh iententiam veram novimus et intttcfam : Omne çuoci non ex fide, peccalum e.%t.

’ îib. IV, Cont. Jul. Pelag.^ c. iii, JJ 32 : Ex quo coUtgitur etiam

ip.<a opéra qn® facient infidèles, non ipsornm esse sed iUius gui bene utitur lysorum autem esse peccata quitus et bona maîefaciunt; guta ea /ideli, sed tnfideli, hoc est, stulta et tiooria faciunt voluntate : qualis vo/unnuUo Christo duhitante, arbor est rnala, qujB faccre nonpotest, nisi finiew maloi, id .«ola peccata. Omne enim, velis, nolie, ouod non est ex fide,

est. » » t / ♦

.104 i l.ÉMKNT D'AF.EXAN’nRIE. |

• infidèles ne peuvent faire des aclions bonnes dans^or(i^

« de la grâce, c’est-à-dire des œuvres méritoires*. >

Hue ce soit là en effet la doctrine de Clément, plusieurs passages de ses écrits ne permettent pas d'en douter. Nœ n’en citerons qu’un seul. Au premier livre de .«es Sira- | mates, voulant prouver la nécessité de la foi pour le salât, le docteur alexandrin suppose que ceux qui en niampfit peuvent quelquefois pratiquer le bien. • Mais, ajoute-t-i , « après saint Paul, ce n’e.st pas par ses œuvres, c’estpa: | « sa foi qu’ Abraham a été justifié. Donc les bonnes œuvK | « qu’ils peuvent faire maintenant {y.m Èuepyw; wii M'iif « leur serviront de rien après cette vie s’ils n’ont pas j a foi *. » Évidemment ce n’est pas la bonté morale maislf mérite dans l’ordre du salut (|ui est refusé ici aux œuvre des infidèles. Nous avons vu ailleurs que Clément accorde à la philosophie grecque une influence salutaire sur W mœurs, qu’il parle avec éloge des vertus de plusieurs sags païens, preuve incontestable qu’il ne .supposait pas qu't tout, doctrine et œuvres, fût nécessairement mauvaU eti dehors de la foi

I,a vraie pensée de Clément sur ce point n'est donf pas douteuse. Il faut reconnaître néanmoins qu'elle n'esl pas nettement formulée. Cette obscurité provient de L> confusion qui .se rencontre assez fréquemment dans ss paroles beaucoup plus que dans su doctrine, de l’ordre naturel avec l’ordre surnaturel. Ainsi, par exemple, comme nous l’avons déjà remarqué, le mot Jlsyc,- a, dan' Clément, des significations très-différentes. Il exprimera fois le Verbe qui éclaire tout homme venant en ce ;no«r/e,d

< D. Th., 22, 9, 10. ar. 4. Non passe operari fcona opéra, **

ijratia. scilicct opéra meritorin : tamev hnna, ad qu.r suffirit bonutn rqualiter operari passe.

* Strom. 7, 7, p. 338.

’ rhùL VI, 17, p. 8-24.

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le Verbe qui éclaire l’homme par la révélation proprement dite et d’une manière surnaturelle; la raison dans l’homme connaissant Dieu naturellement et la raison dans l’homme le connaissant par la foi. Pour saisir sa véritable pensée, il faut savoir tenir compte de ces diverses acceptions dans lesquelles il prend le mot Verbe ou Raison. Lorsqu’il dit dans le texte qui nous occupe que l’action d’un infidèle est péché parce qu’eJle n’est pas faite conformément au logos, il n’entend pas qu’elle soit absolument contraire à la raison, mais simplement qu’elle n’est pas faite conformément à la raison éclairée par la foi, ou si l’on veut au Verbe révélateur. Car sans la foi il n’y a pas de charité même iiiitielle , et sans la charité une œuvre , quelque bonne qu’elle soit d’ailleurs, n’a aucun mérite dans l’ordre du salut.

Ces observations nous semblent suflisantes pour montrer les différences essentielles qui distinguent la doctrine de Clément, relativement au rôle de la connaissance dans l’acte vertueux et au mérite des diverses espèces d’action, du système de l’école .stoïcienne. S’en rapproche-t-il davantage par sa théorie de l’apathie morale?

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