‹ Clément Marot et le Psautier Huguenot (volume 2)Chapitre 3 sur 177 · JEAN LOUIS · texte numérisé non relu

JEAN LOUIS

Ce musicien, dont la Biographie de Fétis ne dit mot. appartient à l'école flamande, à en juger par la dédicace que nous allons reproduire et qui ne porte ])oint le cachet protestant; il paraît avoir été maître de chapelle . des empereurs Ferdinand (i556-i56/i) et Maximilien II (i âO^-i S^G) '^'. Il a harmonisé un tiers des mélodies de nos psaumes, nous dirions avec un remarquable talent, si nous n'étions incompétent en matière de contrepoint : Pseaulmes cinquante de Dauid composez musicalement emuyuant le chant vulgaire à cincq parties par mai.stre lean Louys. Anuers. Hubert \\ œlrant et lean Laet, i.^5d, pet. in -4° obi. (Bibliothèque de Munich.) (Test par erreur que M. Bovet (p. a 58) attribue cet ouvrage à Bourgeois.

Voici la dédicace du second livre :

A IIONOBABLE ET rRVDENT SEIGXEVR lEAN COCQVIEL , MARCHANT EN LA VILLE DAXVEBS, lEAÎX LOVYS, S0\ SERVITE\Tl ET AMY, SiLVT ET PROSPERITK.

le suis certain (mon bien ayraé seigneur) que le plaisir que vous récentes quant du commencement vous feis présent de certains Pseaulmes de Dauid, quay mis en musique, na heu tant de continuation, comme le regret et maiueiliance qu'auez en raoy, que

''' C'est en lâ.j'y qu'il place le fait, et ii ''' Voir La musique en Suisse , par M. G.

fait chanter, ail lieu des chœurs de Bourgeois, Becker, dans la Pairie de Genève, 29 juin

ceui de Goudiniel, qui nppanirenl qu'en 1 âôa. 1873. Ces ailicles ont été réunis en un vo-

'■' Voir Li Tfiiiivn-ke i\o C.V. Becker. lnmein-ia.

mayaiit renduz iceulx jioiir corriger aulcunes fautes faictes par lescritiaiii . nay peu satisfaire à les vous rendre, par ce que furtiueinent lue furent eiublez, et ne les ay peu recouurer de long temps après. Dont vous prie imputer le deffault (en ce) au larron et non à moy, qui en tous endroitz vous vouldroie faire seruice , et amytié. Si est que par temps veuillant auerer et croire le conseil daulcuns mes bons aniys, ma esté persuadé faire imprimer iceulx Pseaulraes, ce que iay faict, et dont sont faictz trois liures. Desquelz (mon bon seigneur) ie vous desdie et faictz présent du second. Ce que vous prie accepter de bonne part et pardonner le meffaict commis par altruy. Nayant esgardt aussi que cest encoires cas iuuenil et de petit poix, espérant h laduenir, par labeur et diligent traueil, icelluy augmenter et lousiours vous en faire participant (comme scauant et amateur de lart musical, et que par droicle raison le méritez). Sur ce (mon bien aymé seigneur) le Créateur vous niaintienge en felices désirs, et doint bonne vie et longue.

Nous donnerons plus loin son psaume xxv, dont nous devons une copie à l'obligeance de M. J. j. Maier, l'un des conservateurs de la Bibliothèque de Munich. La mélodie, placée au lenor, est celle du Psautier de Bourgeois lâùg, remplacée depuis par une autre non moins belle et plus en harmonie avec les paroles.

CLEMENT JAMVEQUIN.

L'un des plus féconds et le plus original des compositeurs de la première moitié du wi" siècle. Clément Jannequin, né vers la fin du siècle précédent, fut probablement maître de musique de quelque église, peutêtre à Lyon, où quelques-uns de ses ouvrages ont été imprimés.

«Il est vraisemblable, dit M. Fétis, qu'après avoir été, comme Goudimel, élevé dans la religion catholique, il embrassa plus lard comme lui les opinions des réformés; car ses premiers ouvrages sont des messes et des motets, et les autres, des chansons françaises et des psaumes de Alarot. » Cependant la France protestante ne Ta pas mentionné.

N'avant presque aucun détail à ajouter à l'article de la Biographie des musiciens, et n'ayant point réussi à voir ceux de ses ouvrages qui pourraient prouver que Jannequin devint réellement protestant, nous nous bornons à indiquer les deux suivants , qui appuient fortement l'hypothèse de M. Fétis : Prouerbes de Salomon mis en cantique et rime française selon la venté hehraïque . nouiiellemenl composés en musique à quatre parties par M. Clément lanneqmn ,

16 l.RS lIAliMOMSTKS DU PSAUTIEfi.

iwprimi's en (luritre rnlumcs, l'aris. Ad]-. Le Roy fi Hol). B.illiinl , i 558 , in-<S" obi. • — OclaHle-deii.r pseaumes de Dmiid, traduitz en rlnjlhmc J'raneoh par Clément Marol et niitres , auec plusieurs cantiques nomiellement composés en musique à quatre parties par M. Clément lannequin, Paris, Adr. Le Roy et Rob. Ballard, i55g, in 8° obi., ouvrage di^di»' :"i la reine de France, et dont la dédicace se termine par ces vers :

Doncq en gré ce présent . Ires illustre Princesse, Prends de ton Inncquiii , qui en poure vieillesse ] iuant, rien ne lut/ plaist fors que de (honorer Par son art de musique, et ton los décorer.

Nous n'avons |)n nous procurer de ce musicien qu'un seul morceau, une cbanson pruteslanlc, dont l'air est expressif et gracieux. M. Henri Bordier ne l'a Irouvc'e que dans un recueil de t56g {CImmonnier hugtienot . p. i466), mais elle est de bcaucouj) antérieure, puisqu'elle figure déjà dans le Sixiesme liure contenant xxix chansons nnuuelles à quatre parties... imprimées par Pierre Attaingnant , Paris. i 'yl^'^. (Bibliothèque de Munich.) Nous la donnons plus loin.

THOMAS CHAMPION, Hii MITHOU.

Il n'a point d'article dans la France prolestante ni dans la Biographie des musiciens, qui ne mentionne qu'Antoine (ibampion. organiste célèbre sous le règne de Henri IV, dont il existe, dit M. Fétis, une messe à cinq voix parmi les manuscrits de la bibliothèque royale de Munich. Cette messe, nous écrit M. Maier, conservateur de la partie musicale de cette bibliothèque, est de JMcolaus (Ibampion. S'appelait-il à la fois Antoine et Nicolas?

Thomas figure parmi les auteurs du Tomus tertius psalmorum selectorum ir et V rocum, en latin, Nurenberg. Jean Petreius. i5/i2 (C. F. Becker, Die Tonwerke).

Nous avons aussi trouvé deux de ses chansons (//a bruslé la hotte et Oyez tous amoureux) dans le Second liure de chansons, etc., imprimées en ([uatre volumes par Adr. Le Roy et Rob. Ballard, en i55/i.

Enfin il a publié le recueil suivant, dont nous ne connaissons que la partie de contra-tenor : Premier hure contenant soixante pseaumes de Dauid,

LKS HARMONISTES UU l'SAlJTH-:!!. 17

mis en musique par Thomas Champion, dit Milhou, organiste de la chambre du Roy. Paris, François Trcpcau , i 56 1 . Petit in-8° obi. do 88 11'. (Collecl. de M. G. Becker, de Lancy.) L'ouvrage n'a pas de préface, mais une dédicare, (lue voici :

Sire, ce n'est sans gramle occasion que vos li'cs luinil)les seruiteurs el suiets louent continuellement Dieu de ce qu'il luy a pieu leur donner vn Roy tnnl doux e(, débonnaire , et amateur de toute honorable science et vertu : qui est vn exemple non seulement pour ceux de vostre maison, mais aussi pour tous ceux de vostre obéissance, voire des osirangers , pour les inuiter à imiter les mœurs louables et exquises vei-tus d'vn prince Ici que vous. En quoy (Sire) vous auez emporté la louang-e et le pris sur beaucoup d'autres plus aagez, comme le tesmoignage en est très certain: à limitation du feu Roy François, vostre bon ayeul, qui a acquis vn tel degré d'honneur (pour la perfection dont il abondoit aux lettres et disciplines), que la postérité en fera lousiours mémoire , seniblablenient au Roy Henry, vostre magnanime Père. C'est ce qui m'a incité (Sire) de vous ofi'rir ce petit présent , qui est soixante des psaumes que ce Royal prophète Dauid chantoit continuellement en son temps, pour louanges et actions de grâces h l'Eternel nostre Créateur, lesquelz i'ay mis en musique à quatre parties , auec le suiet, pour en donner quelquesfois plaisir à vostre Maiesté , attendant le surplus , que i'espere (moyennant l'aide de Dieu et la vostre) aussi mettre cy après en chant, quand i'anray connu que vostre Grandeur les aura receus en bonne part, comme elle faict sans cesse toute bonne et vertueuse chose. Pendant (Sire) ie supplie l'Eternel vous augmenter en tous ses dons, et vous donner auec contentement très heureuse santé et longue vie.

Vostre très humble, très obéissant , très affectionné seruiteur.

THOMAS CHAMPION, rf//MITHOU.

Le ton de ces lignes est (à part la flatterie) assez protestani, mais elles ne prouvent point suflisamment que Champion ait réellement appartenu à notre Église; car à celte date la moitié de la cour inclinait vers l'hérésie. C'est ce qui explique comment l'organiste de la chambre du roi put nonseulement s'occuper des psaumes de Marot et de Bèze, mais harmoniser nos mélodies. (M. Georges Becker nous a envoyé la partie de contra du psaume xxv, traité en forme de motet; elle s'adapte naturellement à notre mélodie.) — La guerre civile qui éclata l'année suivante ne permet pas dépenser que Champion ait pu publier le reste de ce travail, dont la suite eût été, quelques années plus tard, fort mal reçue à la cour.

18 LES HARMONISTES Dli PSAUÏIEIi.

PHILIliKRT JAMIÎR-DE TER".

Ce compositeur protestant, qui est aussi le plus ancien de nos inslrumenlistes, appartient à la famille des Jean Cousin, des Goujon, des Goudimel, des Palissy, sur lesquels on n'a presque aucun renseignement, et dont la vie n'est guère connue que par leurs ouvrages. Les siens sont d'une excessive rareté, et les quelques exemplaires que nous en connaissons sont tous incomplets. On ne peut même faire que des hypothèses sur l'origine de son surnom de Jambe-de-Frr. analogue à celui de Bras-de-Fcr donné à Lanoue, parce qu'il avait remplacé par un bras artificiel celui qu'il avait perdu au siège de Fontenay.

Phililjerl Jambe-de-Fer naquit à Lyon, selon La Croix du Maine, et habita quelque temps Poitiers; il y fut sans doute attaché au chœur de Sainte-Radegonde et sous les ordres du chantre Jean Poitevin*-', dont il mit la traduction des psaumes en musi([ue. 11 a, selon M. Félis, daté de celte vdle la première édition des cent psaumes à quatre parties.

Retourné ensuite dans sa ville natale, il y fit paraître plusieurs autres publications à partir de loSg. «On ignore, dit M. Fétis, s'il avait cessé de vivre avant la Saint-Rarlhélemy, ou s'il périt dans cette catastrophe, w

Il figure, à côté de CIcmens nouptipa '^', P. Colin el P. de la Farge, dans VHarmonidos ariston, recueil contenant huit messes, imprimé à Lyon chez Jacob Moderne, ei) iblxS, in-foL (C. F. Becker, Die Tonwerke); mais on n'en saurait conclure avec certitude qu'il fût encore catholique à cette époque, car cet ouvrage peut n'être qu'une réimpression de morceaux déjà publiés. Toutefois c'est un indice, et il nous paraît probable que Philibert n'embrassa le protestantisme que lors de son retour à Lyon. Cette conversion fut des plus sérieuses , ainsi qu'on le verra par la dédicace de son Psautier huguenot.

11 a aussi composé des morceaux de viole qui parurent vers i55o '"', comme ceux de Gervais, de Vermont et de Parenti.

Celui de ses ouvrages qui eut le plus grand nombre d'éditions est intitulé : Les cent psahnes de Dauid 7nis en français par lean Poicleiun, à quatre parties par Philibert lamhe-de-Fer, Poictiers, chez Nicolas Peletier, lô/iy,

<') Voir la Biographiedes musiciens. — (^ Voir I, /i56. — ''' Sobriquet qui fait allusion au pape Clément Vil. — (*) Félis, Biogi: desmusic, p. cctuxiii.

in-8°. - — Ce millésime, admis par l'iinanimitc' des bibliographes, soulève une difficulté qu'ils n'ont pas remarquée , et nous le croyons erroné. L'édition sans musique des psaumes de Poitevin, qui est à la bibliothèque Mazarine, ne fut imprimée que l'année suivante par Nicolas Peletier, en vertu d'un privilège du i k avril i 55o. 11 n'y a pas lieu de soupçonner ici quelque confusion de l'ancien et du nouveau style, puisque l'année i55o commença le g avril'''. Or, comme il n'est pas admissible que l'édition avec musi(|ue et harmonie ait précédé d'un an l'édition sans musique, il faut, ou que la date de i 5/19 soit fausse, ou que le nombre des psaumes contenus dans cette édition soit inférieur à cent. De cette dernière conclusion il résulterait que Poitevin aurait publié (|uelques-uns de ses psaumes avant d'avoir achevé les cent dont Marot ne s'était pas occupé, et que c'est ce premier essai que Phihhert aurait mis en musique et publié en lâ^g.

Les auteurs qui font réimprimer l'édition de Philibert par Nicolas Peletier en 1 55 1 , in-S", ne Fauraient-ils pas confondue avec l'édition sans musique, de la même date et du même imprimeur, ([ui est à l'Arsenal?

L'édition avec musique fut encore publiée en i558, dans le format in-8'\ par le même imprimeur de Poitiers (/)/e Toinverke) , el à Paris, chez Nicolas Du Chemin (La Croix du Maine), puis en 1 55 g à Lyon, par Angelin Benoist, d'après Du Verdier.

Rentré à Lyon et avant d'harmoniser le recueil des Eglises protestantes, Jambe-de-Fer, toujours séduit parla poésie des psaumes, en mit encore quelques autres en musique. C'est l'un de ceux-là que nous avons trouvé dans le premier Trophée de musique composé des jilus liarmomeuscs et excellentes cliansoHs choisies entre lajleur et compositions des plus fameux el excellons musiciens tant anciens que modernes, le tout en quatre parties en quatre volumes, Lyon, Robert Granion, i55c), obi. Les paroles, anonymes dans ce recueil, sont la traduction du psaume xli (notre xlu) de Cl. Le Maistre, Lyonnais, ami de Marot et sans doute disci[)le de la Réforme, de même que Granjon. Bien que la partie de ténor manque à l'exemplaire de la Bibliothèque nationale , nous reproduirons plus loin cette composition , n'en ayant pas rencontré d'autre de Jambe-de-Fer qui soit antérieure à son Psautier huguenot.

Les vingt-deux oclonnaires du psalme cxix de Dnuid, traduicts par lean Poicteuin, mis en musique à quatre parties par Philibert lambe-de-Fer, Lyon,

(" Boyer, Traité complet du cnlemirier, Paris, 1822, in-S".

20 LUS IIARMOINISTES DU l'SAUÏIER.

chez Thomas de Straton, i 50 i , ne .sont sans doiile pas la moins curieuse de SCS œuvres. Le dire même indique que l'auteur ne Iroiivail pas convenahle que les vingt-deux sections de ce psaume, qui com|)rend cent soixanteseize versets, se chantassent sur un même air, et qu'il a clierché à exprimer par des mélodies différentes le sens de chaque seclion ou octonaire. Il serait fort intéressant de pouvoir comparer cet ouvra^jc avec les psaumes en forme de motets de Goudiinel et le Dodécacordr de (liandin Le Jeune: mais où le trouver?

Enfin , à peine Bèzc avait-il achevé notre Psautier que Janihe-de-Fer s'en empara, et fit paraître Les cent cmquanle Psemimcs de Diiuid, mis en rime francoisc par CI. Marot el Tli. de Be:e, l'i (pintre et eiiiij jmrties jitir Plilliberl Iqmbe-de-Fcr, Paris, Nicolas Du (ihemin, lôfii, in-A° ohlong'".

Nous n'avons pas vu d'exemplaire de cette première édition. En i&G/i il en parut deux autres à Lyon: elles sont senihhiiilrs, bien que les litres en soient fort différents :

Les CL Pseautnes de David , mis en rime francoisc par Cl. Marol et Th. de Bezc. El mis en miiSKpic à epialre et emq parties par Philibert lambe-de-Fer. ttuec m sonnet sur la devise du roij Charles L\ de ce nom. Reiteus el corrigés par l'autlieiir mesme, pour la seconde édition. A Lyon, par Philibert lambedc-Fer et Pierre Cussonel el Martin la Roche, i564, in-32 obi. — A la fin de l'ouvrage: «par Pierre de Mia, i.56i.» .

Les CL Pseamnes de Dauid, mis en rime française par Cl. Marot et Th. de Beze. Aiiec les dix eommmidemcns de la loy, le cantique de Symeon el le cantique de Moijse, les prières aumit et après le repas, Foraison de noslre Seigneur lesus- Clirist, les articles de la joij , di.vam de la loy et de lafoy, m autre dixntn de saint Paul aux Romains eliap. i, huictain du pseaume cxriii, el à l'entrée il y a: Qui dru sainct roy. Le tout mis en musique à quatre et cinq parties par M. Philibert lambe-de-Fer. A Lyon, par Antoine Garcia et Pierre de Mia, 1 566, avec priuilege du roy pour neuf ans, obi.

Nous ne connaissons de ces deux éditions que les fragments suivants:

De la première: superius, à la bibliothèque de Hambourg: ténor, collection de M. Baum, bibliothèques de l'Oratoire, du protestantisme '-' el de Hambourg; bossus, collection de M. Baum et bibliothèque de Hambourg.

'" Cette date est celle du privnùge;rouvra(je W L'exemplaire de la Bibliothfqne tlii prô-

ne parut qnerannée snivanle; voir ci-dessus. teslaiilisme manque de titre, mais la dodirare

I, SGi. est du ^i.") décembre i563.

LES HARMONISTES DU PSAlJÏIEll. 21

De la seconde : superms, collection de M. Lutterolh; nllus, coUeclion de M. G. Becker.

Ce n'est qu'à l'aide de ces fragments é])ars, que nous avons pu reconstituer la partition de deux psaumes, qu'on trouvera plus loin. Ceux de Jambe-de-Fer ne sont pas tous en faux-bourdon, comme ceux que Bourgeois avait publiés en 15/17; quelques-uns sont en style fugué et en forme de motets. La mélodie est au ténor, sauf dans les dix-huit (|ui portent les numéros xxvHi, xxx, xxxiv, xxxv, xl, xliii, lxi. lxhi, lxxvi, lxxvii, lxxxi,

LXXXVl, CIX, CXVU, CXXVII, CXXIX, CXXXIX, CXLVI.

L'œuvre de Philibert ne paraît pas avoir eu le même succès que celle de quelques-uns de ses successeurs; nous ne sachions pas que son harmonie ait été adaptée, comme le furent celles de Goudimel et de Le Jeune, à des traductions allemandes et hollandaises.

Voici un extrait de la dédicace des deux éditions de i5(i/i :

AV ROY DE FRANCE TRES CURESTIEX . CHARLES NEVFVIESME DE CE NOM, SON PRINCE ET SOVVERAIN' SEIGNEVR, PHILIBERT lAMRE-DE-FER . PAI\ ET SALVT EN lESVS CHRIST.

... Or il a pieu à Dieu , Sire , vous l'aire eest honneur et ceste grâce , que , sous vostre règne , les bouches d'vn nombre infini d'hommes et de femmes et de petits enfans , qui au parauant auoyent esté closes pour chanter les louanges et la gloire de Dieu, et qui n'ont esté ouuertes sinon poui' le blasphémer el desbonorer par chants lubriques et chansons deshonnesles et infâmes, et par blasphèmes énormes, soyenl maintenant ouuertes, non pas seulement pour l'honorer des leures par voix extérieure , mais aussi (le cœur, de l'abondance duquel la bouche parle, selon le tesmoignage de lesus Christ. Car ce ne seroit pas louer Dieu comme saint Paul nous y exiiorte, si nous nous contentions de paistre seulement nos oreilles de la mélodie et du plaisant sou du chant des pseaumes, si par mcsrae moyen nos cœurs ii'estoyent aussi esmeus et incitez aux louanges de nostre Dieu, par l'instrument de noslre bouche, et autres instrumens de musique, desquels le droit vsagedoit seruir à cela. Et pour autant qu'il y en a plusieurs (|ui prennent plaisir à chanter les pseaumes , non seulement en ce simple chant , duquel on vse ordinairement es Eglises reformées selon l'Euangile, qui est le plus propre pour l'assemblée publique des fidèles, mais aussi en vn chant plus mélodieux selon l'art de musique, hors les assemblées publiques en compagnies particulières, i'ay bien voulu trauailler pour ceux-là, selon le don que i'ay receu du Seigneur en ceste science, estant esmeii du désir que i'ay que toutes les folles et vilaines chansons (ausquelles par le passé ccsle belle science vilainement profane'e a plus soruy qu'aux louanges de Dieu) soyenl tellement arrachées de la bouche de tous les Chrcstiens, qu'on ii'oye plus

22 LES HAUMOMSTES DU PSAUÏIliK.

résonner en icelle, en lous lieux cl loulcs places et loulcs compagnies, sinon pseaunies et chansons spirituelles et actions de grâces en l'iionneui- de Dieu par nosire Seigneur Icsus Christ. A cesle cause i'ay trauaillé à mettre tous les pseaumcs entièrement en chant de musique à quatre et cinq parties, retenant le suiet du cliaiit ordinaire qui se chante en l'église, comme ils sont translatez en nostre langue et poésie Françoise, accommodant le chant et la note le mieux (|uo i'ay peu aux paroles et sentences, et à la maiesté de l'esprit de Dieu , qui eu est lautheur, et duquel Dauid et les autres prophètes qui les ont composez ont esté la bouche et les instrumens.

Et combien. Sire, que ie ne suis rien, pour faire apparoislre deuant vostre Maiesté aucune chose qui puisse procéder de moy , toulesfois ie me suis enhardi de vous faire présent de ce mien petit labeur, en recongnoissancc du grand bénéfice que nous nuons receu de Dieu, sous vostre règne, et sous vostre Maiesté et protection, [)ar ie moyen de la liberté qui est donnée aux vrais eufans et vrais seruiteurs de Dieu, de le louer cl inuoqucr. non pas en ténèbres et en cachette, ou à dcmy bouche, comme ils ont esté contrains do le laire par cy deuant vn long espace de temps, mais en pleine lumière et publiquement et à pleine bouche. De quoy comme nous en rendons tous à Dieu grâces éternelles, ainsi ce vous sera, Sire, vue gloire immortelle et deuant Dieu et deuant les hommes, qu'il ait tant honoré vostre Maiesté cl vostre règne, (ju'il soit honoré et gloi'ifié en iceluy . comme le Roy des Roys el le Prince des Princes.

Lyon, a.') décembre i563.

Le pieux autour de ces ligues naïves, qui ne craint pas d'allribuer à la ])uissance divine la tolérance dont fait preuve le souverain au(|uel il s'adresse, n'était certes pas un courtisan, mais un de ces lioiumes trop rares qui respectent leur talent, parce que l'Evangile leur a appris à le consacrer à Dieu seul, auquel npparlir'nt l'empire de l'art aussi bien que celui de la conscience.

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