‹ Clément Marot et le Psautier Huguenot (volume 2)Chapitre 4 sur 177 · CLAUDE GOUDIMEL · texte numérisé non relu

CLAUDE GOUDIMEL

L'homme qui fut l'un des plus grands musiciens du xvi" siècle et l'un des chefs de l'école llamandc. laquelle renouvela l'art musical, naquit vers i5io, à Besançon ou tlans les environs'"; il y conserva des relations el

('' Les vers siiivHiits de Mélissus sur la Semineces vivosquc simul violenter ulrisquc

mort de son ami, et surtout le dernier, ne Absorptos visi pUmgcre g^ir/^itibus.

laissent aucun doute à cet égard : Scqnana cum Ligcri Jlcvil, Jleoitqiie Gariwma,

Prœripiic linlvitisjîwit amara Ditbis.

le. consens à ce que M. Despois, Occisus. Tcslcs vos , Aiar et Ithodanc. livre fort insliiiclit iju'il vient d'écrire : [a;

Goudimel! iUc iitfus. meus [chcit!) Goudimcl

[illccst ''•''' consens à ce que M. Despois, dans le

pcut-ctre quelques propriétés; car un procès qu'il eut avec un débiteur infidèle l'obligea, peu avant sa mort, de séjourner deux mois dans cette ville. C'est pour avoir confondu, ainsi que l'a savamment fait observer M. Bovct (p. aGa), le comtat Venaissin avec la Francbe-Comté et Vasionensis (Vaison près Carpentras) avec Vesontiensis (Besmiçon) , (jue Pittoni, dans son Histoire (manuscrite) de la chapelle papale, donne Vaison pour lieu de naissance à Goudimel.

Rome attirait alors tous les chantres célèbres; ils trouvaient dans la chapelle pontificale un emploi digne de leur talent, et cette consécration de la renommée que Paris décerne aujourd'hui aux artistes. Goudimel s'y trouvait avant i5/io, et y tenta ce que personne n'avait osé avant lui : il y ouvrit la première école publique de musique. L'enseignement de cette science compliquée était jusque-là resté confiné à l'ombre des cathédrales, dans les psallettes , où un nombre très-restreint de boursiers de sept à huit ans, choisis parmi les enfants qui avaient les plus belles voix, étaient logés et nourris (^in parvisio , comme on disait), et recevaient une éducaiion et une instruction appropriées à leur vocation de chantres, c'est-à-dire de membres de l'ordre inlérieur du clergé. On y ap[)renait, avec l'art du chant et le contre-point, l'écriture, l'arithmétique, la grammaire et les belleslettres. Quelques hommes remarquables furent élevés dans cette espèce de couvent (entre autres le pape Urbain IV, sorti de la psallette de Troycs). Goudimel y apprit assez de latin pour l'écrire plus tard élégamment. Cependant, outre le défaut grave de confisquer les connaissances musicales au profit d'une caste, cette institution en avait peut-être un plus grave encore, qui rendit pendant des siècles tout progrès impossible : elle maintenait strictement parmi tous les musiciens l'idolâtrie du plain-chanl, et l'antique et inintelligente tradition de mépris et d'aversion pour le système de la musique populaire. A côté de ces écoles cléricales, Goudimel en fonda une laïque, ouverte à tous , c'est-à-dire affranchie du joug sacerdotal. Cette innovation, dont l'importance, capitale pour l'histoire de l'art, n'a

Théâtre français sous Louis XIV, énumère les qu'il porte sur coUo lislo un l'Vancais, à qui l:i

peintres, architectes, sculpteurs, musiciens et p^rance et l'Italie elle-même doivent heaucoup,

savants que l'Italie nous a prêtés : le Rosso cl quoiqu'elles le connaissent trop peu. .le prie

le Priniatice, Benvenulo CcUini et Léonard M. Despois d'effacer Goudimel de sa liste ita-

do Vinci, Lulli cl lo Beriiin, les Cassini. C'est lienne. Claude Goudimel était Français.» (A.

justice. Mais à quoi je ne |)uis conseiitii-, c'est Coquerel fils, Le Rim pul'lic , <j janvier 1870.)

24 ' LES HAUMOiMSTES DU PSAllTIEli.

presque point été remarquée, était d'autant plus hardie qu'il s'agissait de la réaliser sous les yeux du pape Paul III, et au foyer même des préjugés de l'immobilisation et de la routine. Elle eut les plus heureux et les plus féconds résuhats; de l'école de Goudimel sortirent d'illustres maîtres : Jean Animuccia, Etienne Bottini, dit // Fornarino, Jean-Marie Nanini, Alexandre Merlo . connu sous le nom de Délia Viola, Palesf rina . le plus grand (le tous, et sans doute aussi Roland de Lattre.

Ainsi l'école italienne, qui allait conquérir le scej)lre du goût et créer un véritable t paradis de pureté harmonique», l'école mélodique enfin, qui n'avait point eu de devancière, est la lille de Goudimel.

Outre une foule de messes et de motets restés manuscrits, en partie dans les archives de la basilique de Saint-Pierre, en partie chez les oratoriens de Sainte-Marie de Vallicella. et dispersés depuis, on a de lui des ouvrages imprim(b de différents genres qui répondent aux deux phases de sa vie :

Quelques motets à quatre parties dans le Liber quarlus ecclestasticarum ciinlionum iv vocum, quas vnlgo motcta vacant, Anuers, i55/i, \a-li° obi.

Chansons spirituelles île Marc-Antoine Muret, mises en musique à quatre parties, Paris, Nicolas Du Chemin, i 555, in h" ohl.: — au nombre de 19.

Horalii Flacci.poetœ lyrici, Odœ omnes, quotquot carminum generibus dijfcrunl. ad ri/tlimos musicos redactœ, Paris, i555, in-4° obi.: — l'une de ses meilleures compositions , et j)0urtant la moins connue . au dire de M. Fétis '".

On en rencontre d'autres dans les Chansons nouuellemeni composées à quatre parties, etc., unprimées à Paris, par Adrien Le Roy et Robert Ballard, obi.

La chanson licencieiise : Si planteray ie le may se trouve dans le sixième livre, (le 1 556 (Bibliothèque nationale), réimprimé en 1 55f) (Bibliolliè(jue du (Jonservaloire ).

" "De ce que, an lilie île ce livre, son rencontre ([lie sur celte seule publication, on

nom est associé à celui de soa imprimeur {ex devra plutôt en conclure qu'il n'y a été placé

hjpogr. Nie. Du Chemin et Claudii GuiidimetU). que parce que les planches de musique lui

on ne doit pas conjecturer, ce nous semble. appartenaient."

dit /n FiviHcc pro(fs(nH(c, une association com- Nous avons trouvé le nom de Philibert

inerciale.etprélcndre, comme le lait M. Fétis, JaLube-de-Ker et celui de Davanlès dans les

(|u<! Goudimel exerça pendant un temps, même mêmes conditions; il est bien évident que

très-court, la lyponrapliie .i Paris. Si l'on con- ces musiciens n'ont pas été tous trois impri-

sidère que son nom loinme mqirimeiir ne se meurs.

Les chansons du même genre : le ne t'accuse, amour, et Si c'est vn ^ief que d'aymcv sans partie, clans le huitième livre, de i557 (Bibliolh. nation.). Cette dernière est aussi dans le huitième livre, de i ôôg (Bibliothè(|ue du Conservatoire), avec cette autre : Vnc ieunepucelelte,grassekttc.

Les cinq suivantes se trouvent dans le neuvième livre, de 16.59 (//;«/.) :

Die petuez vas vous monstrer cruelle.

le sens en moi/ rroislre fardant di'sir.

Si lame estoit au corps semblable.

Bon iour, mon cœur, bon iour, ma douce vie.

Vous niauez promis.

Dans le treizième livre, de lôSg (ibid.), on rencontre : Chacun qui me voit tous les iours, et dans le douzième livre, de i5Gi (^ibid.) : Plus tu cognois.

Les deux suivantes : L'heureux désir (celle-ci est honnête) et Messire Pieire estonné'^^K se trouvent dans le premier livre à quatre parties de la Fleur des chansons des deux plus excellents musiciens de nostre temps, à scauoir de M. Orlande de Lassus et de M. Claude Goudimel. Celles de M. Claude Goudimel n'ont iamais esté mises en lumière, Lyon, lean Bauent, 167^, obi. (Biblioth. nation.)

Il y a aussi sept ou dix chansons à cinq parties (sept, d'après la France protestante, et dix d'après la bibliographie de G. F. Becker) dans le second livre du même ouvrage, paru en lôyô. On cite encore une réimpression de la Fleur, etc., de 1 â^t). in-^°.

" C'est une pièce de controverse liiiguenole de mauvais goùl. La musique a dû en être plaisante, à en juger par la partie de Icnur,. in seule (pie nous connaissions :

Mcssive Pierre cstonnè De voir son ne: boutonne , De V... importuné, De la /^rand' colère qu'il eut , Print son grand votre et ij heut ; Puis d'vne musique tjurongne Contournant sa rouge trongnc, letlanl son œil chouieux Vers son roijaume des cieux ,

C'est-à-dire ses bouteilles ,

Belles glandes , non pareilles ,

Et son seul eray sauuement,

Accoudé dessus sa table ,

Uotta ce cnj lamentable :

lia ! poure nez , lu t'en vas

Et ie demeure icy bas ;

Nez , mon honneur et ma gloire ,

Nez, qui peux entièrement,

D'vn seul regard seulement,

Tout l'uniuers altérer,

Las! le faut-il enterrer,

El qu'eau bénite te laue

Vrinse ailleurs que dans ma caue !

Sijjnalons enfin trois autres chansons de Goudiinei, copiées à la main dans l'exemplaire de Susalo de M. Bovet :

Grâces à Dieu, qut de mort, nous dehiire.

Au saint siefre d'Amour des grands dieux le vainqueur.

Amour me lue, cl si ie ne veux dire.

La première est peut-être une des chansons spirituelles de Muret '".

Magnificat ex octo mod. qtiinque vocum, Paris, Adr. Le Roy cl Hub. Ballard ,

Messe à quatre voix : Le bien que i'/nj par foi/ d'amour conquis, Paris, Adr. Le Roy et Rob. Ballard, 1 Ô58, in-fol.

Messes ù quatre voix : Audifilia. Tant plus le mets sur la face mes yeux. De mes ennuys prenez compassion. Paris, Adr. Le Roy et Rob. lîallard , j 558 , in-fol.

S'il est permis de tirer quel<|ue induction de ces données bibliographiques, nous dirons que la première phase de la vie de Goudimel, dans laquelle d publia des morceaux catholiques et des chansons licencieuses, nous semble marcjuée au coin de l'anticléricalisme et de l'indifférence religieuse, que les turpitudes de la cour papale ne pouvaient (pie développer davantage. Cette j)hase dura encore quelques années ajirès que Goudimel lut revenu en France et établi à Paris, 011 nous le voyons de i555 à i56l>. Ce n'est qu'entre i558 et t5Gi ipi'eut lieu sa conversion à la Réforme, peut-être préparée par les chants du Pré-aux-Clercs et par ses entretiens avec Bourgeois. Ainsi Goudimel n'aurait, comme Marot et tant d'autres, renoncé à son indifférence sceptique et railleuse, pour devenir un homme sérieux et [lieux, qu'en embrassant le protestantisme.

A une date inconnue, et sans doute pour fuir la persécution, dont les violences étaient surtout dirigées contre les personnages célèbres qui abandonnaient le culte officiel, il quitta Paris et se retira, comme Philibert Jnmbe-de-Fer, à Lyon, l'un des loyers importants delà Réforme. La Sainl- Barlhélemy, dont il fut l'une des plus illustres victimes, l'y trouva encore occupé de cette musique religieuse qui fut son crime et la cause de sa morl. Le 3 3 août lâ^'j, quelques jours avant son martyre, il écrivait à son ami

'" En voici la première stroplie : Viuons en Dieu sans regarder ù nous ;

^ „„„ ' n- ■ ; . j I- A VEtemeî rendons lionneur et eloire

Ijraees a Uieu, qui de mort nous dchurc, *

n„,. , „ ,„ I /•; , I r ■ , ■ De ses bienfaict: ; gardons-en ta mémoire,

l'nr son seul Jil:, el en luij nous faietvmre: ■' "

Que son sainel nom est graeieui- cl doux ,

.Méli!<sus ([u'iine fièvre maligne, qui l'avail tourmenté un mois entier, l'avait empêché de mettre en musique le Symbole, que celui-ci lui avait envoyé, et il ajoutait : «Dès que, avec l'aide de Dieu, je serai remis sur pied . e nido siirrexero ac vires resumsero, je mettrai la main à l'œuvre et j'y épancherai toute mon Ame, et quldquid arlls impcrlitœ sunt mihi Mtisœ, in illum effitndam.v [La France prot.) — C'est dans le sein de Dieu qu'il allait bientôt l'épancher, et si la mort le surprit, elle le surprit du moins animé des pensées élevées qu'inspire une foi conquise par des efforts personnels. Les massacres lyonnais, dans lesquels 700 à 800 personnes furent égorgées, commencèrent dans la nuit du 28 au ag. [Bulletin, •y série, IV, 3Gi-367.)

L'harmonie des psaumes et la fin tragique de Goudimel accrurent encore sa renommée et la répandirent dans presque toute l'Europe, qui n'a conservé son souvenir qu'en l'associant à celui du Psautier.

Voici les titres de ses derniers ouvrages : Pseaumes de Dauid mis en musique à quatre parties en forme de motets par Claude Goudimel, Paris, Adrien Le Roy et Robert Rallard, lôGa, in-Zi". — «Les psaumes indiqués ici, dit M. Fétis. ne sont qu'au nombre de seize; ils sont réellement traités en forme de motets, avec des imitations en style fugué sur les mélodies, tandis que dans le recueil des psaumes de Marot et de Bèze à quatre parties, l'harmonie est note contre note (!), elles psaumes, au nombre de cent cinquante, sont suivis du Décalogue, du cantique de Siméon. et des prières avant et après le repas, également en musique à quatre parties.»

Les Pseaumes mis en rime francoise par Clément Marot et Théodore de Beze, mis en musique à quatre parties par Claude Goudimel; sans lieu, par les héritiers de François laqui, i565, petit in-18. — Nous ne connaissons de cette édition en un volume que trois exemplaires : ceux de MM. Fétis, Gaiffe et Lutteroth'". tous complets, ce qui est rarement le cas pour les exemplaires des éditions en quaire volumes. Elle contient l'avis aux lecteurs qu'on a vu plus haut (1, 607), la préface de Calvin, l'épître de Bèze au Petit troupeau, la table des psaumes selon l'ordre alphabétique, les tables pour trouver les psaumes w selon l'ordre qu'on les chante en l'Eglise de Geneuer. les psaumes en harmonie généralement consonante. à quatre

"' M. Wockerlin possède aussi un i'saulier do Goudimel, mais nous ignorons do quelle cjdilion.

parties eii regard '", musique au premier verset, suivi de tous les autres, les cantiques indiqués ci-dessus, la forme des prières ecclésiastiques, du baptême, de la cène, du mariage, de la visitation dos malades, les articles de la foi (catéchisme), l'exercice des chrétiens en oraison et la confession de foi. — C'est donc un Psautier aussi complet (pic possible et qu'on croirait destiné à l'église, si Goudimel n'avait pris soin de dire (pie idle n'était pas son intention. — Bien que la désignation du lieu d'impression manque aux exemplaires rpie nous avons vus, la hihliogru|)hie de (]. K. Becker (Die Toniverlie) ^mvlo : Genève, par les héritiers de François Jaqui. C'est bien, en effet, à Genève (pie l'ouvrage fut imprimé; car François Jaqui y publiait en i5G3 un Nouveau Testament iii-12 avec des annotations de Marlorat (Bibliolh. de Douai), et en i.ôG/i une Bible in-ia suivie des psaumes (Collect. de iM. William Martin). Ainsi donc, un an aj)rès la mort de Calvin, un Genevois imprimait un Psautier harmonisé; ce fait dénote un revirement subit, et l'abandon de la manière de voir du réformateur en fait de musique à plusieurs parties.

Il parut la même année une autre édition de cet ouvrage sous ce titre : Les CL Pseanmcs de Daiiid nouuellement mis en musique à (maire parties par Claude Goudimel, Paris, Adrien Le lioy et Robert Ballard, 15(55, in-ia ohl. en quatre volumes dédiés à D'Ausance (Biblioth. du lycée à Lyon et Collection de M. Lutteroth, ténor et coniray Les parties de ténor et de contra de celte édition sont identiques à celles de l'édition en un volnnie. Nous ignorons laquelle des deux parut la première.

Nous n'avons pu découvrir non plus quand parut le second Psautier de Goudimel, dont on ne connaît (pie l'édition suivante, qui, vu sa date, est 1res- probablement une réimpression : Les cl Pseaumes de Dauid nouuellement mis rii musique à quatre parties par Claude Goudimel, Geneue, Pierre de Saint-André, i58o, h vol. in-12 obi. (Biblioth. de l'Arsenal: M. Riggenbach doit en avoir vu un autre exemplaire). Certains indices nous font supposer qu'il fut publié aussi en i5G5 , mais nous n'oserions cependant l'alfirmer. 11 diffère beaucoup du premier, non par la mélodie, mais par l'harmonie plus savante, «beaucoup plus hardie '->« et nulle part consonante. Le premier est écrit en contre-point sim[)le , le second en contre-point double. Dans le premier la mélodie était au ténor, sauf dix-sept psaumes

"' Les luili's lijjuroos ne paraiss(îiit que '- GoiuliiiR'l s'exprime de la soile dans la

dans viiigl-cinc] psaumes. dédicace.

LES IIAKMONISTES DU PSAUTIEU. 29

ijui l'oiil ail stiiH'niis (\xviii, \\\, wxiv, xxxv, xl, xliii, lxi, l\xm, l\\\ii, Lxxxi, Lxxxvi, cix, cxvti, cxxvii , cxxix , cxxxix et cxLVi); dans le second, au contraire, elle est partout au superius, excepté quinze psaumes où elle est restée au ténor (lui, lxh , lxiv, i.xv, lxvi. lxvu, lxviu, lxix, lxx, i,xxi, Lxxvin, Lxxxii, c, cvin et cxvi). Le second ne contient, connue l'édition du premier imprimée par Ballard, que les premiers versets de cha(|ue psaume, et l'ordre numérique y est interverti, sans doute d'après une division basée sur la tonalité : après le psaume i viennent les xxxii, Lxxni, xxxvi, XLVii, XXI, LU, etc. En outre le xviii n une harmonie aux deux premiers versets, et moins sim[)le au second qu'au premier.

La comparaison de ces deux Psautiers montre que Goudimel ne se lassait pas d'appliquer toutes les ressources de son art à un même air. Il omposa d'abord jiour nos cent vingt-trois mélodies une harmonie aussi simple que possible, puis pour les vingt-sept qui sont plusieurs fois répétées (liii<", lxti, Lxni, lxiv, lxv, lvvi, lxvii, lxviii, lxix, lxx, lxxi, lxxvi,

LXXVII, LXXVin, LXXXII, XCV, XCVIII, c, CVIII, CtX, CXI, CXVI, CXVII, CXXXIX.

cxL, cxLii, cxLiv) une harmonie différente et de plus en plus compliquée: les notes figurées n'apparaissent que dans vingt-cinq de ces dernières (il n'y en a ni dans le psaume lui, ni dans le lxxi). Ainsi les psaumes xxiv, LXii, XCV et cxi, qui se chantent sur le même air, ont chacun leur harmonie particulière dans le premier Psautier. Le compositeur a suivi la même règle, mais avec moins d'exactitude, dans son second Psautier, de sorte qu'il a harmonisé à trois ou quatre reprises plusieurs mélodies, et à sept reprises celle du psaume xxiv'-', sans parler d'une troisième composition, d'un tout autre genre. Goudimel remaniait donc sans cesse son œuvre, comme Bourgeois, pour y ré|)andre plus de variété, labeur qui témoigne tout à la fois de l'ardeur de son zèle et de l'admiration qu'il éprouvai! pour nos vieilles mélodies. On eut bien surpris ce grand musicien, si on lui eût prédit qu'un jour viendrait où elles paraîtraient monotones, dépourvues de rythme et de valeur, et où le premier venu se permettrait de les modifier à sa guise.

Ces deux ouvrages, dans lesquels il avait scrupuleusement respecté la mélodie primitive en ne faisant qu'œuvre de contrapontiste, l'avaient si

"1 Le psaume i.iii fait seul exception à la observer que les paroles des deux psaumes sont règle, ou plulùl il la coulirmo; l'Iiarnionio eu presque absolument identiques, est la même que relie du \iv, mais il faul '2) Voir plus loin ces sept harmonies.

30 LES IlAHMONISTES DU PSAUTIER.

peu lassé du Psautier, (|u'il en entreprit aussitôt un troisième, où il alluil donner libre cours ii son inspiration : Les Psnhncs de Dauul compris en laiil liiires, mis en musique à fjiiatre pmiies en forme de motets pur Claude Goiidimcl, Paris, Adrien Le Roy et Robert Ballard, i 565, petit in-/i° obi. en /( vol. [Brunel). Cette composition est plus rare encore que la précédente; nous n'en connaissons que les trois derniers livres, (jui sont à la biblio- (lièquc Sainte-Geneviève :

Sixième liurc des Pseaumes de Dauid mis en musique à quatre parties en forme de motels par Claude Goudimel. Paris, Adrien Le Roy et Robert Ballard, i565, avec une ode dédicatoire à MM. Robert et René du Mollinet.

Septième Hure, etc.. i566. avec une ode dédicatoire à M"' Catherine Senneton'''.

Huitième Hure, etc., i566, avec une ode dédicatoire à M'-'' maistre Anthoine Porart, seigneur de Foignon, conseiller du roy et maistre ordinaire en la chambre des comptes.

Nos mélodies n'y paraissent que comme autant de thèmes développés avec des variations à l'infini, des imitations fuguées, etc.; tous les versets y sont mis en musi(|iR', et le nombre des voix varie de trois à huit, bien que le titre du livre n'en indiipie que quatre. Ces motets, dont on trouvera plus loin un spécimen considérable, sont le couronnement de l'œuvre de l'artiste, qui les préférait à toutes ses autres compositions. Ce polit oiiurage est, dit-il dans la dédicace du sixième livre.

Le plus Jidellc lesmoignagc

De lims mes labeurs les plus lieaux.

En dédiant le huitième à Ant. Porart,

(}ui sur loiil ne veut qu'on se lusse De chanter cl chanter la grâce Et les louanges de ce Dieu , Qui, snus le vent de sa pareille.

Fait trembler l'un et F autre polie ,

''' Le 18 mars i565, Goudimel était par- cien pasteur de Metz.) — L'odeà M"'Senneton

rain d'un enfant dans l'église réformée de et celle adressée à D'Ausance, gouverneur de

Metz, avec M"° Calherine Scnneton, fille du Metz, qu'on verra tout à l'heure, semblent in-

président de la justice, protestante ainsi que Ji((iier que Goudimel habita quelque lemps

sa mère, dont le nom de famille était Milet. celle ville en ipialilé de chanire. (Note due à robli<jeancc de M. 0. Cuvicr, an-

LES lIAllMOiMSTES DU PSAUTIER. 31

le nieux musicien qnalilie de la sorte ce dernier livre de son dernier l'saulier :

Le plus doux Irauail de ma vie ,

Guidant mon espérance aux cieux.

Voici les dédicaces des deux autres Psautiers. Aussi bien que les précédentes, elles sont très-probablement l'œuvre, non de Goudimel , mais de quelque rimeur de ses amis. En tète du premier, édition Ballard, nous lisons ce qui suit :

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