SE
3ÈE
(1) Quand on est sur une pente , il est bien rare que des règles ou des règlements empêchent de la descendre. Le comité biblique avait aussi imposé une règle aux reviseurs du texte d'Ostervald, qui la violèrent clandestinement aussi, mais en obéissant à un esprit contraire à celui du consistoire. L'un voulait innover pour moderniser, l'autre pour re-
Des lou-an - ges à l'E - ter - nel.
culer en arrière. Les correcteurs bibliques voulaient faire un Ostervald, non plus élégant ou plus exact, mais plus orthodoxe , et voilà pourquoi ils donnèrent une édition qui n'a guère d'Ostervald que le nom, et pourrait rivaliser pour l'inexactitude avec le Psautier de Pol- . tier. ( Voit Y Histoire de la Soc. bibl. protest, de Paris. )
LES INNOVATIONS AU XVIIIe SIÈCLE ET AU XIXe.
PSAUME LXIX
Édit. originale.
Edit. Wilbem.
Je perds ha-leine à for-ce de me plaindre.
Rien à nos yeux ne peut excuser ces changements inutiles et nuisibles, qui n'ont pas de raison d'être. Il en est d'autres que nous comprenons mieux, sans les approuver davantage: ce sont ceux qui ont pour but de ramener à la tonique les finales qui se terminent sur la dominante (xxx, xxxi, xli, li, lxxxv, xcv, c, gui, cxvn, cxxi, cxxvn, cxxxix), sur la sousdominante (xxxix, lvii, cxxxn, cxlvi) et même sur la médiante (xix, lxx, cxli, cxlvii), et de mettre les notes initiales mieux en rapport avec les principes de la tonalité moderne (xvn, lxiii, cil, ix). Quelques-uns de nos plus beaux psaumes ont frayé la route à la révolution musicale qui s'accomplit à la fin du xvie siècle : ce sont ceux qui sont écrits dans la tonalité populaire, devenue la tonalité moderne. Mais d'autres sont écrits dans la tonalité savante ou ecclésiastique et ne peuvent, quoi qu'on fasse, se plier aux règles de la composition actuelle. Ils ne nous paraissent défectueux que parce qu'ils appartiennent à un système musical tout différent du nôtre. Par exemple, le psaume xxx finit sur sa tonique, si l'on remarque qu'il est écrit dans le septième ton ecclésiastique ; mais il finit sur la quinte, si on lui applique la tonalité moderne. Il en est de même du psaume li , écrit dans le troisième ton. Montrons par quelques exemples comment on a essayé de remédier à ces imperfections, créées par le changement de la tonalité.
PSAUME XVII, début et fin.
Edit. originale.
Edit. W'ilhem.
Sei-gneur, é - cou-te mon bon droit. . .
Sur la jus - ti-ce de ma eau - se.
408 LES INNOVATIONS AU XVIIIe SIÈCLE ET AU XIXe.
PSAUME Cil, début.
Édit. originale.
Edit. Wilhem.
Sei-gneur, en -tends ma pri - è - re.
PSAUME XXX, début et fin.
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É - ter-nel, tu m'as dé-ga - gé
y f iffifrir Jijg
Le bien-fait de ta main puis- san - te.
Wilhem ne s'est pas borné à des modifications de ce genre très nombreuses (XXX, XXXI, XXXV, XXXIX, XLIV, L, LI, LVII , LVI1I , LXIII , LXIX, LXX, LXXI , LXXVI, LXXXIII, LXXXV, LXXXVII, XC1II , C, CXH, CXIII, CXV1I , CXXVI , CXXVI1 ,
cxxix, cxxxi, cxxxn, cxxxvi, cxxxix, cxn, cxlii, cxlvi, cxlvii); il a changé le caractère de certaines mélodies en y ajoutant des dièzes accidentels (xvi, en.).., et en a bouleversé d'autres, comme le xxvi. 11 n'y a guère que la finale suspensive du xix qu'il n'ait pas modifiée. Les xvn, xxvi et en, que nous croyons écrits dans le troisième ton ecclésiastique, se sont montrés rebelles à toutes les modifications et n'offrent pas à l'oreille, accoutumée à la musique moderne, une tonalité précise et déterminée. Dès lors à quoi bon les corriger? S'ils ne sont plus supportables aujourd'hui, il n'y a qu'à les abandonner; les transformer ou les refaire est impossible.
PSAUME XXVI
Edit. originale.
Édit. Wilhem, i84o.
Fais
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1 cr~ ■■■ —
moi jus - tice, ô Dieu,
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Toi
qui vois qu'en tout lieu
LES INNOVATIONS AU XVIIIe SIÈCLE ET AU XIXe. 409
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Je mar-che sans dé - gui-se - ment ;
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Quel - que choc que j'en - du - re,
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mon Dieu je m'as - su - re;
Je
ne tom - be - rai nul - le - ment.
On ne devinerait pas, en lisant la préface de Wilhem, qu'il a modifié et dénaturé un si grand nombre de morceaux :
Quelques-unes des mélodies, qui commençaient dans un ton et se terminaient sur sa dominante , ont été ramenées , en peu de notes , à leur finale naturelle , la tonique ; telle est celle du psaume cm. . . Certains passages mélodiques paraîtront durs ou fautifs : tel est l'emploi du la naturel ( Ps. xxn , troisième mesure ) , qui pourrait être et serait mieux un la dieze. S'il y a là une sorte de dureté pour nos oreilles, habituées au la dieze dans tous les cas semblables , on peut aussi y trouver un caractère mélodique que nous n'avons pas dû prendre sur nous d'effacer.
Cruppi s'est montré sous ce rapport bien plus conservateur que Wilhem :
J'ai cru devoir respecter la finale de quelques psaumes , qui se fait tantôt sur le ton de la dominante ou cinquième note, tantôt sur celui de la sous-dominante ou de la quatrième note, et celle de quelques autres, dont la partie chantante ou mélodie primitive se termine sur la médiante ou troisième note. Néanmoins , j'ai ajouté à ces psaumes un bis du dernier vers , que l'on pourra dire comme finale du dernier verset , dans les localités où le choral n'est pas harmonisé et dans lesquelles on chante à l'unisson la mélodie primitive sans orgue. Quant aux assemblées qui chantent en chœur, elles pourront sans inconvénient faire usage du bis à chaque verset et le prendre en habitude, pour épargner les embarras qu'une distraction pourrait occasionner.
Le but de l'auteur de ces chants fut sans doute de terminer sur la note par laquelle il avait commencé sa mélodie, afin que les masses peu exercées à la musique eussent moins de peine à prendre le ton au commencement de chaque verset. Mais le sentiment de la tonalité règne souverainement de nos jours, et j'ai pensé que les personnes aux
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LES INNOVATIONS AU XVIIIe SIÈCLE ET AU XIX'.
yeux de qui la musique est peu de chose dans l'histoire pourraient bien avoir les sens blessés de ces diverses terminaisons
Il n'a cependant mis de double finale qu'à dix psaumes (xix, u, lxiii, xciii, c, CXIII, cxvii, cxxvn, CXLI etCXLVl).
Pottier, au contraire, a déployé ici, comme toujours, son insatiable ardeur d'innovation. Les cinquante-sept mélodies anciennes qu'il a conservées sont toutes, sauf trois, modifiées, soit dans leurs finales, soit dans d'autres phrases. Nous n'en donnerons que quelques exemples :
PSAUME XXIV
Édit. originale.
xr
Edit. de Pottier, i845
La terreau Sei-gneur ap- par - tient,
A - vec tout ce qu'el - le con - tient ,
Dans sa ma - gni-fi - que struc-tu - re
Sa main sur les mers la po - sa,
tel
j' jl'l'Hll
Il l'en-ri - chit et l'ar - ro - sa ,
g 1 17>) Jrr »^ g jJi^jju^^
Pour le bien de sa cré - a - tu - re.
PSAUME XXV, 3e et he phrases.
= -rt-fr-
SX
Que l'en - ne - mi qui me près - se
(l) Inutile d'ajouter que ces réflexions n'indiquent qu'une médiocre connaissance des mystères de la musique ancienne.
LES INNOVATIONS AU XVIIIe SIÈCLE ET AU XIXe.
Édit. originale. Édit. de Pottier, i845.
Ne tri - om-phe pas de moi.
PSAUME CXVI, ire phrase.
J'aime mon Dieu, car son puis-sant se-cours.
PSAUME CXXXVIII
6e phrase.
J'i - rai t'a - do - rer, ô mon Dieu . . .
Le recueil luthérien de Paris, i85/i, est infiniment plus sobre de corrections; il a respecté les finales des quarante-deux mélodies qu'il emprunte au Psautier, et ne s'est permis qu'un très petit nombre de modifications (lxvi, lxxii, cl et cxxvi), dont la dernière équivaut à peu près à une refonte totale.
Édit. originale.
PSAUME LXVI, l\° phrase.
Recueil luthérien de 1 856.
Par un can - ti - que so - Icn-ncl .
PSAUME LXXII, 5e phrase.
$ -fTfrr
Qu'à ton pcu-ple il rcn-de jus - ti - ce.
LES INNOVATIONS AU XVIIIe SIÈCLE ET AU XIXe.
PSAUME CL, 5e et 8e phrases.
Édit. originale.
Recueil luthérien de 1 854.
De sa gloi-re im-mor - tel - le..
De sa puis - san-ce é-ter - nel-le. PSAUME CXXVI.
Édit. originale.
Recueil luthérien de 1 854.