‹ Clément Marot et le psautier huguenot (volume 3)Chapitre 14 sur 178 · PIERRE SAN TER RE · texte numérisé non relu

PIERRE SAN TER RE

Les cl Psalmes de Daniel, mis en musique à quatre parties par M. Pierre Santerre, Poicteuin, plus le psalme exix diuersijié de musique par le même autheur, selon la lettre alphabétique. Poictiers, Nicolas Logerois, 1067, în-18, avec priuilege (Collect. de M. Benjamin Fillon, superiusy[K

Nous n'avons pas vu cette publication posthume; M. le pasteur Vaurigaud en a donné dans le Bulletin (VIII, 361 ) la préface de l'imprimeur, que voici :

le ne voudrois yci entreprendre de recommander la musique des psalmes que nous a laissée feu maistre Pierre Santerre, pour auoir esté en son temps l'vn des premiers en son art. le diray seulement cela de luy qu'il esperoit bien deuancer tous autres en ce sainct labeur, et l'eust fait, sans les maladies suruenues. Toutesfois, il y a mis fin auant son dernier iour, auec vne grande dextérité. Les parties en sont faciles à chanter, eslans appropriées sur le chant vsité aux Eglises, ayant vn chant graue, accommodé aux saincts propos. le n'ay voulu aussi frauder la postérité d'vn œuure si parfait, parce qu'outre le plaisir des aureilles, il tend tout à la louange de Dieu, et à l'édification de son Eglise.

La postérité, comme on l'a vu plus haut, a pourtant été fraudée de cet w œuvre si parfait», selon l'imprimeur, puisqu'on ne connaît que l'une des trois parties que Santerre avait mises à notre chant. Il est plus connu comme musicien profane; nous avons trouvé cinq morceaux de lui, deux dans le Cinquiesme liure de chansons composées à quatre parties par tous et excellens musiciens, Paris, Adrien Le Roy et Rob. Ballard, 1 5 5 6 , in-/i° obi. : Or regardez dy quou vilain, — Quand la bergère va aux champs, et trois dans le Septiesme liure, paru la même année : 01 est vraij procès de Tallebot, — Mon vezin me cassit mon bot, — Quand il eut fait. Les deux premiers et le dernier sont licencieux; on en trouve trois parties (tenor, superius et bassus) à la Bibliothèque nationale, et le ténor a la bibliothèque du Conservatoire.

f,) Lièvre, Hist. des prot. du Poitou, III, '206.

MïCHEL FERMER.

Quarante et neuf Psahnes de Dauid auec le cantique de Simeon et les commandemens de Dieu , traduitz en rithmes francoyses, par Clément Marot, et mis en musique à trois parties selon le chant vulgaire, par Michel Verrier, de Cahors en Qucrcy, Paris, Nicolas Du Chemin, i568, in-t6.

Nous ne savons absolument rien sur ce livre, ni sur l'auteur, compatriote de Marot.

ROLAND DE LATTRE.

L'émule de Palestrina naquit à Mons en i5ao. En i54i , il était déjà maître de la chapelle de Saint-Jean de Latran,à Rome et fréquentait sans doute l'école de Goudimel. Il devint bientôt le chef de l'école allemande, comme Palestrina était le chef de l'école italienne. Ce fut lui, dit Burney, qui introduisit dans la musique les premiers passages chromatiques, pour faire disparaître la monotonie de la modulation. Il sut aussi donner, selon Fétis, un caractère grave et simple à sa musique d'église, et un tour agréable et facile à ses compositions légères. L'expression et le sentiment sont un des principaux mérites de ses œuvres, presque innombrables (plus de 2,337 pièces). Gomme il n'appartient pas à notre Eglise, nous ne mentionnerons que les ouvrages qu'il a consacrés au Psautier, et quelques autres où nous pensons qu'il se trouve des psaumes.

Premier hure des chansons à quatre et cinq parties, par Roland Delassus, Louain, P. Falèse, 1670 (Biblioth. de Munich. — Comm. de M. Meier). Cet ouvrage contient la chanson : Que gagnez-vous à vouloir différer? sur l'air de laquelle on a mis le psaume x de Marot : Dont vient cela ?

Mcslanges d'Orlandc de Lassus, Paris, Adrien Le Roy et Robert Ballard, 1571 (Biblioth. de Munich. — Comm. de M. Meier). Même observation que ci-dessus.

lean Pasquier. La lettre profane des chansons des Meslanges d'Orlando changée en lettre spirituelle, à quatre, cinq et huit parties. La Rochelle, Pierre Haultin, 1575-1676.

Moduli quatuor et oclo vocum partira e queritationibus Job, partim e psalm. Davidis et aliis Scripturœ locis descripti, Orlando Lassusio autore. Rupellaa,

0 Adolphe Matthieu, Roland de Lallre, sa vie et ses ouvrages, Gand , Jîusscher frères, sans date, grand in-8°.

apud P. Haultinum, 1676, in- 4°. — Une seconde édition de ce recueil, qui comprend près de cent morceaux, a été publiée à Paris, chez Adrien Le Roy et Robert Rai lard, 1687, in-/r°.

Meslanges d'Orlando de Lassus, ou recueil de ses plus beaux ouurages en musique. Paris, Adrien Le Roy et Robert Railard. 1 576, in-/i0.

Le Trésor de musique d'Orlande de Lassus, contenant ses chansons à quatre, cinq et six parties. Sans lieu, 1676, in-8°. (Riblioth. de Munich. — Coinm. de M. Meier.)

Premier Hure du Meslange des pseaumes et cantiques à trois parties , recueillis de la musique d'Orlande de Lassus et autres excellents musiciens de nostre temps. Sans lieu, 1676, in-8°.

Second hure du Meslange, etc. Sans lieu, 1678, in-8°.

lean Pasquier. Cantiques et chansons spirituelles pour chanter souhz la musique des chansons .profanes d'Orlando de Lassus, à quatre et cinq parties. La Rochelle, Pierre Haultin, 1 678.

Le Thresor de musique d'Orlande de Lassus, prince des musiciens de nostre temps, contenant ses chansons françaises, italiennes et latines, à quatre, cinq et six parties. Augmenté de plus de la moitié en ceste seconde édition. Sans lieu, 1 582, in-i 2.

Lassi musicorum apud sereniss. Bauariœ ducem Guillielmum , etc. Rectoris, Psalmi Dauulici pœnitentiales , modis musicis redditi, atque antehac nunquam in lucem editi. His accessit Psalmus : «Laudatc Dominum de cœlis, » quniquevocuni. Monachii, Adam Rerg, i584, in— 4°. — Une seconde édition de ce recueil a été publiée à Douai, en 1600. Il a été réimprimé, en 1 8 3 8 , à Berlin, chez Gustave Krantz.

Psalmi sacritrium vocum. Monachii, 1 58 6, m-k°. — Les mêmes, traduits en allemand, Zurich, i5q/i, m-k°.

Le Thresor de musique , etc. (contenant ses chansons françaises, italiennes et latines, à quatre, cinq et six parties). Reueu et corrigé diligemment en ceste troisième édition. Cologni, Paul Marceau, t5q/i, in-/f° obi. (Riblioth. nation. — Superius, quintus, ténor et basse). — Il en a paru une quatrième édition au même lieu, en 1695.

uante Pseaumes de Dauid auec la musique à cinq parties d'Orlande de Lassus. Vingt autres Pseaumes à cinq et six parties par dîners excellents musiciens de nostre temps. [Heidelberg], [erosme Commelin, 1 5 9 7 , in-A°.

Nous n'avons vu qu'un seul de ces ouvrages, la troisième édition du

Thresor de musique, qui contient trois psaumes de Marot(u, x, gxxx), dont un seul(lecxxx) a conservé notre mélodie. On le trouvera plus loin complet à quatre voix, bien que la partie de contra manque (aussi bien que celle du scxtus) à l'exemplaire de la Bibliothèque nationale. Nous avons obtenu cette partie de l'obligeance de M. G. Becker, qui l'a trouvée dans le Second Hure de chansons à quatre parties cïOrlando et autres, etc. , Paris, 1 583. Nous y avons joint le psaume x à cinq voix, dont la partie de contra extraite du Thresor de musique a été copiée pour nous par M. J. J. Maier de Munich.

Boland De Lattre, qui a travaillé sur les mélodies de sept psaumes luthériens, n'aurait-il harmonisé qu'une seule des nôtres? Cela est probable, d'après ce qu'en dit Winterfeld qui ignore l'harmonisation du cxxx; mais nous n'en avons pas la preuve.

Plus heureux que nous, cet écrivain a pu consultera Breslau les Cinquante Pseaumes de 1697. A une lettre écrite en notre nom par M. le baron Fernand de Schickler, pour en obtenir communication, le conservateur de la bibliothèque de l'Université a obligeamment répondu que ce recueil ne figure point au catalogue, et qu'il ne l'a pas trouvé non plus à la bibliothèque de la ville. Pourquoi Winterfeld n'a-t-il pas indiqué plus exactement (/n der Breslauer musikalischen Sammlung} où se trouve ce précieux livre , encore mentionné dans les Musikalischen Monatscheften d'Eitner, 1 8y3 ? Aucune de nos mélodies ne s'y rencontre, paraît-il, bien que les paroles en soient empruntées à la traduction de Marot et de Bèze; l'ouvrage d'ailleurs n'est point une composition originale faite sur les psaumes calvinistes par Roland De Lattre, mais un pastiche, ou mieux un arrangement comme celui auquel s'était déjà livré, de îhyh à 1678, Jean Pasquier, dont on a vu le nom tout à l'heure. Il est l'œuvre de Louis Mongart (2) . qui, non moins épris du Psautier que de la musique du grand maître belge, adapta, ou «accommodai, pour nous servir de son expression, le

1 Zur Geschichle Jieihgcr Tonkunst, Leip- L'an îogj , au mois de mars. Suivent : un

zig, Breitkopf und Marie!, i85a. In-8", II, Sonnet adressé A la mesme compagnie sur le

5 6-7 G. premier Hure des Pseaumes de Dauid accom-

- En voici la dédicace : A l'honorable com- modes aux accords d' (Irlande de Lassus , etc. , et

pagnie des nourrissons, disciples , fauteurs cl un Aduerlissement sur le contenu en ce recueil

amateurs de la doulce et saincte musique , à de Pseaumes.

Amsterdam en Hollande, Louis Mono art, dédie Simon Goulart, réfugié français et pasteur à

d'humble affection ce premier Hure de Pseaumes Genève, a composé des hymnes sur la musique

de Dauid, pour tesmoignage de fraternelle con- de R. De Lattre, à laquelle il les a adaptées.

ionction et gage d'amitié perâurable en Christ. (Semeur, 1807, p. 168.)

texte de nos psaumes à des compositions auxquelles De Lattre avait donné une tout autre destination.

L'appendice que ce calviniste zélé a placé à la fin du recueil nous intéresse davantage; car des vingt morceaux à cinq et six voix (1) qu'il renferme quatorze ont pour sujet nos mélodies traitées en contre-point double par Florès, De Maletty, Pevernage et trois inconnus. Les six autres sont des compositions mondaines de Faignient, Manenti, Félis, Macque, Sabin, Baccusy, auxquelles a été adaptée la première strophe de six de nos psaumes (cxxvn, xc, cm, cvn, cxxxvn et cxlii).

Alphonse Florès, dont nous n'avons rencontré le nom nulle part ailleurs, était probablement un Espagnol réfugié en France pour cause de religion. C'est de Nîmes qu'il envoya à Mongart quelques beaux échantillons de son travail, en se déclarant prêt à harmoniser tous les psaumes, s'il trouvait un Mécène. Mongart en a publié trois (le xxm, de trois strophes , le xxviii , de six , et le xcvn , de sept) , qui forment réellement seize compositions, puisque l'harmonie de chaque strophe est différente. Notre mélodie s'y retrouve partout, tantôt dans une partie, tantôt dans une autre.

Jean De Maletty, dont on sait seulement qu'il était d'origine française et qu'il a publié, en 1 5 5 8 , à Paris, Les amours de Ronsard, à quatre voix, chez Adr. Le Roy, a suivi la même voie que Florès, et peut être considéré, dit Winterfeld , comme le compositeur le plus remarquable en ce genre. Mongart a inséré de lui, dans le recueil qui nous occupe, les six premières strophes du psaume lxxiv, les deux premières du xciv, le lxxxv en entier, les trois premières du lxviii et encore une partie du cxl et du xliii.

La première strophe du xxxm harmonisée par André Pevernage figure aussi dans le même appendice, aussi bien que le cxxm à six voix, les ni , \ et cxxiii d'auteurs inconnus.

Winterfeld nous apprend aussi que, au xvn<; siècle, nos mélodies jouissaient encore d'un tel crédit en Allemagne, que quelques-unes sont devenues le thème de morceaux de circonstance, chants de noces, hymnes funèbres, qui ont passé dans la psalmodie de l'Église luthérienne. L'élève le plus distingué de H. De Lattre, Eccard, a fait de nos cxxvin et cxxx des cantiques nuptiaux ; son élève Stobée en a traité un plus grand nombre en manière d'hymnes funèbres, ainsi que Henri Albert et d'autres musiciens. En i(j î 7, pour se rendre agréable au duc de Brieg, qui venait de passer à

1 Treize morceaux sont à six voix.

l'Eglise réformée, Martin Hanke publia des évangiles pour tous les dimanches et jours de fête, adaptés à soixante-sept mélodies de notre Psautier.

Nous trouvons aussi, dans un recueil de J. L. Lehncr (Hundert geistliche Lieder ans dem xvi und xvn Jahrhundert, Leipzig, 18/17, in~^° 0D^- — à ^a Bibliothèque du protestantisme), que quatre de nos mélodies ont été adaptées à des cantiques allemands par l'Eglise luthérienne : notre vin, à Der Tag ist hin, notre xlii , à Freu dich sehr, 0 mcine Seele, notre lxvi, à Wie grvss ist des allmâchtigen Gùtc, et notre cxl, à Wen voir in Itôchsten Nôthen sein.

Les psaumes pénitentiels de R. De Lattre touchent de près à notre histoire, bien que le texte en soit latin, et non la traduction de Marot et de Bèze. Venu en France en 15^1 et présenté à la cour par Ballard, l'illustre musicien fit exécuter ces compositions en présence de Charles IX, qui le combla de présents, dans ce même palais où , sous les yeux du roi, les nobles seigneurs huguenots, ses sujets et ses hôtes venus pour le mariage de Marguerite de Valois et d'Henri de Navarre, allaient être égorgés dans la nuit de la Saint-Barthélémy. L'année suivante, bourrelé de remords, voyant partout et sans cesse apparaître le sang huguenot qu'il avait fait répandre à Ilots, poursuivi la nuit par des images et des bruits funèbres, mourant d'une maladie affreuse, inconnue et sans remède, le tyran se rappela la profonde impression que lui avaient faite ces psaumes. Il voulut entendre de nouveau «les accents déchirants et plaintifs d'un roi pénitent, et ce désir s'accroissant de toute la force de son repentir, il offrit à Lassus, pour le décider à se rendre auprès de lui, la maîtrise de sa chapelle avec un traitement considérable. La musique seule pouvait apporter quelque soulagement aux tortures morales du monarque... On fondait les plus grandes espérances pour sa guérison sur le talent de Lassus, et l'on ne doutait pas , que, semblable à David, ce dernier ne ramenât par des sons harmonieux le calme dans l'esprit de Saùl ^. » — Ému de pitié, De Lattre quitta Munich et partit pour la France; mais ayant appris en route la mort de Charles IX, il rebroussa chemin.

Il est digne de remarque que c'est à l'harmonie appliquée au Psautier qu'on demandait d'apaiser les remords enfantés par le massacre des huguenots chanteurs de psaumes, et plus remarquable encore que, au moment de paraître devant le souverain juge, le roi malheureux et criminel

H. Dclmotlc, Notice biographique sur Roland Delattre, Vaienciennes, 1 836, in-8°, p. 35.

et 38.

qui avait dit : Tuez-les tous, n'eut d'autre consolateur que sa nourrice huguenote, qui lui parlait du divin pardon toujours acquis au repentir

Page 1