PASCAL DE LESTOC ART
*De Lcstocart, musicien français établi à Lyon, dit M. Fétis, dans la seconde moitié du xvi1 siècle, obtint en 1 58/t le prix de la harpe d'argent au concours du Puy de musique fondé à Evreux , pour le motet de sa composition sur le texte : Ecce quant bonunt. Il a publié de sa composition : i° Octonaires de la vanité du monde, à trois, quatre, cinq et six voix; Lyon, Barthélémy Vincent, i58a, in-/t° obi. Les vers de cet ouvrage, composés par La Roche-Choudieu [sic), ont été remis en musique par Claude Le Jeune; 2° Les Psaumes en vers latins et français mis en chant à quatre parties, distingués en plusieurs livres, en forme de motets (ibid,); 3° Mélanges de chansons latines et françaises. » ( Biographie des musiciens. )
De Lestocart était sans doute protestant; car le texte de ses Octonaires est l'œuvre du pasteur de Paris La Roche-Chandieu , dont voici une des médiocres strophes :
Le mondain se nourrit tousiours De l espoir de ses vains discours, Qui ne sont que fumée et vent, Qui le vont ainsi deceuant, Et rendent ton ame estonnée ; Ne fesbahy doneques s'il est Si léger, veu qu'il se repaist Tousiours de vent et de fumée.
(,) rr Deux jours auant la mort du roy, dit L'Esloile (Journal (le Henri III, t. I, 73), comme la nourrice se fut mise sur vn coffre et commençoil à sommeiller, ayant entendu le rov se plaindre, pleurer et soupirer, elle s'approcha tout doucement du lict, et tirant sa couuerture, le roy commença luy dire, ictant vn grand souspir et larmoyant si fort que les sanglots luy interrompirent la parole : Ah! ma nourrice, ma mie, ma nourrice, que de sang et que de meurtres! Ah! que i'ai suiui vn méchant conseil ! 0 mon Dieu ! pardonne-l<\smoy, et me fais miséricorde, s'il te plait. le ne
sais où l'en suis. Que ferai-ie? le suis perdu, ic le vois bien. Alors la nourrice lui dit : Sire, les meurtres soyent sur ceux qui vous les ont fait faire ! El puis que vous n'y prestez pas consentement, et en auez regret, croyez que Dieu ne vous les imputera pas, et les couurira du manteau de la iustice de son fils, auquel seul faut que vous ayez voslre recours. Et sur cela, luy ayant esté quérir vn mouchoir, parce (pie le sien estoit tout mouillé de larmes, après que sa Maiesté l'eust pris de sa main, il luy fil signe qu'elle s'en allasl cl le laissasl repo ser. »
GO
CLAUDIN LE JEUNE1
La famille bourgeoise des Le Jeune de Valenciennes, qui était Tune des principales familles protestantes de la cité, et y joua un rôle important à l'époque des troubles religieux, donna le jour, vers i53o, à Claudin® Le Jeune, célèbre compositeur et, selon Paquot, k excellent violon du xvie siècle. » — « Il n'était, dit M. Fétis, vraisemblablement pas en France, ou du moins à Paris ou à Lyon, en 1 5^2 , époque de la Saint-Barthélemy, car il écbappa au massacre de cette journée. »
Les dédicaces de ses ouvrages nous apprennent qu'il voyageait beaucoup , sans doute pour donner des concerts et des leçons , et qu'il eut pour élèves quelques-uns des plus illustres huguenots : les La Noue, Teligny, Turenne, D'Aubigné, De la Planche et Nassau, prince d'Orange, avec lesquels il resta lié toute sa vie, et qui lui conservèrent leur estime et leur protection même quand il ne fut plus.
Bien qu'inférieures à celles de Goudimel, ses compositions françaises sont, selon M. Fétis (3), celles qui eurent la vogue la plus décidée sous Charles IX, Henri III et Henri IV, set la préférence qu'on leur accordait était juste, carClaudin Le Jeune ne fut pas un artiste ordinaire. »
«Il est souvent, poursuit le même écrivain (4), incorrect dans sa manière d'écrire. On trouve dans sa musique beaucoup de dissonances résolues par sauts , d'enjambements de parties et de sauts de sixte majeure dans les voix, qui indiquent des études légèrement faites dans l'art d'écrire; mais il y a du goût dans le choix des motifs de ses chansons françaises et une certaine élégance dans celui des repos et des rentrées des différentes parties : en un mot, plus d'instinct que de savoir. Au surplus, le mérite de ce musicien a été exagéré par ses contemporains de la cour de France ; ses ouvrages ne peuvent soutenir la comparaison avec ceux des bons maîtres de l'école romaine de ce temps, et, sous le rapport de l'invention, ils sont inférieurs à ceux des compositeurs vénitiens, de Lassuset même de quelques anciens compositeurs français, tels que Arcadet et surtout Clément Jannc-
(,) Voir t. I, 6o3. 3 Introduction à la Biographie des musi-
(2) 11 est nomme Claude dans le privilège ciens. de quelques-uns de ses ouvrages; mais il a k Biographie des musiciens, article Le
mis son vrai nom au titre du premier. Jeune.
quin. Claude Le Jeune et Du Caurroy commencent l'époque de décadence de l'école française, quoiqu'un poète ait dit à Glaudin :
Qui son esprit ne satisfait
En tes chants, si pleins de merveilles,
S'il n'est un âne tout à fait ,
// en a du moins les oreilles, n
Le plus ancien de ses ouvrages, inconnu à la France protestante, à la Biographie des musiciens et à la Tonwerhe de C. F. Becker, parut sous le titre suivant : Dix Pseaumes de Dauid nouuellement composés à quatre parties en forme de motets auec un dialogue à scept ( sic ) , par Claudin Le hune. Paris , Adrien Le Roy et Robert Ballard, 1 564 , in-/i° obi. (Bibliotb. Sainte- Geneviève, MV, 398-/101 , les quatre parties, à la suite d'un recueil d'Orlande De Lassus). Réimprimé en i58o, m-k° obi., par les mêmes, avec un titre un peu différent : Dix Pseaumes mis en musique à quatre parties en forme de motetz par Claudin Le Ieune (Collect. de M. GaifFe. — Supertus). L'auteur les a dédiés à Messeigneurs Messieurs De La Noue et De Teligny, « à cause des bienfaits qu'ordinairement il reçoit de leur libéralité. » — La musique de ces dix psaumes de Marot (lvii, xcvi, cxxxv, xcviii, cxlix, lxxxi, xcvn, lxxxvhi, en et xcv) n'a aucun rapport avec notre chant ecclésiastique; c'est une composition originale, inspirée par les paroles, toutes notées jusqu'à la dernière, et où les strophes disparaissent; ce sont de véritables oratorios, dont quelques-uns pour voix pareilles. Il y a un trio dans la seconde partie du psaume xcv, et un dans la tierce partie du
En 1 58 1, Claudin composa pour les noces du duc de Joyeuse la musique du Ballet de Cérès et des nymphes, qui fut exécuté à la cour, et serait, selon M. Bouton le ce premier opéra régulier joué en France. »
Un air de ballet après des psaumes en motets! on voit bien que nous nous éloignons de la première génération huguenote, que l'austérité primitive de la foi s'est voilée, que les intérêts de la politique ont été mêlés à la religion, et que l'un des nôtres pourra bientôt dire : Paris vaut hien une messe. En attendant , Claudin fréquente la cour de Henri III, dont Bour-
•l} Esquisse biographique et bibliographique sur Claude Le. Jeune, natif de Valenciennes , surnommé le Phénix des musiciens , compositeur de
musique de la chambre des rois lian t III cl Henri H, par Ernesl Bouton. . . Valonriennos, i8/if>, broch. in-8° do '.)<) pages.
geois et Philibert se fussent sans doute soigneusement écartes, et obtient le titre de maître de la musique du duc d'Anjou, frère du roi(1^.
Quelques années plus tard, il fit paraître une nouvelle œuvre, intitulée : Liure de Meslanges de Claudin Le Ieune, Anvers, Christofle Plantin, 1 585, 6 vol. in- 4° (Biblioth. nation. — Supcrius, ténor, contra-tenor, quinta pars et bassus, les deux dernières parties incomplètes), réimprimé à Paris par Pierre Ballard, 1687, in-/j° (Biblioth. Sainte-Geneviève), en 1607, en G vol. in-/t° obi. — La première édition a paru avec un privilège du 38 janvier i58f2 pour l'auteur, et un autre du 5 août de la même année pour l'imprimeur.
L'ouvrage contient vingt-six chansons françaises, dont treize à quatre voix, neuf à cinq, deux à six, deux à huit; vingt-deux madrigaux italiens, dont seize à cinq voix, six à six, et dix motets latins, dont trois à cinq voix, deux à six, un à huit et un écho à dix. Parmi les morceaux français, nous avons remarqué des sonnets de Pétrarque traduits par Marot, les deux chansons suivantes du même auteur : En nioyant chanter quelquefois, — Monsieur l'abbé et Monsieur son valet, et, parmi les pièces latines, le psaume xlvi de la Vulgate : Omnes génies, plaudite, — Sanctus Spiritus adsit nobis, — Veni, Sancte Spiritus, et un extrait du Cantique des cantiques : Adjuro vos , filiœ Jérusalem. . .
Voici la dédicace de l'auteur :