‹ Clément Marot et le psautier huguenot (volume 3)Chapitre 96 sur 178 · CHANGEMENTS DE RHYTHME · texte numérisé non relu

CHANGEMENTS DE RHYTHME

Ni au xvi% ni au xvne siècle, ni avant le premier quart du xvin\ nous ne

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sachions pas que nul ait modifié en aucune façon nos mélodies, sauf quelques harmonistes, qui, pour les traiter en forme de motets, en altéraient parfois le rhythme, ou y intercalaient des phrases nouvelles; mais ces sortes de compositions étaient destinées aux concerts spirituels et non à l'église

Ce rhythme, très marqué, très varié, très expressif, dans les éditions conformes à l'original, était syncopé dans plus du tiers des mélodies. Les syncopes de quarante-cinq psaumes (vi, xiii, xvi, xx, xxv, xxviii, xxix,

XXX, XXXI, XXXIII, XXXIV, XXXV, XXXVIII, XXXIX, XL, XLI, XLII, XLIII , XLIV, XLVII, LVI, LX, LXI, LXXIII, LXXX, LXXXV, LXXXIX , XC , XCIX, CV, CVI , CXX , CXXl , CXXII, CXXIII, CXXIV, CXXV, CXXVI, CXXVII, CXXIX, CXXXI, CXLI, CXLII, CXLV,

cxlviii) (2), qui, pour la plupart (voyez surtout le lxi), produisent le plus heureux effet, sont assurément intentionnelles et non l'effet du hasard.

L'unique mesure employée par Bourgeois et son continuateur était celle à deux temps. «Par mesure, dit Davantès dans sa préface des Psautiers de i56o, on entend vn certain touchement ou tact, qui se fait par vn esgal abbaissement et esleuation de la main ou du pied, qu'on remue ainsi esgualement et auec proportion en chantant, afin de s'arrester sur les aucunes voix autant de temps qu'on demeure à baisser ladite main ou pied, pour frapper ou toucher à quelque chose, et à la leuer, qui est vne mesure entière; et sur les autres la moitié de ce temps-là, qui est compris par vn seul baisser ou vn seul leuer. »

C'est précisément ce rhythme bref qui donna aux psaumes tant de supériorité sur le plain-chant, et ieur valut tant d'accusations de la part des catholiques et des luthériens : musique mondaine, pétulante, efféminée, sensuelle, entraînante, lascive, trop vive, trop dansante, et dont l'exécution ne durait, selon Florimond de Rémond, qu'un demi-quart d'heure tout au plus. Florimond exagère certainement; car nous avons vu (chap. xiv, page /102 ) qu'on chantait en moyenne dix-huit versets à chaque assemblée , et, quelque rapidité qu'on donne à la mesure, il est impossible de chanter

(1) Ces mélodies ont conservé leur forme originale, notamment dans les éditions suivantes: Charenton, iG55, 1667; Amsterdam, 1728; Leyde, 1781; Baie, 1 7/1 ; Amsterdam, 1 76/1 ; Londres, 1767; Amsterdam, 1768, 1770; Lausanne, 1782; Cenèvc, 178^; Vevey, 1 790 ; Lausanne, 1807 , 1812, 1 81 7 ; Paris,

1817; Lausanne, 1818; Avignon, 1827; Paris, 1828, 1829; Guernesey, 1 8 3 5 , etc.

W Nous laissons de côté dix autres psaumes syncopés (lxvii, lxxi, lxxvi, lxxvim, c, cviii , cix, cxvn, cxxxix et cxl), qui n'ont pas de mélodie propre.

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dix-huit versets en un demi-quart d'heure. Dans tous les cas, il paraît certain qu'on ne chantait pas, dans nos Eglises du xvie siècle, avec la lenteur d'aujourd'hui, et qu'on observait le ryhthme, dont on ne trouve plus trace, à l'heure qu'il est, dans la traînante psalmodie de bon nombre de nos temples. C'est pour remédier à ce défaut, qui ne date pas d'hier, que J. J. Rousseau recommandait que le chantre battît ostensiblement la mesure.

Au lieu de suivre un aussi sage conseil, on préféra transformer en règle les fatals errements de la routine. C'est, croyons-nous, Johann Michael Mùller, organiste et professeur au gymnase de Hanau, qui a le premier audacieusement falsifié le rhythme de nos airs, dans son Psalm und Choral-Buch, dont la seconde édition parut à Francfort-sur-le-Mein, chez les Héritiers de Joh. Adolph Stock et Joli. Gottfried Schilling, iy35, in-4°, avec basse (BiMioth. du prot. fr.y Près d'un demi-siècle après, Mùller fut dépassé par un pasteur, descendant de réfugiés français, Daniel-Zacharie Châtelain, qui publia à Amsterdam, en 1 y 81, le Pseaultier évangélique (Biblioth. du prot. fr. ). « Chaque vers, lisons-nous dans l'avertissement placé en tête du recueil, commence par une note entière et finit de même, tandis que toutes les notes intermédiaires sont demies. C'est ainsi que, depuis

quelques années, nos pseaumes se chantent dans diverses de nos Eglises. Que n'est-ce dans toutes

Chacun sait que modifier le rhythme d'un air, c'est en changer l'allure, la physionomie. Accélérez ou ralentissez les notes d'une batterie de tambour, vous y introduisez le désordre, et elle ne sera que difficilement comprise. C'est ainsi que, sous prétexte de rendre le chant sacré plus satisfaisant pour le cœur, l'esprit et l'oreille®, on défigura toutes nos mélodies, sans en changer les intonations et rien qu'en modifiant la valeur ou la durée de presque toutes les notes. On oubliait donc que Goudimel, à qui la tradition attribuait la composition de ces airs, était l'un des plus grands musiciens de son temps, et que notre Psautier avait été acclamé par toute l'Eu-

(l) Le vœu barbare émis par Châtelain semble s'être réalisé, à en juger du moins par l'ouvrage suivant, qui marque un retour pur et simple au plain-chant, c'est-à-dire au chant à notes égales (écrit en clef de sol), sans barres de mesure, ni signe de mesure à la clef : Recueil supplémentaire de cantiques pour le culte

public , recueillis et publiés par la réunion des députés des Eglises wallonnes des Pays-Bas. Amsterdam, G. Van Tyen et fds, i85/i, in- 12. Musique à trois parties.

(2) Préface du Recueil de pseaumes, d'hymnes et de cantiques, de Jean Henry, Berlin, 1791.

LES INNOVATIONS AU XVIIIe SIÈCLE ET AU XIXe.

rope. Ramener le chant à notes égales, c'était retourner au plain-chant et ne tenir aucun compte du progrès accompli sur ce point par la Réforme. L'enseignement du chant religieux, si soigné, du temps de Calvin, dans tous nos collèges et nos académies, était tombé en décadence à la suite des persécutions, et l'impardonnable négligence de cette partie si essentielle du culte devait porter des fruits amers.

Quand Mûller et Châtelain eurent détruit le rhythme primitif, leurs continuateurs en conclurent et affirmèrent, même en ayant sous les yeux des éditions dont le rhythme était conforme à l'original, que notre Psautier n'était pas rhythme. Enorme erreur, qui permit à chacun de se livrer aux combinaisons rhythmiques les plus fantaisistes , et dont quelques-unes vont jusqu'à l'absurde Les deux tableaux suivants, qui contiennent toutes les variétés de rhythme appliquées à deux fragments de psaumes, en donneront une idée (2).

PSAUME XXV

Les deux premières phrases.

Rhythme original, suivi par l'édition de Lausanne, 1777, et par J. N. Mereaux, de Paris, 1829.

il il

Recueil do Francfort-su r-le-Mein, 1735.

Recueil de Châtelain. Amsterdam, 1781.

ES

Recueils de Berlin, 1791 , 1829; édit. de Lausanne, 1801, et Valence, sans date.

ri — g

(|) Les cantiques allemands ont eu à subir les mêmes transformations déplorables. «Je suis bien sûr, dit le docteur K. Baebr (Der protestanlische Gottesdienst, Heidelberg, i85o, p. io5, apudBoyet, 1 9<)), que, si Luther entrait de nos jours dans une qjlise protestante,

il souffrirait en voyant comme on a coupé les ailes à ses cantiques, pour leur appliquer la camisole de force de la mesure à quatre temps, n W S'il existe quelque autre combinaison, c'est dans les recueils que nous n'avons pu consulter.

m LES INNOVATIONS AU XVIIIe SIÈCLE ET AU XIXe

Recueils de Bàle, 1 8 j 5 , et de Charles Kuhn, i8bk. /T

jÉ 9 J J j j j

Edit. de Bourrit, i8a3.

Édit. de Wilhem, 1 8 3 6 , i84o, et recueil de Lyon, 18/17.

Edit. de Cruppi, i84o.

Edit. de Pottier, i845.

p p pif-

Chants chrétiens, 1 865.

xr

Recueil luthérien de Paris, i85/i.

g fi7~f f I

Recueil de Wehrstedt, 1 855.

Recueils de Kurz, 1857, et de Genève, 1866.

LES INNOVATIONS AU XVIIIe SIECLE ET AU XIXe. 395

Recueil réformé de Paris, 1859, et recueil de Nîmes, 1869.

r r lf r W 1

Recueil de Melle, 1870.

Recueil de Lausanne, 1872.

•1 1 le J J J J

Pi

PSAUME LXXVII

2e et 3e phrases.

Rhythme original.

7QQ s

Recueil de Francfort-sur-le-Mein , 1735.

w " — si

Édit. de Rerlin, 1791.

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