‹ Clément Marot et le psautier huguenot (volume 3)Chapitre 97 sur 178 · J ^ CT · texte numérisé non relu

J ^ CT

Edit. de Bourrit, i823.

Edit. de Lausanne, 1801; Bâle, 1 8t 5 ; Valence, sans date, et Berlin, 1829.

Edit. deWilhem, i836, 1860, et recueil de Lyon, 18/17. j| l J [J jj J

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396 LES INNOVATIONS AU XVIIIe SIECLE ET AU XIXe.

Edit. de Cruppi, i84o.

Édil

. de Pottier, ié

r p p ir r H

Recueil luthérien de Paris, 1 856.

Recueil de Wehrstedt, 1 855.

j j éé J i

Recueil de Kurz, 1857.

J Ég JU

ZOE

Recueil réformé de Paris, 1859.

-*J — en-

ut

Recueils de Genève, 1866, et de Nîmes, 1869.

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Ces tableaux donnent lieu à plusieurs remarques.

Il paraît d'abord que, jusqu'en i83o, les mélodies modifiées n'avaient pénétré en France que dans les quelques Eglises qui se servaient du recueil à quatre parties et sans date de Valence, et qu'une grande part de la responsabilité de cette prétendue amélioration de nos mélodies incombe au consistoire réformé de Paris. Quelques années avant i836, il chargea un artiste démérite, souvent mieux inspiré, Wilhem, d'harmoniser trente psaumes à trois parties. «On avait alors, dit-il dans l'avertissement &\

(1) Nouveau choix de mélodies des psaumes rhythmées, etc., par M. B. Wilhern, Paris, Risler, 1 836. In-12.

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expressément imposé au rédacteur musicien l'obligation de respecter la notation des livres de psaumes, sous le double rapport des intervalles et de la durée; et il s'était astreint à n'employer que l'harmonie du livre d'orgue en usage, celui de 1766.?? On a vu tout à l'heure que Wilhem ne tint aucun compte de la règle qui lui était tracée relativement à la durée, et qu'il s'émancipa au point de transformer des rondes en noires, et d'introduire la mesure à 3/4 dans un recueil dont elle avait été soigneusement bannie à l'origine.

Ce premier essai, bientôt suivi d'un autre, obtint l'assentiment des directeurs de l'Eglise, qui lâchèrent la bride à l'artiste et l'excitèrent à aller plus loin. Ils lui firent demander, ajoute-t-il, «si, sans rien changer encore aux intonations musicales des livres de psaumes, mais m usant de plus de liberté pour la valeur des notes, il ne serait pas possible de former des mélodies plus saisissables (!), d'employer une harmonie moins monotone, et d'arriver enfin à un chant religieux constamment solennel et simple.» A travers le vague et l'obscurité de ce langage, une seule chose apparaît clairement : c'est que le consistoire, incapable de goûter les sévères beautés du genre choral, créé par la Réforme, avait rompu avec la tradition huguenote, et voulait transformer de splendides mélodies du xvte siècle en cantiques guillerets du xixe. Le mal fut contagieux et s'étendit rapidement, mais ne gagna que les grandes villes, et peu ou point les villages, restés à bon droit attachés aux mélodies primitives

(,) La beauté de nos vieilles mélodies trouva pourtant quelques défenseurs, mais imbus aussi de l'esprit du temps. «Il y a plus de trente de nos psaumes, écrivait M. Goguet, de Cozes, dans la Revue protestante de 1828, dont le chant est tellement bien composé que je ne crois pas qu'on puisse rien faire de meilleur; du moins jusqu'ici on n'a pu y parvenir. » Et il proposait, au même moment, de modifier le rhythme là où les blanches sont en nombre impair, c'est-à-dire de retrancher les syncopes. Selon M. C. Mùller, dont nous trouvons plusieurs lettres dans la même Revue et à la même date, la mélodie du psaume exix ne paraissait devoir subir aucun changement, de même que celles des cl, cxvi , lxxxti , xlvii, xv, m, v, xix, lxxxiv, cxvm, cmvm et Si-

méon, «où les blanches et les rondes sont passablement bien employées, et qui n'ont pas de ces demi-mesures auxquelles nos oreilles auraient de la peine à s'accoutumer aujourd'hui. r> Il avait déjà paru, en 1828, un essai de corrections, dans «un cahier de musique gravé à Paris », où se trouvaient «quelques beaux airs», mais surchargés de notes d'agrément.

En rendant compte de l'édition des psaumes de Ch. Bourrit, Samuel Vincent s'exprimait ainsi, dans les Mélanges de religion (1822), t.V, p. 188 :

«De toutes parts on réclame le perfectionnement de notre chant sacré. Les paroles et la musique demandent également une réforme fondamentale. Nous chantons encore les mêmes

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Nous avons peine à croire qu'un musicien de la valeur de Wilhem n'ait pas eu à vaincre des scrupules artistiques, au moment où il portait la main sur l'œuvre si remarquable de Bourgeois. Mais on voulait du nouveau à tout prix; il céda et ne fit grâce à aucune mélodie, même aux plus belles, même à celles qui appartiennent à l'histoire de l'âge héroïque de la Réforme. Toutes furent estropiées, accélérées ou ralenties, et soumises à quatre différentes sortes de mesure : quarante-huit, à la mesure à k temps; soixante, à la mesure à a/A; quatre, à la mesure à 3 , et trente-huit, à la mesure à 3/4.

Un organiste de Castres, M. Auguste Gruppi, k frappé de la beauté antique, grave, simple, qui caractérise nos mélodies, ainsi que de leur étonnante variété, » dépassa les hardiesses de Wilhem. Ces mélodies «manquaient de rhythme, dit-il et je sentis le besoin de leur en donner. Complètement étranger à ce qui se passait au sein de l'Eglise protestante, j'ignorais que des artistes très supérieurs eussent déjà fait des travaux en ce genre . . . J'étais déjà fort avancé dans mon œuvre . . . , quand le travail de M. Wilhelm [sic) et une livraison de celui de M. Pottier me furent communiqués. Je regrettai vivement de n'avoir pas plus tôt connu le premier; et je me sentis sur le point de perdre courage , n'ayant nulle envie de rivaliser avec un tel maître. » Cependant il crut donner du rhythme à ces mélodies en les rendant sautillantes, et en changeant en croches les blanches de l'original. Des soixante-huit psaumes que contient son recueil, trois sont à 2 temps, vingt-cinq à 2/2 , vingt à 3, vingt et un à 3/2 , et trois finales (lxxxv, xc et ci) ont une mesure autre que celle du reste du

airs qui furent composés au milieu du xvie siè- dérés ceux qui se moquent de notre chant avec

cle, dans l'enfance de l'art musical, et, qui tant d'acrimonie; et je puis dire, pour ma

pis est, nous les chantons mal. . . Notre Psau- part, que, dans les circonstances rares où

tier a grand besoin d'être refondu , paroles et j'ai entendu quelques-uns de nos beauxpsaumes

chant. . . Ce n'est pas que le chant n'ait quel- exécutés comme ils doivent l'être, ils ont pro-

quefois de la mélodie; ce n'est pas surtout que duit sur moi un effet auquel j'étais loin de

les accords ne soient graves, justes et beaux. m'attendre.»

Tout cela est vrai, et plus vrai qu'on ne le W Avertissement du Nouveau Psautier compense communément. On juge de nos psaumes tenant les soixante-huit psaumes qu'on chante horriblement maltraités dans l'exécution, et ordinairement, choisis par une réunion de pas l'on n'a point d'idée de ce qu'ils sont quand teurs , etc., précédés de principes de musique à l'exécution est bonne, et toutes les parties la portée de tous les Jidèles, par M. Auguste chantées avec justesse et combinées dans une Cruppi. Castres, chez l'auteur. Nîmes, Bianproportion convenable. Rousseau a exprimé là- quis Guignoux, 18/10. In-12. Musique chifdessus une opinion qui devrait rendre plus mo- frée.

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morceau. Qu'eût-il donc pu faire de plus, s'il n'avait pas été frappé de la beauté antique, grave, simple, et de l'étonnante variété de ces mélodies? Proportion gardée, il a fait, plus que Wilhem, usage de la mesure à trois temps; aussi son œuvre a-t-elle eu moins de succès : on n'en connaît qu'une édition, tandis que le recueil de Wilhem, qui en eut au moins huit, n'a été remplacé que depuis peu d'années, et est encore, si nous ne nous trompons, usité dans un des temples de Paris.

M. Pottier a suivi la même voie jusqu'au ridicule et à l'inconvenance. ïl est même permis de penser que son travail, publié à Paris cinq ans après celui de MM. Susmutter et Cruppi, a dû éclairer le consistoire sur les dangers qu'il avait courus en entreprenant la correction d'une œuvre magistrale, qui ne demande qu'à être bien exécutée pour retrouver tout le charme qu'elle avait à l'origine. M. Pottier fit chanter nos mélodies sur des rhythmes de marche, de valse et de contredanse; son Psautier n'a presque rien à envier à celui de Pellegrin, ni aux airs de romance et d'opéra des cantiques catholiques. Les croches ne lui suffisent pas; il lui faut des doubles croches et des mesures à 6/8 et à 3/8, Des soixantequinze mélodies qu'il a ainsi arrangées, trente-deux sont à k temps, une à 2, trente-six à 3, cinq à 6/8 et une à 3/8. Ses psaumes n, xx (voir p. 295 et 297), xxv et lxxvii, sont de véritables profanations, au point de vue artistique aussi bien qu'au point de vue religieux. Cependant M. le pasteur Vermeil, de Bordeaux, recommandait l'adoption des ^psaumes rendus, par M. Pottier, à leur mélodie primitive, » comme éminemment favorable à l'amélioration du chant sacré, k Comme il s'agit, disait-il non de chan-

(1) Lettre circulaire du 20 juillet i833, C'est une lettre lithographiée, que cet «exadressée à tous les pasteurs. M. Vermeil y de- musicien de l'empereur et roi» adressait de mandait non seulement que le texte du Psau- Paris, le 16 avril 1 833 , à MM. les vénérables tier fut largement revisé, mais aussi qu'on en membres des consistoires de l'Eglise réformée de ôtât les «sentiments de haine, de colère et de France, pour leur offrir sa revision de la muvengeance, n qu'on fît cm choix de psaumes sique du Psautier.

appropriés au culte chrétien,» auxquels on Ayant entendu chanter nos psaumes, durant

ajouterait des hymnes inspirées par l'esprit un séjour de quelques mois qu'il fit à Clairac,

de l'Evangile. Nous devons la communication M. Pottier éprouva, bien qu'il n'appartint pas

de cette pièce à l'obligeance de M. Franck à notre culte , le désir de les mettre plus en har-

Puaux. — Le même pasteur vient encore de monte avec les goûts et les habitudes delà civilisa-

nous transmettre une autre pièce infiniment tion actuelle. «Je commençai , dit- il, par admi-

curieuse, qui nous apprend à l'aide de quel rer la grandiose poésie du texte, puis, allant

étrange procédé M. Pottier croyait avoir rendu ensuite aux grosses notes, écrites au-dessous

les psaumes de David à leur mélodie primitive. des accents du poète, j'y cherchai vainement

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ger. mais de chanter différemment la musique de nos psaumes, et comme on la reconnaît aisément sous le rhythme auquel M. Pottier l'a soumise, ce n'est pas une nouveauté qui répugne aux habitudes des fidèles.» On peut dire que la manie des corrections de tout genre, dont notre Eglise est encore loin d'être guérie, avait atteint chez M. Pottier son apogée W. Les modifications rhythmiques tentées ensuite sont loin de l'exagération et de la dépravation de goût qui avaient inspiré les siennes.

d'abord l'expression particulière à chacun des psaumes. Plus de mouvement, plus de vie; tout était mort. D'où vient ce bruit parmi les nations ? était chanté avec les mêmes sons et du même ton que : Mon Dieu, mon Dieu } pourquoi m'as -tu laissé? L'exclamation : Qu'on batte des mains! n'avait ni plus d'action, ni plus de chaleur, que ce mot d'une âme douce et tranquille : Heureux l'homme fidèle. Je vis d'abord là une impossibilité d'admettre la sincérité de cette tradition musicale; car, dans quelque temps que ce soit, dût -on remonter à quatre et cinq cents ans, on ne trouvera pas un seul morceau de musique fait pour des paroles qui n'exprime ou n'essaye d'exprimer ces paroles par les procédés constants de l'art musical, c'est-à-dire par la valeur des notes, qui constitue le rhythme, et par le mouvement imprimé à ce rhythme, qui détermine son expression particulière. r>

Après avoir modifié la valeur des notes et la mesure de quelques psaumes, M. Pottier s'extasia sur les résultats obtenus : il avait trouvé le rhythme et le mouvement qui convenaient aux paroles. Puis, emporté par un élan de ce subjectivisme lyrique qui se rit de l'histoire et refait le monde à sa fantaisie, il en conclut que «c'était dans ce rhythme et dans ce mouvement que la musique avait été composée . . . C'est ce qui fait, ajoute-t-il, que je me crois très bien fondé à prétendre que j'ai rendu les psaumes de David à leur mélodie primitive. Comment, en effet, résister à une évidence de cette nature? Le hasard aurait peut-être pu faire qu'un ou deux de ces chants se prêtassent à celte transformation. Mais trente, mais soixante , mais tous ! r>

Les pasteurs de Clairac et de Bordeaux, jeunes alors (MM. Jacquier et Vermeil), se laissèrent gagner par cet enthousiasme; c'est ce qui explique pourquoi les premiers essais de la nouvelle musique eurent lieu à Clairac et à Bordeaux.

(1) Cependant deux pasteurs lui reprochaient, en 1 838 , de ne s'être pas encore assez émancipé.

M. L. C. (sic), qui proposait d'aller demander à Rossini, Meyerbeer ou Auber de nous faire des airs de psaumes , écrivait dans VEvangéliste du i5 mars : «Il était fort question dans nos Eglises, il y a trois ans environ, d'une réforme à faire dans notre chant sacré . . . D'où vient que l'entreprise n'a pas réussi?. . . C'est que la réforme n'était pas assez radicale, c'est que la nouvelle musique rappelait trop l'ancienne, c'est que, sans nous avoir débarrassés complètement de sa trop souvent intolérable mélodie , on nous menaçait de la rendre encore un peu plus difficile qu'elle n'est, en la soumettant à des rhythmes que je n'ai pas trouvés assez simples. . . Je crois que les essais de MM. P[ottier] et W[ilhem] n'ont point satisfait les exigences des connaisseurs et du public de nos temples.?)

Le i5 mai, M. le pasteur Bastie, qui avait publié un petit recueil de psaumes et de cantiques avec musique nouvelle, écrivait, à son tour, dans la même feuille : «Les corrections musicales les plus connues sont celles de MM. Wilhem et Pottier. . . M. Wilhem, lié par un mandat impératif, n'a pu éviter la

monotonie avec deux valeurs de notes

Quant à M. Pottier, appuyé sur une fiction , il s'est permis beaucoup plus de changements;

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La quatrième édition des Chants chrétiens (18 45) a conservé dix mélodies du Psautier, dont le rhythme est partout changé, sauf celui des psaumes ni et cxvi; mais au moins a-t-il conservé sa gravité.

Le recueil de Lyon (18/17) renferme cinquante psaumes, dont vingtsix à 4 temps, onze à 2/4 et treize à 3/4. Le rhythme de quarante-six d'entre eux s'écarte beaucoup de l'original.

Les diverses mesures à 3 temps ont disparu du recueil luthérien de Paris (t 854), dont trente et un psaumes sont à 4 temps et douze à 2; le psaume cxvi est le seul dont le rhythme n'ait pas été changé.

Des soixante-neuf psaumes du recueil de l'Eglise réformée de Paris (1869), dix seulement ont conservé leur rhythme primitif; tout le reste est défiguré.

Le recueil de Nîmes (1869) a conservé trente-six psaumes, et il n'y en a que neuf dont le rhythme ait été peu ou point modifié.

Le recueil de Melle (1870), publié par M. le pasteur Maillard, contient seize psaumes, dont deux(cxvi etexix) ont presque absolument le rhythme de l'original; trois (lxv, lxxxvi et cm) s'en écartent un peu plus, et le reste encore davantage.

En Suisse, où le chant des psaumes n'a pas été, comme en France, interdit durant des siècles, dans cet heureux pays où l'on a pu continuer sans interruption, depuis la Réforme, à surveiller l'exécution du chant religieux, la tradition protestante n'a point subi les éclipses qui ont contribué chez nous à son affaiblissement. Aussi l'ancien rhythme des psaumes s'est-il conservé à Berne, à Genève, à Lausanne, bien mieux qu'à Paris, à Lyon, etc.

Il y eut pourtant à Genève, comme chez nous, une période de défaillance, qui coïncide avec le début de notre siècle, et dont le recueil de psaumes et de cantiques de Baie (181 5), ainsi que les Psautiers de Bourrit (i8a3), Malan (1824) et Wehrstedt ( 1 8 5 5 ) , offrent un témoignage évident. On lit dans la préface de ce dernier recueil, datée du icr décembre 1 8 5 4 ( Bibliolh. du prot. fr: ) "ï

La vénérable compagnie des pasteurs de Genève ayant institué, en 1 8 3 3 , une commission dont le mandat était d'améliorer le chant sacrw, un des premiers soins de

il est important de remarquer que les plus n'ait pas entièrement supprimé le thème aubeaux de ses chants sont ceux qui ressemblent quel il a cru devoir s'attacher plus ou moins le moins aux anciens, et il est à regretter qu'il encore. n

402 LES INNOVATIONS AU XVIIIe SIÈCLE ET AU XIXe.

cette commission fut de s'occuper des harmonies de nos psaumes. Après avoir examiné les recueils déjà connus et consulté des experts sur leur valeur musicale, elle décida de faire composer de nouvelles harmonies, et s'adressa, dans ce but, à M. Wehrstedt, que ses connaissances et son expérience dans ce genre spécial de musique désignaient d'avance à son choix. C'est le travail de ce compositeur distingué qu'elle publie aujourd'hui.

«L'auteur, ajoute la préface, avait réussi à éviter la monotonie de la plupart des travaux analogues, et à donner à ces chants le style noble, sévère et animé qui convient aux paroles et aux émotions du psalmiste . . . Nous avons adopté pour la notation l'emploi des blanches, des noires et des croches. Ce système est nécessité par le rhythme, qui, soigneusement observé, conserve au chant de nos psaumes un caractère d'originalité et de vie dont il est totalement dépourvu avec l'usage, comparativement récent, des notes égales. »

Qu'on se rassure; les croches n'apparaissent que de loin en loin, dans les parties d'accompagnement, et jamais dans la mélodie. Mais, d'un autre côté , le rhythme qu'il s'agit ici d'observer, et qui fait l'originalité et la vie des psaumes, n'a rien absolument de commun avec celui de l'original. Il est si peu marqué, si uniforme, qu'il rentre pour ainsi dire dans le système du chant à notes égales. A l'exception de la dernière note et parfois de l'avant-dernière de chaque phrase, qui sont longues, toutes les autres n'ont qu'une durée d'un temps et sont exprimées par des noires. Les pauses, les syncopes et tout ce qui constitue le rhythme ont disparu. A part l'harmonie, que nous ne jugeons point, faute de connaissances techniques, et dont on a vu ci-dessus un exemple (p. 3o3), cette publication est inférieure à celle de Wilhem, qui s'éloignait au moins de la litanie à notes égales. Heureusement, la tradition et le bon goût n'étaient pas assez oblitérés pour que ce système triomphât : le recueil de Wehrstedt n'eut qu'une existence éphémère.

Deux ans plus tard, il en parut un autre, conçu d'après des principes tout différents, savoir le Choix des cantiques et des 'psaumes rhythmés arrangés pour quatre voix mêlées, par Kurz, Neuchâtel, 1867, in-8°, autographié, que M. Bovet nous a obligeamment communiqué.

Nous lisons dans la note qui termine l'opuscule :

Entrant dans les vues de la Commission (du chant sacré), j'ai voulu, non pas faire une œuvre nouvelle, mais conserver et restaurer autant que possible notre vieille

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musique d'église , en maintenant son caractère propre et en ne la modifiant que là où le besoin l'exigeait absolument. Un des caractères de nos psaumes est leur rhythme ou l'inégale valeur des notes, et c'est par là qu'ils se distinguent du choral. Cette distinction est trop souvent tombée de fait, et nos psaumes, composés primitivement avec rhythme, ont peu à peu perdu ce mouvement, en prenant ainsi la forme du choral.

Fallait-il faire revivre ce trait distinctif du psaume? Telle est la question qui s'est agitée dans la Commission , et sur laquelle moi-même je n'avais pas d'abord un avis très arrêté. Mais plus j'ai étudié la chose, plus j'ai senti que le rhythme est dans l'essence du psaume, qu'il en fait la vie et le plus souvent la beauté. Déjà même l'expérience est venue me prouver que, loin d'ajouter au chant une difficulté nouvelle, la diversité de la mesure donne au psaume un caractère qui l'a bientôt gravé dans la mémoire.

J'ai donc conservé le rhythme primitif, en me permettant seulement quelques modifications qui me paraissaient indispensables . . . Quant à l'harmonie , je me suis appliqué à conserver autant que possible celle que nous avons, et, où j'ai cru devoir la modifier, j'ai cherché surtout ce qui serait facile et exécutable pour une assemblée nombreuse.

Le musicien qui faisait entendre un langage si sensé a tenu parole et n'a que très peu modifié le rhythme primitif de nos airs (voir cependant, au chapitre des harmonistes, le psaume xui, plus modifié que les autres) ; toutefois il n'a pas suffisamment respecté les silences de la fin des vers, et a eu le tort : i° de ne pas conserver partout la mesure à 2 temps , d'employer celle à 3/2 dans sept psaumes (m, lxvii, lxxxi, xcvii, xcix, ci, cxxx), celle à 3/4 dans deux (xlii et cxli); et 20 d'introduire diverses sortes de mesure dans un même morceau : complication inutile, et nuisible pour des chanteurs peu exercés. Il eût beaucoup mieux valu employer la syncope, qui se trouve dans l'édition originale.

Au reste, ces défauts ont disparu des plus récentes éditions suisses.

Des soixante et un airs du recueil de Genève (1866), quarante-cinq sont peu ou point modifiés dans le rhythme, et onze seulement des cinquante du recueil de l'Eglise libre de Lausanne, 1872, ont subi sous ce rapport des modifications, dont quelques-unes sont peu importantes.

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