‹ Clément Marot et le psautier huguenotChapitre 10 sur 135 · GRACES POVR VNG ENFANT · texte numérisé non relu

GRACES POVR VNG ENFANT

Nous te remercions, nosîre Pere céleste,

Du repas qu'avons pris, aussi de tout le reste,

Soit des biens, soit des maulx. Messieurs, bon prou M vous face;

Priez Dieu qu'il me doint de bien croistre la grâce,

A la gloire de luy, au prouffit de mon proche ,

Tant que sur mes parens il rien tombe reproche.

SALVTATION ANGELIQUE.

Benoiste ^ soit celle incarnation

Du hault des cieulx ici bas annoncée.

Pour nos saluts , en salutation

Qui fut ainsy par l'ange prononcée :

Resiouij-toi , vierge Marie, Pleine de grâce abundamment; Le Seigneur, qui tout seigneurie, Est auec toy diuinement.

Benoiste certes tu es entre ('elles dessoubz le firmament; Car le fruict qui est en ton ventre Est benyct éternellement.

Ainsi, dès i533, le poëte travaillait à mettre le Psautier en vers, entreprise que la persécution allait retarder de près de dix ans, et qu'elle ne lui permit pas d'achever. L'hypothèse formulée par M. Adert dans !e Journal de Genève (i5 mai 1872), d'après laquelle Marot aurait eu «son psautier tout prêt» en 1 5 3 6 , est plus que risquée; car ce n'est qu'en i5oy que nous verrons le catholicisme s'inquiéter de cette traduction, et, en outre, la publication en eût été bien moins périlleuse en 1 5 3 4 qu'elle ne le fut en 1 rôh-2.

M Profil. -

■'> Bénie,

LE PLACARD DE 153/t.

Pamphlet d'Ànt. Marcourt contre la messe, affiché à Paris. — Colère du roi. — Supplices. — Procession généralissime accompagnée d'estrapades. — Le pape intervient dans l'intérêt de sa politique. — Marot, sommé de rentrer à Paris sous peine de bannissement et du feu, s'enfuit à la cour de Navarre. — Colletet le disculpe d'hérésie. — Épître à Marguerite, fille de François Ier. — Marot se réfugie à la cour de Ferra re.

Un placard contre la messe, à la composition duquel Marot était étranger, offrit bientôt à ses adversaires l'occasion de tirer de lui une vengeance éclatante. Bien qu'il en blâmât la publication, les dévots eurent assez d'art et d'influence pour l'impliquer dans cette malheureuse affaire.

Les prédicateurs évangéliques de Paris, Gérard Roussel, Berthaut et Courault, ayant été jetés en prison à la fin de l'année 1 533, quelques protestants de cette ville députèrent en Suisse le nommé Féret, pour demander à leurs frères les conseils dont l'Église persécutée et non encore organisée avait besoin. ^ Ils avaient, dit la France protestante (art. Féret), l'intention de combattre le catholicisme non plus par des prédications ou des leçons publiques, toutes les chaires leur étant fermées; mais par des libelles et des pamphlets. » Tel étant aussi l'avis des Suisses, Féret fit imprimer secrètement à Neufchâtel, sous forme de placards et de petits livrets, un violent et injurieux pamphlet contre la messe dont Courault

O Articles véritables sur les horribles, grands et importables abus de la messe papale, inventée directement contre la saincte Cene de nostre Seigneur, seul médiateur et seul saulueur lesus Christ.

En voici un échantillon : «Faut, malgré leurs dents, que le pape et toute sa vermine de cardinaux, d'euesques et de prestres, de moines cl autres caphars diseurs de messes, et tous ceux qui y consentent, soyent tels, assauoir : faux prophètes, damnablos trompeurs.

apostats, loups, faux pasteurs, idolâtres, séducteurs, menteurs et blasphémateurs exécrables, meurtriers des ames, renonceurs de lesus Christ, de sa mort et passion, faux tesmoins, traistres , larrons et rauisseurs de l'honneur de Dieu, et plus détestables que les diables.. . . 0 terre, comment ne t'ouures-tu pour engloutir ces horribles blasphémateurs !. . . 0 misérables, quand il n'y auroit aultre mal en toute vostre théologie infernale, sinon en ce <[ue vous parlez tant irreueremmenl du pre-

désapprouva d'abord la diffusion comme dangereuse. Toutefois il se laissa gagner, et dans la nuit du ij au 18 octobre i53/i(1), lefactumfut affiché partout à Paris, de même que dans quelques autres villes importantes, et jusque sur la porte de la chambre du roi, qui se trouvait alors à Amboise(2).

Cette déplorable incartade, habilement exploitée par le cardinal Duprat et ses acolvtes(3), jeta le monarque dans un de ces accès de fureur qui avaient toujours pour résultat des emprisonnements ou des supplices, et lui fit rejeter bien loin le projet d'appeler Mélanchthon Les ennemis

cieux corps de Iesus (en supposant que l'hostie puisse être mangée par les rats, etc.), combien méritez- vous de fagots et de feu, blasphémateurs et hérétiques, voire les plus grands et énormes qui iamais ayent esté au monde? Allumez donc vos fagots, pour vous brusler et rostir vous mesmes, non pas nous, pource que nous ne voulons croire à vos idoles, à vos dieux iiouueaux et nouueaux Christs, qui se laissent manger aux bestes et à vous pareillement, qui estes pires que bestes, en vos badinages, lesquels vous faites à l'entour de vostre dieu de paste, duquel vous vous iouez comme vn chat d'vne souris. . . . En somme, vérité leur défaut, vérité les menace, vérité les pourchasse, vérité les espouuante, par laquelle en bref leur règne sera destruit à iamais. »

Le Martyrologe de Crespin et la France protestante (pièces justificatives, II) ont reproduit cette pièce en entier. Elle n'est pas l'œuvre de Farel, auquel quelques-uns l'attribuent; mais celle d'Antoine Marcourt, né à Lyon et pasteur à Neufchàtel. Ce fut lui et Jean Morand , pasteur à Cully, qui, avec l'aide de leurs collègues géncvois, Henri de la Mare et Jacques Bernard, remplacèrent Calvin et Farel, bannis de Genève. (Voir Amédée Roget, Histoire du peuple de Genève, 1, 11/1; Herminjard, III, 22 5; et Henri Heyer, Guillaume Farel. Essai sur le développement de ses idées tliéologujues , (ienève, 1873, in-8°, p. 3y et suiv.)

I; D'après le Journal d'un bourgeois de Paris. . . . publié par Ludovic Ijalanne, Paris, i85A , in-8°, rot événement aurait eu lieu vers

le octobre; mais le manuscrit de la bibliothèque de Soissons, inséré dans le Bulletin (XI, 2 5 5) par M. de Mon (aiglon, est plus précis : «Le iour sainct Luc, 18e iour d'octobre 1 53 6 , environ deux à troys heures après mynuyct, furent par très faulx et damnables personnages, antichrist précurseurs et filz du diable, aiïixez es carrefours et autres lieus de reste ville de Paris, Orléans, Bloys, Amboysc et autres lieux de France, très horribles et espouentables plaquars et escripteaulx contre l'honneur et reuerence du sainct et très precieulx et incompréhensible sacrement de l'autel. «

L'Histoire catholique de Fontaine donne aussi la date du 18.

(a) Voir les Annales d'Aquitaine , de Jean Bouchet, Poitiers, 16/16, in-6°, p. 679, et surtout Herminjard, III, 221 et 237.

(3) y0ir Herminjard , III , 2 38 et /1 2 1 . En i535 cependant, le roi songeait encore à réformer l'Eglise (voir la lettre qu'il adressa de Guise à Mélanchthon, le 23 juin, dans Herminjard, III, 3oo). La Sorbonne craignait horriblement la profession de foi <|in devait lui être adressée par les réformateurs allemands, et prenait ses précautions à l'avance: "Leur soit demandé s'ils veulent confesser l'Eglise militante fondée de droit diuin estre indéniable en la foy et bonnes mœurs,.... s'ils veulent obéir à ladicte Eglise et consentir à sa doctrine," etc. ( Ms. 99O0, p. 38 , fonds latin, BiMiolh. nat.)

des lumières affectèrent de confondre les luthériens, qui ne demandaient que la liberté de prier Dieu selon leur conscience, avec les anabaptistes révolutionnaires, qui troublaient l'Allemagne et venaient de s'emparer de Munster. A force de répéter au roi que toutes ces nouveautés ne tendaient qu'au renversement de toute monarchie humaine et divine on lui fit croire que la publication du placard n'était que le premier acte dune conspiration d'anabaptistes français^. Aussi s'empressa-t-il d'ordonner qu'on saisît tous les luthériens, notamment ceux qui seraient soupçonnés d'avoir affiché ou distribué le pamphlet, et ceux même chez qui on le trouverait. En outre, et pour exciter le zèle du lieutenant criminel Jean Morin, qui, au dire de Crespin, Bèze et Sleidan (3), n'avait nul besoin de ce stimulant, il augmenta ses gages de six cents livres parisis; le Parlement, de son côté, promit cent écus aux délateurs. Tandis que moines et espions se mettaient en campagne et faisaient bonne chasse (4), le Père des lettres signait (i3 novembre) des lettres patentes qui abolissaient l'imprimerie et défendaient, sous peine de la hart, l'impression de toute espèce d'ouvrages (5).

Du i3 novembre au t3 mars, vingt luthériens au moins furent brûlés

(1) Un jour qu'il menaçait le légat de favoriser la Réforme, celui-ci lui répondit avec vivacité: «Franchement, Sire, vous en seriez marri tout le premier, et vous en prendroit très-mal; car une nouvelle religion mise parmi le peuple ne demande après elle qu'un changement de prince. n (Introduction aux Mémoires de Martin Du Bellay, collect. Petitot, p. 1 zh.)

(2) L. Ranke a répété cette accusation avec une grande légèreté, dans son Histoire de France, etc., traduction deJ. J. Porchat, Paris, Kiincksieck, i85/i, in-8°, I, îhS : « Un jour, quelques novateurs, s1 exagérant beaucoup la faveur dont ils jouissaient, leur puissance et leur nombre, se permirent une attaque publique contre l'adoration du saint sacrement, sanctifiée par l'antique usage : il semble même que la fureur anabaptiste, qui, tendant à un bouleversement général, parcourait alors l'Europe germanique, se fût aussi éveillée dans Paris. «

«Jean Morin estoit lors lieutenant criminel, homme maupiteux, dit la vieille traduction française de Jean Sleidan, et fort propre à ce mestier; car il fleuroit de loing ceulx qui estoient tant soit peu soupçonnez, et quand il les avoit entre les mains, il excédoit toute barbarie et cruauté en la punition.» (Histoire de la religion et de la république sous l'empereur Charles F.)

(4) Trois à quatre cents personnes furent emprisonnées, d'après la lettre que Conrad Gesner écrivait de Strasbourg à Bullinger, le 27 décembre (Hcrminjard, III, a35), et dix évangéliques avaient déjà été estrapadés à cette date.

On ne se bornait pas à rechercher les placards ; toutes les maisons furent fouillées et les livres luthériens, saisis. Gesner, qui en avait chez lui, réussit à s'échapper de Paris et à gagner Strasbourg.

(5) Le Parlement refusa de les enregistrer.

à Paris fl). En voici la liste, que nous empruntons à deux écrivains catholiques de l'époque (2) :

10 novembre.

i3 novembre.

1 k novembre.

Sept luthériens condamnés au feu, sans préjudice de poings coupés, etc.

Barthélémy Milon, jeune paralytique, chez qui on trouva le placard, brûlé vif au cimetière Saint-Jean.

Jean du Bourg, riche drapier, brûlé vif aux Halles; un imprimeur de la rue Saint-Jacques, brûlé vif en place Maubert.

18 ou 2i novembre. Barthélémy Poille, maçon, brûlé vif rue Saint-Antoine,

devant l'église.

19 ou 20 novembre. Un libraire, pendu, étranglé et brûlé en place Maubert.

h décembre.

5 décembre.

2 1 janvier.

22 janvier.

2/1 janvier.

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