‹ Clément Marot et le psautier huguenotChapitre 9 sur 135 · SATAN · texte numérisé non relu

SATAN

Nos maistres aiment le repos, Comme les truyes font leur auge ; Mais quils aijent viande à bauge , Et du vin de théologie, Dont leur face est rougie , Ils scauront, etc.

On a mis récemment en doule que Bèze soit l'auteur de cet écrit. (Voir Marc Monnier, Genève et ses poètes , p. 1 h h.)

taxés d'inconvenance (J). C'est ainsi qu'on parlait à l'époque où Amyot fut nommé évêque d'Auxerre et grand aumônier de France, en récompense de sa traduction de Daphnis et Cliloé.

Comme ces grands hommes, Marot fut de son siècle, et ce serait lui faire un crime de n'être pas né dans le nôtre, que de ne pas user à son égard du conseil qu'il donnait à la vierge mesprisant mariage :

UoreiUe doit s accoustumer A ouyr toutes choses dire, Prendre le bon , laisser le pire ^ .

Mais n'oublions pas que ce ne sont point ses vers licencieux qui lui attirèrent des persécutions; car, selon l'expression de Robert Estienne, ^ la Sorbonne, mere piteuse, hume et aualle bien aisément la puanteur de telles choses (3).» Tandis que nous pourrions, au premier abord, être tentés de voir une impiété dans V Oraison deuant le crucifix, où le poëte se plaint des rigueurs de la loi chrétienne, qui ne permet pas la communauté des femmes, le lecteur du xvie siècle devait en éprouver une impression contraire : la permission que Marot demande d'émettre cette pensée, le pardon qu'il réclame de Jésus après l'avoir exprimée, étaient autant de coups portés à la théorie crûment prêchée dans le Roman de la Rose, et trop pratiquée depuis des siècles.

Nous voilà loin du Sermon du bon pasteur; il y faut pourtant revenir. Nous savons bien que tous les littérateurs ne sont pas théologiens, tant s'en faut; toutefois, nous avouons ne pas comprendre comment, après avoir lu cette pièce si protestante, M. Ch. d'Héricault(4) a pu écrire ce qui suit : «La vérité est, pour moi, dans ce jugement de mon vieux chroni-

M) Peut-être quelques lecteurs nous accuseraient-ils de calomnie, si nous ne donnions au moins un exemple. En voici un, des plus courts, tiré du morceau dirigé contre un franciscain sectateur des erreurs des libertins: «J'apprends qu'en blasphémant ainsi il est favorisé de beaucoup de gens, et même d'aucunes femmes d'état, lesquelles le tiennent pour leur grand mignon. Dont il est facile déjuger qu'il y a de bonnes Galloisos coiffées de chaperons de velours pour être p. . . . ns honorahles. . . . Ces bonnes bourgeoises le traitent délicatement

en prison , afin qu'il soit leur maq H

sollicitait à paillarder dhonnètes femmes, comme un vieil cheval hennit après les juments.^ (P. L. Jacob, Œuvres françaises de Calvin, Paris, 18^12, in-8°, p. 393 et suivantes.)

f2) «Il faut, disait Montaigne, laisser aux femmes ceste vaine superstition des paroles.» (Essais, liv. I, ch. xmw)

^ Les Censures des théologiens de Pans, t55a, f° »à.

(v 0)). rit. p. \r,i.

queur quercinois, que je cite pour la dernière fois : Marot avoit l'esprit débauché, mais il n'y a rien dans ses œuvres qui le convainque d'hérésie, a Après cela, on est en droit, ce nous semble , de répéter ce qu'a dit M. d'Héricault lui-même (Ji : «La vie de Marot était tout entière à faire ou à refaire, ce (jui est pis encore. » Lenglet-Dufresnoy avait mieux compris le sens et la portée du Sermon. «Je doute, dit-il, que Marot ait jamais eu la hardiesse de présenter cette pièce à François Ier. Il sçavoit le traitement que l'on faisoit à ceux qui se déclaroyent pour la nouvelle religion, en faveur de laquelle le poëte parle ici très-fortement. » Le doute n'est pas même permis, puisque Marot s'adresse au roi dans le premier vers, et qu'en outre les sorbonistes n'auraient pas négligé de se servir d'une telle arme contre leur adversaire. Il n'y avait qu'un moyen d'éviter que le roi ne vît le Sermon, c'était de ne pas l'écrire ; mais loin de le lui cacher, le poëte l'avait écrit à son intention.

Devançant Calvin de plusieurs années, et suivant Farel de très-près, Marot a donc été tout à la fois défenseur et propagateur de la Réforme. Ce rôle glorieux, qu'il a rempli avec autant de zèle que de prudence, et qui va tout à l'heure le faire condamner au feu. comme

cause du desarroy, Porte guydon, guyde, pourtraict, exemple De tout le mal qu'on faisait vers le temple ^\

était si complètement oublié jusqu'ici, que les frères Haag ont dit, dans la Finance protestante , que le poëte n avait jamais fait profession ouverte des doctrines de la Réforme, et que, plus récemment, on postdatait de vingt ans sa conversion au protestantisme, en avançant que ce fut la mise à l'index de ses trente premiers psaumes qui le jeta dans les bras de Calvin (5\ image

M Op. cit. p. cxvn.

(2) Ainsi s'exprime Sagon , accusant Marot de prosélytisme.

® r La censure de la traduction des psaumes décida du caractère définitif de l'œuvre de Marot. En la frappant de son ostracisme, la Sorbonne jeta son auteur dans les bras de Calvin, et donna à la Réforme française des bymnes qui devaient la conduire à la victoire ou au martyre." (Revue chrétienne, i8G.~>,

«Les vers de Marot furent si vile adoptés par les huguenots, que le poëte lui-même se trouva enrôlé dans leurs rangs.?) (Marc Monnier, Genève et ses portes , p. 9 1 .)

Baulucre (I, /ni) a aussi cru, sans le dire explicitement, que Marot n'embrassa le protestantisme qu'après avoir traduit les psaumes : « Après même que Marot eut changé de religion, ses psaumes n'en furent pas moins estimés. r>

Le jésuite Maimhourg, qui accuse Maint

malheureuse, du reste, car autant Marot fut fermement dévoué à la Réforme, autant il éprouva de répulsion pour le despotisme de Calvin.

C'est très-probablement aussi dans la même année 1 5 3 3 et avec l'approbation du roi, qui les faisait sans doute entrer dans son plan de réforme, que Marot entreprit la traduction du psaume vi, celle du Pater, de Y Ave Maria et du Credo, qui, chose remarquable, parurent pour la première fois dans le Miroir de treschrestienne Princesse Marguerite de France, Boyne de Nauarre, Duchesse d'Alencon et de Berry, auquel elle voit et son néant et son tout, Paris, Augereau, 1 5 3 3 , in-18. La première partie de ce recueil est terminée, ff. 35 et 36, par le vie pseavlme de david, translaté en francoys selon ï hébreu par Clément Marot, valet de chambre du Roy Après la seconde partie, où la pagination recommence, on trouve l'instrvction et foï cving chrestien, mise en francoys par Clément Marot, comprenant le Pater noster, Y Ave Maria, le Credo, coupé en deux, la Bénédiction deuant mengier, les Grâces pour vng enfant, le tout versifié, auec le Dixain d'vng chrestien malade à son amy. La date de l'impression est a la fin : Meuse deeembri i533.

On a vu plus haut (p. i 4j*j) ce dizain, qui commence ainsi:

Ce meschant corps demande guaryson.

Voici trois des autres pièces :

I3KNEDICTION DEVANT MENGIEK.

Rostre bon Père tout puissant , Qui gouucrnes ta créature, Ou tire ta main, nous bénissant, Pour sobrement prendre pas turc.

Donne-nous , par ton Escripture, Que nos espritz soient nourriz; Et tes biens , donnez par ta cure , Aussi de toy soient benietz.

d athéisme et de libertinage, était, à cela près, mieux renseigné : «Il s'estoit jette des premiers, dit-il, dans la nouveauté, qui, l'affranchissanl des lois de l'Eglise, estoit fort à son

gOÛt. 5)

(1) Ce n'est donc point vers 1 538 , comme le dit M. le professeur Schmiài (Encyclopédie

de Herzog), ni vers i53q, ainsi que l'affirme la Revue chrétienne (1 865 , p. ^70), que Marot entreprit sa traduction des psaumes.

Le psaume vi reparut d'ailleurs dans ses œuvres, en i534, 1 536 et 1 538. (Voir plus loin la Bibliographie.)

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