MA BOT A \E,\IS
Quand il sera prest, qu'il me mande, Et si i'y dois M, que l'on me prude . Tu dirois , mou amy Li/on , Pour moy quelque fîdelium, Ou quelque creux de profundis.
Pour me tirer à Paradis (2).
Mais si treuuez qu'il soit ainsy, Qu'au partyr de ce mande ci/.
Nous soyons sauluez ou damne: ,
dictes rien, et me donne:
Ce petit mot pour epitaphe, Et que sur mon corps on le graphe :
Cy V CE VOL QUI S'EST RENDU
A en es n ict, roup, estbe pendu $K
Vient ensuite le tour de Sagon :
Quant à celuy qui s'est fasché Que me suis à iuy attaché, C'est vng meschantfol et flatteur.
Insigne dissimulateur.
Et vindicatif à oultrance; Mais il ne veult que l'on le pense, le ne vouldrois de lui/ mentir.
Par quoy ne me puis repentir D'en auoir dict ce qui est vray; Et s'il me point é . ie descouurai/ De plus grands cas <pt'il a coin mis:
Qu'il ne fasse plus (F ennemis.
(1) Si j'y vais.
(-) Que Marol plaisante ou non ici, ces vers indiquent la situation religieuse de son ami. La plaisanlerie n'eût eu ni sel , ni raison d'être , si Jamel n'avait au moins été tenté de retourner au catholicisme.
Nous ne saurions voir dans ces vers, où le poète refuse plaisamment à ses ennemis le plaisir de le mettre à mort, une rétractation de la prière dans laquelle il demandai! à Dien de lui accorder une constance invincible, s'il
le destinait au martyre. — Notre etal inoral a ses variations aussi bien que l'atmosphère, et il en est de plus graws que celle dont Marol donne ici un exemple. Tel qui s'est montré capable de dévouement à la patrie, lorsqu'elle était en danger, ne peut-il remarquer ensuite, non sans quelque amertume, (pie ce dévouement n'a servi que la cause de l'égoïsme, de l'intrigue et de la làrlioté?
W Poindre, piquer. Pour je découvrirai.
±2H MAROT À VENISE
// en a trop, qu'il mue bien; Lors seray son amy, combien Qu'il ne Vayt en rien mérité.
Le traistre plein de vanité.
Mais Dieu vueille^ que Von oublie; ■ Ce que souffrons par sa follie,
le suis trop loing pour le luy dire. . . Est-ce de luy que i'ay escript?.
— Nenny, non, c'est de l'Antéchrist; Ce n'est pas luy, et si ^ ne scay.
Il en a faict son coup d>essay. . .
le le congnois , c'est vng grand prestre.
— Vous faillez, il le voiddroit estre, Pourueu quil en eust arraché Quelque abbaye ou euesché. . .
' Dessus , dessus , à belles pierres ., Dessus ce gros villain maraidt, Qui a crié sur nous : Harault., Et nous a chassés du pays.
Nous estions assez esbahis, Lyon, il t'en peult souuenir ^. . .
Enfin la guerre est prise à partie :
Les Francoys cryent : Viue France l Les Espagnols : Viue T Empire !
Il n'y a pas pour tous à rire; Le plus hardy n'est sans terreur .
N'est-ce pas vng trop grant erreur r Pour des biens qui ne sont que terre, De mener si horrible guerre ? Les gensdarmes sont jury eux .
Chocquans au visage et aux yeux.
H ne fault qu'vne telle lorgne ^ Pour faire vng gentilhomme borgne; Il ne fault qu'vng traict d'arbaleste Passant au travers d'vne teste
(1) Veut. — W Cependant. — w Suit, le récit de la fuite, que nous avons filé, p. i63. 4 Coup, de lorgner, frapper.
MAROT À VENISE. 229
Pour estonner vng bon cerneau* l'aimerois autant estre vng veau.
Qui va droit à la boucherie.
Que d'aller à telle tuerie.
C'est assez d'vng petit boullet, Oui prend vng souldart au collet .
Pour le garder de iamais boire.
Fy, fy de mourir pour la gloire.
Ou, pour se faire grant seigneur, D'aller mourir au lict d'honneur, D'vng gros canon parmy le corps , Qui passe tout oultre dehors !
Par ma foy, ie ne vouldrois point Qu'on gastast ainsi mon pourpoint Et la Mutée du capitaine :
Hau , compagnon , prenez T enseigne , Celuy qui la portoit est bas.
Sang bieul vela de heaulx esbas, Veoyla comment on s'y gouuerne^.
Dedans vne bonne tauerne, Poserois entrer hardiment.
Où l'on ne frappe nullement.
i; A mesure qu'il avançait en âge, son horreur de la guerre ne faisait que s'accroître. C'est lui qui avait déjà dit dans Y Elégie xiu (i52/j) :
Homme ne suyt ta guerre Que pour honneur ou pour projjit aquerrc; Qui ces deux poincts de la guerre osteroit, A y sentir nul ne se bouterait.
Celte vertu d'humanité n'était pas rare parmi les plus nobles esprits et les grands cœurs du xvie siècle; on la retrouve cliez Rabêlais et chez Krasme, qui écrivait dans ses Collnquia( traduction de Gueudeville , IV, i 5 1 ) : "Les villes, s'ennuïant de souffrir, murmurent. Certains peuples... répandent sourdement des plaincles, disant qu'il n'est pas juste que pour la colère, la querelle, l'ambition dé deui ou trois mortels couronnés, les affaires humaines
soient dans le désordre, qu'elles aillent sens dessus dessous, et qu'il se lasse une si copieuse libation de sang humain. n — Dans le volume suivant (p. 107), Erasme nomme la guerre «l'école de toute scélératesse. n
«Le temps n'est plus, dit à son tour Grandgousier, d'ainsi conquester les royaumes auecques dommage de ton prochain frère chreslien; celte imitation des anciens Hercules, Alexandres, Hannibais, Scipions, Césars et autres tels, est contraire à la profession de l'Euangile, par lequel nous est commandé garder, sauner, régir et administrer chascun ses pais et terres, non hostilement enuahir les autres. Et ce que les Sarrasins et Barbares iadis appelloieht prouesses, maintenant nous appelions briganderieS et mèschancetez.» ( Gargantua , liv. I , eh. xm.)
C'est ainsi) que Clément deuise, Viuant en paix dedans Venise.
La quatrième epistre du Coq à l'Ame, aussi écrite à Venise et adressée, comme les précédentes, à Lyon Jamet, ne ménage pas plus que celles-ci les «prescheurs et la saincte chattemite,» la messe, les astrologues et les prélats, et laisse entrevoir l'humanité du poète et sa compassion pour le pauvre peuple; à ces signes nous reconnaissons l'œuvre de Marot, mais de Marot triste, fatigué, manquant de veine et d'inspiration (1) :
Puisque seais la rébellion,
le ne t'en mande rien, Lyon;
De quoy diable sert la r édicté?
Or doncq la saincte chattemite ,
Ainsy que ton dict par deca ,
A faict feu puis vng mois en ca ^.
Quel bruyt en ont faict nos prescheurs ,
Ces grants ordinaires pescheurs ?
Font-ih tousiours les gens absoulz ,
Par force d'escuz ou de soidz.
Dont non pas Dieu, mais l'argent règne?
Qui vouldroit mettre bride et resne
Au grant chenal d'ambition,
Point n'y auroit sédition.
En dangier que ces groz asniers
Soient du lignaige des musmers,
Ayant du sac, bled et farine,
Toute couiierte leur narine,
Ostant la feue du gastcau.
Si m leur vin mettoient de I eau,
(1) C'est «la veine Irisle el lente,» dont il parle quelque part. Lenglet-Dul'resnoy et quelques critiques pensent que ceite épifre n'est pas de Marot; mais ils n'en donnent pas de preuve suffisante. Elle fut écrite après la mort d'Erasme (juillet i536) et celle du Dauphin François (10 août), et durant le siège de Péronrie, qui ne fut levé que le 1 1 septembre; Marot était encore à Venise à celte époque.
W Ce début est obscur; il y est, parait-il, question de religion et de supplice; cependant Crespin ne mentionne aucun aulo-da-fé en France à la date de i53(), ni le Bourgeois He Paris, ni la Chronique de François Ie'. S'agirait-il simplement de la révolte de Cbambéry, dont il est parlé plus loin, ou «le quelque exécution faite en Italie ?
M A R 0 T A VENISE. 23Î
Ceulx de Sor bonne, enluminez Si rouges nauroient pas leurs nez.
Et puis la belle doctorie.
on dict quvng messerev
A chanter messe est nécessaire, le ne scay pas comme il entend, Qui ne luy en donne, il en prend. . . Les poures vouldroient estre chiens , Fentens à l'heure qu'on repaist:
ftibon ribaine, s'il nous plaist, II fauldra de brief rendre compte.. .
Encorcs nest sceu le malheur Qui doibt venyr de ceste guerre. . .
Si de la lune le descour:
Tenoit du soleil le parti/,
Nos astrologues auraient menti). . . k
Prelalz seront bien rembourre: .
Si Germanie a vng concile. . .
Sire, tandis (/ne ie viuray,
\V employer a y en rostre seruice. . .
Dieu gard la franche Marguerite,
Fleur de blanc lyz inséparable.
C'est vng grant mal irréparable
Que mettre tant d'âmes en danger. . .
A Venize ie fais prouesse;
Il ne vault rien qui na richesse.. .
Victime de l'implacable haine de ses tout-puissanis ennemis, l'excellenl Vlarot avait pourtant des amis qui ne craignirent pas de prendre sa défense contre Sagon et La Huetterié, autre rimeur de bas étage, (jui avait eu l'impudence de demander au roi la place du proscrit, entre autres Mellin de Saint-Gelais (2>, Parrhasius l3), Daluce Locet(4), Nicole Glotelet^,
W Missel.
(i) Voir l'épigramme de Marot : .1 Merlin de Saint-Gelais, et la Malade au nom de C Maroi contre Sagon, par Saint-Gelais.
W Sa pièce latine en laveur du poète se trouve à la lin de l'édition de Marol donnée par Lenglet-Dufresnoj
W Retnonstrances à Sagon , à La Hueterie ci au poète ckampeHre , par ntaistre Daluce [,<»■(■!. pamutnehoys.' Daluce Lotel doil être un pseu donyme ou un anagramme.
(•r') [pologie <le maietre Vicoh Glotelet, de I ictry en Partoys , pour Cl. Mai nt.
232 MA ROT À VENISE
Charles Fontaine (l) et Des Périers, qui écrivit, sans doute à la demande de la reine de Navarre, la pièce intitulée : Pour Marot absent, contre Sagon , dont voici quelques vers :
. . .Qu attendez-vous , o poètes francoys , Ses bons amys w ? Pensez-vous que le soi/s Expert assez, ou si seur de mon roolle, Pour à Phebus (5) porter quelque parolle De son Maro (lJ, que tout seul me laissez Parler pour luy, et ne vous aduancez A excuser d'iceluy la querelle ?
Dont, s'il te plaisi, Sire, absous-le, car elle Nest pas du tout si griefue, ne damnable, Comme la faict cestuy déraisonnable Accusateur et détracteur peruers. . .
Roy plus qu humain , si tose en ta présence Seul excuser Marot en son absence,
Pardonne-mou
faisant grâce et mercy
A ton Maro , s'il a en rien mespris , Dont il deult estre ou pugny ou repris.
Le poète latin Voultée ne fut pas le moins dévoué de ces amis, et donna un bel exemple de fidélité au malheur. Il plaida, l'un des premiers , la cause de l'exilé, auquel il a consacré cinq pièces de son recueil d'épigrammes ^ : l'une est adressée à Renée de France, une autre à l'évêque de Paris, Jean du Bellav, deux à François 1er lui-même, et dans toutes il proclame l'innocence et la pureté de la foi du proscrit. Ajoutons qu'il ne cachait nullement ses propres tendances évangéliques (voir en particulier ses pièces sur Mathurin Cordier, Lefèvre d'Etaples, Roussel, évèque d'Oleron, auquel il a dédié son quatrième livre), et que cette courageuse insistance, conforme, du reste, à sa devise : Noht, vèlit invidia, pouvait lui être funeste.
Fontaine prit une plus grande pari que ^ Les amis de Marot ie nommaient Maro,
les précédents à la lutte contre les Sagon- pour l'égaler' à Virgile, P. VirgiUu* Maro. lins. (*) loannis Vulteii Remensis epigrammattim
licroet, Sève, Brodeau, Ghappuy, Pa- libri dm s Lugduni apud Seb. Gryphium , i536 , pillon, Thenol , Rocher, etc. in-i a (bibl. Mazarine). La dédicace du livre esl
W François 1er. dalée de Lyon le iodes calendes d'août i53(>.
MA ROT À VENISE
AD D. RENATAM, DUCIS FERRARIAE UXOREM , DE MAROTO.
Gallorum voies Gallis fugiebat ab oris, hnmeritum misère pulsus in exilium. . .
AD IOAN. RELLAIUM, EPISCOPUM PARISIORUM, 1NDUCITUR M À ROT US QUERENS DE EXIL1Ô.
Non jacinus, non viia mihi, non lurpia Jacta ,
Aurea Ubertâs sed dédit exilium.
Exilium patior, patior sine crimine pœnas;
Candida mens nostra est , candida nostra jides. . . Quod J'ero, j'erre iubet mihi gens inimica, grauisque .
Inuidia est nostri maxima caussa malt. . . \ec passus iustos praedam Rex hostibus esse ,
Nec sinit, vt rapiat horrida jlamma pios. . . Hune igitur mitem, Praesul mitissime, Regem
Ipse roga, vt seruet restitua tque rcum. . .