AD FRANC. GALL. REGEM DE MAROTO
Noster abesl Clemens, Rex clementissime regum,
Atque aberit', prompta ni reuoeetur ope. Hic temere oppressus patitur sine labe; dolendum est,
Rex,falsi vatem criminis esse rcum.. .
Cum nil peccauit, veniam petit Me, precantis
Excuses culpam, si modo cul pu fuit.. . I)a veniam vati, superet tua gratta culpam,
De culpa fateor, Rex, licet esse neget.. . fngemit et tacito suspirat Gallia luctu,
Inque suo expuîsum vellet habere sinu.. .
Rabelais aussi paraît avoir travaillé à rendre à son ami la confiance cl
m M A ROT À VENISE.
[amitié du roi. Mais l'influence la plus puissante, qui emporta de haute lutte le rappel du proscrit, fut celle de Marguerite, l'un des deux bons anges qui nous apparaissent toujours plus comme la providence des persécutés de leur temps Le pauvre banni avait mangé, durant deux longues années et plus, l'amer pain de l'exil, loin de sa famille; aussi, quand la bonne nouvelle lui arriva, eut-il hâte de repasser, malgré l'hiver (i 536) « «les grans froides montagnes, » et de voler vers le pays dont il n'avait « sceu perdre le souuenir. »
(|) L'autre, Renée, persécutée à son tour, n'a certainement pu écrire au roi avant la tin de l'a guerre (3o novembre).
Rappelé de l'exil, il exprime sa joie et sa reconnaissance dans VEpistre un, — Accueil qu'il reçoit à Lyon. Adieu, à la ville de Lyon. — Les injures de Sagon. — Prétendue abjuration. • — Lenglet-Dufresnoy brode sur ce thème. Réfutation. Dolet. Des Périers. Edit de Coucy. — Rappel saus condition. — Versatilité du Père drs lettres}— Joie des humanistes : Nicole (îlotelet. Voultée. — Explication de la dernière strophe de VAdieu à Lyon. - Les suturçs de la calomnie.
La lyre <jui avait rendu de si nobles el touchants accords sur la terre étrangère ne pouvait rester muette au moment où l'exilé toucha le sol de la patrie. En l'absence du roi, <jui venait de quitter Lyon c'est au gouverneur de cette ville, le cardinal de Tournon. qu'il exprima sa joie et sa reconnaissance :
Puis que du Roy la bonté merueiUeuse La France veult ne m? estre périlleuse; Puis (jue te suis de retourner mandé.
Vais qu'il luy plaint, puis qu'il a commandé, Et ([ue ce bien procède de sa grâce, Vc t'esbahys si i'ay suiuy la trace, Noble seigneur, pour en France tirer.
Ou long temps a le ne fais qu'aspirer. . . Si tost (pie i'eu: mon retour escoulé , El que ie vis la grand' nue essuyer.
Qui en votant me pouuoit ennuyer.
Mon premier poinct ce fut de louer Dieu , Et le second, de desloger du lieu Là où testois . pour au pays venir D'où ie h' a y sceU perdre le souuenir. . . le n'ay trouuê rien de dur en la voye,
{i> Quand Charles-Qninl eut repassé la trou- neige, verglas et froidure, il est probable qu'il tière(23 septembre), le roi retourna à Paris; ne vint à Lyon qu'à la lin d'octobre ou de comme, eu outre, le poète trouva on chemin novembre
Ains m'ont semblé ces grans roches hauUaines Préaux W herbus, et les torrens fontaines. Bise, verglatz, la neige et la froidure Ne mont semblé que printemps et verdure, Si qua Dieu rends grâces vng million, Dont lay atteint le gracieux Lyon, Où tcsperois, à Varriuer, transmettre Au roy Francoys humble salut eu mettre t2h
( Epistre lui.)
La ville de Lyon comptait plus d'un poète et d'un lettré, entre autres Symphorien Champier, Benoît Court, Vauzelles, Pernette du Guillet, Clémence de Bourges, Estienne Dolet, Maurice Sève et ses sœurs Claudine et Sibylle (3), Jeanne Faye, Jeanne Gaillarde, Claude Perréal Cl0 Le Maistre (5), etc. qui avaient organisé une société littéraire dans la maison
M Petits prés.
En mètre, en vers.
Maurice Sève, avocat, poète et, dit-on, musicien, peintre et architecte, traduisit de l'espagnol La déplorable fui de Flammetie , Lyon , 1 53 5 , petit in-8°, et rima quelques psaumes. Son Sourcil, décrit à l'imitation du Beau Tetin de Marot, est, au jugement de la duchesse de Ferrare, le chef-d'œuvre du genre, témoin ces vers que Marot écrivait en 1 5 3 5 :
Mais du sourcil la beauté bien chantée A tellement nostre court contentée , Qu'à son autheur nostre princesse donne , Pour ceste fois, de laurier la couronne; Kl m'y consens, qui point ne le cognois , Fors qu'on m'a dit que c'est vng Lyonnois.
On a encore de lui Arion, églogue sur la mort du Dauphin, Lyon, î 536. Il eut pour élève la fameuse Louise Lahé, et fut porté aux nues par Marot, Dolet, Sainte-Marthe, du Bellay, elc. Durant son séjour à Lyon, Marot lia avec lui une amitié vive et durable.
Claudine et Sibylle furent des poêles également renommés de leur temps, mais ne nous ont laissé aucune de leurs œuvres, excepté quelques psaumes dans le Psautier de Lyon , Gabriel Cotier, 1 007 . Un autre membre de la même famille a signé aussi de l'initiale R
quelques psaumes de la même édition. On mentionne encore Jeanne Scève; nous ne savons si c'est un autre personnage que les trois dont nous venons de parler. La France protestante (IX) cite Mathieu Sève, échevin de Lyon, dont les descendants, réfugiés à Genève, y occupèrent une place distinguée.
(4) Jean Perréal, dit de Paris, était peintre et valet de chambre ordinaire du roi Louis XII.
W Cle (Claude?) Le Maislre a traduit les psaumes xxxiv et xlu, insérés dans les Cinquante-deux pseaumes de Marot, imprimés à Paris en 1 55o. C'est le premier de ces psaumes qui nous a fait découvrir que Le Maistre est aussi le traducteur anonyme d'un livre d'une insigne rareté, retraduit de nos jours : Du bénéfice de lesuchrist crucifié entiers les chrestiens, traduict de vulgaire italien en langage francoys, Paris, Antoine Iurie, t5/i8, in-32 (Collection de M. Gaijfe). La première édition do cet ouvrage est sans doute celle de Lyon , Jehan de Tournes, 1545. 11 fut mis à l'index, l'année suivante, par la Faculté de théologie de Paris, qui le rangeait parmi les livres d'auteurs inconnus. A la fin de sa prélace, l'anonyme dit qu'il a «aussi traduict vn pseaume du grand prophète Daniel.» Ce psaume, joint à l'ouvrage, n'est pas le xxxiv de Marot, comme le
du sieur de Lange, sur la montagne de Fourvières (l) ; aussi, le proscrit rappelé y reçut-il un accueil flatteur, peut-être enthousiaste, comme celui qui fut fait plus tard à Voltaire, revenant de Prusse et n'osant retourner à Paris. Marot en remercia l'aimable cité, dans l'adieu qu'il lui laissa, après y avoir fait un court séjour.
Adieu Lyon, qui ne mords point, Lyon plus doulx que cent pucelles , Sinon quand l ennemi te poincl .
Alors ta fureur point ne celés; • Adieu aussi à toutes celles Oui embelissent ton seiour.
Adieu faces cleres et belles, Adieu vous dy, comme le iour.
Adieu cité de grand' valeur.
Et cytoyens que i'ayme bien; Dieu vous doint la fortune et Vheur Meilleur que na esté le mien.
Fay receu de vous tant de bien , Tant d'honneur et tant de bonté.
Que voluntiers diroys combien , Mais il ne peult estre compté.
Adieu les vieillards bien heureux, Plus ne faisant la cour aux dames, Toutesfois tousiours amoureux De vertu, qui repaist voz aines.. .
Adieu la Sone et son mignon.
Le Hosne , qui court de vislcsse- Tu t'en vas droict en Auignon, Vers Paris ie prens mon addi esse.
le diroys : Adieu ma maistresse; Mais le cas viendrait mieulx à poinct , Si ie disoys : Adieu ieunessc; Car la barbe grise me poinct.
pense M. Bonnet (Bulletin, <?e série, f, 1 2 3 ) , W "On croit, dit M. d'Héricanit (.op. ni.
mais bien relui de Le Maistre : p. xc) , que Marol fut membre de relie aca~
En tout temps Verrellrnre , etc. demie.»
M LROT À LYON.
Va, Lyon , que Dieu te gouuerne; Assez long temps s est esbattu Le petit chien en ta cauerne \ Que déliant toy on a battu.
Finablement pour sa vertu, Adieu des foys vng million A Tournon de rouge vestu, Gouuemeur de ee grand Lyon.
Est-ce là le langage d'un homme qui vient de commettre une lâche et menteuse abjuration ? Les Lyonnais se seraient-ils montrés si bienveillants envers quelqu'un qui se serait déshonoré sous leurs yeux ? Sagon seul l'a dit, et il paraît avoir été cru (ô puissance de Basile!) de tous les biographes de Marot, excepté les frères Haag Cette crédulité se comprendrait à la rigueur, si Sagon n'avait été enflammé que de ce zèle religieux si ardent qu'il brûle tout ce qu'il touche; mais dans Le Rabais du caquet de Marot (1637), qui renferme cette niaise calomnie, la religion s'efface devant la vanité blessée du rimeur; ce n'est plus le fanatisme qui parle, c'est la haine, la vengeance épuisant le vocabulaire de l'injure. Il a fallu bien de l'inattention pour ne pas voir qu'on avait affaire à un malhonnête homme. Voici comment Sagon interpelle Marot :
Dy-moy donc, beste farouche,
Si tu as langue en la bouche
Et au sens quelque raison,
Le lieu où mon maistre ^ couche
Des vers imparfaict: en couche.
Tu dy qu'il en a foison .
Tu mens
Certes Dauid n'a poinct dict sans raison Que malheureux font leur gibet ou fosse; Pourquoi , en bref, tu veoirras la saison Que hault en lair, en potence bien grosse, Marot fera du rosty pour la nopee. . . .
Puis viennent ces aimables épithètes, sans parler de celles qu'on ne
(l) La Biographie Didot s1 esl inspirée de la écrit sons le nom de son valet, comme avait France protestante. lait Marot dans l'épître de FrippeUppw ù Sa-
("2) Le Rmaisiren , c'est Sagon lui-même, qui gon.
peut citer : sauetier, besie, sot, songe-creu, teste sans cerneau , maislre heuf, valet, veau, ord museau, langue serpentine, grand bedier. gros hedaee , gros asnier, billotin,
moufflc de coquins.
Plus infaict que vieil brodequins Ou piedz puant: gectent V ordure,
orde conscience, heraidt de tous caignardz, chien galleux, poure bestc insolente qui feu sent, vile charongne, vray disciple de Judas.
créature infâme , Vaisseau tout remply de diffame. . .
Marault, hostiere^\ infect, sale, souillarcl. . . Monstre maling, meschant marault nieseau. . . 0 meschant blistre, o menteur enragé.. . Asne paresseux, lourd et lasche,
. . .fils de la vasche. . .
O le marault, le marmot, le mastin. . . O bon Lombard, mauuais Franeoys. . .
Il est infect, ladre, pourri, fangeux.. . O Sarrazin , o infidèle , o asne , O fuif contraire a catholique foi/, etc.
C'est au milieu de ces pieuses douceurs, que le dévot apôtre, défenseur de la Sorbonne, apologiste du bûcher el propagateur de la sainte foi, accuse Marol d'abjuration :
// a le cueur putrefaict
Et infaict De cauteleuse feinlise • lacoil que® à Lyon fust faict
Et re faict, Comme vng enfant qu'on baptise. . .
Car Marol. eomme ou a bien sceu, A esté à Lqon reeeu Pour se rejoindre a nostre ' Eglise , Mais on scaii bien en quelle guise;
W Do Koilire, f rappel*, ennemi?
Rien que
Car il y auoit, pour le moins, Vite douzaine de tesmoings, Qui Vont rebaptisé au monde, En abiurant l erreur immunde.
Je dy erreurs , non pas erreur, Tant y en a que c'est horreur, Ausqueh a fallu que ton maistre^ Ayt renoncé premier que d'estre Purgé, baptizé et refaict, En abolissant son forfaict. . .
Allons tout beau sans violence, Renchaine vn petit ton lyon & :
Cela fust faict dedans Lyon.
Sagon ne parle que d'une douzaine de témoins présents à l'abjuration; l'abbé Lenglet-Dufresnoy y fait assister toute la ville et brode agréablement sur ce thème : «Le cardinal, qui étoit catholique très-ardent, engagea ou obligea Clément Marot (c'est à peu près la même chose) à faire abjuration des nouvelles erreurs, qu'il n'avoit peut-être jamais bien connues, ni professées. Tout le monde s'empressa de voir cette cérémonie; sans doute, on étoit bien aise d'observer la contenance qu'auroit un poëte à donner extérieurement des marques de la véritable religion. On n'ignoroit pas qu'il vivoit d'une manière à faire douter si celle qu'il avoit tenue jusqu'alors étoit bonne ou mauvaise. Il le ht donc d'assez bonne grâce pour recevoir les louanges de toute la ville. » — Où est la preuve du fait? L'abbé en donne deux : les vers de Sagon et la fin de Y Adieu à Lyon.
Va, Lyon, que Dieu te gouuerne.
Assez long temps s'est esbattu Le petit chien en ta cauerne, Que deuant toy on a battu.
«11 étoit arrivé, à Lyon, quelque fâcheux accident à Clément Marot, dit l'abbé, comme on le voit non-seulement par cet endroit, mais encore par les vers de François Sagon, imprimez dans la suite de cet ouvrage. Et comme Clément Marot parle lui-même des disgrâces qui lui sont arrivées
J) Marol. — (-) Allusion aux épîtres du Coq à Vanne , adressées par Marot à Lyon Jamet.
VI A KO T A LYO^.
à Lyon, il y a lieu de croire que ce fut à cause de la religion; car il ne s'en seroit pas vanté, si e'avoit été pour quelque autre raison. »
L'abbé libertin avait le droit de trouver que cette strophe manquait un peu de clarté; mais il est inexcusable d'avoir, par bigotisme, basé sur une hypothèse malveillante; ce raisonnement qui ne supporte pas un instant l'examen : Il est arrivé à Maroi quelque accident durant son séjour à Lyon, cest sans doute pour le fait de la religion: or un de ses ennemis l'accuse d'y avoir abjuré, donc cette abjuration paraît réelle. 11 suffit de La moindre réflexion pour découvrir qu'une abjuration qui eut rouvert à Ma rot les portes de la France et du Louvre n'aurait pu être à ses yeux un fâcheux accident, s'il avait été capable de la commettre, encore moins une disgrâce, mais bien le plus heureux des événements. Ge n'est donc pas d'abjuration qu'il parle ici. Aussi, malgré l'obscurité de ces quatre vers(1). n'hésitons-nous pas à voir dans Y Adieu à Lyon un éclatant témoignage de l'honnêteté de la conduite du poëte dans cette ville.
Marot a si bien dédaigné cette calomnie qu'il n'y a point répondu, non plus qu'aucun des amis(2) qui le défendirent contre Sagon et La Huetterie; cette dignité, qui lui seyait devant ses contemporains, qui savaient â quoi s'en tenir, lui a nui auprès de la postérité; toutefois, il y a dans ses écrits au moins deux passages qui contredisent formellement, bien qu'indirectement, l'impudent mensonge de Sagon. Le premier, c'est le début de lepître au cardinal de Tournon. qu'on a déjà lue tout à l'heure :
Puis que du Hou la bonté merueilleùse La France veult ne rnestre périlleuse; Puis que ie suis de retourner mandé.
Puis quil lut/ pîaist, pais tpn'l a commandé. Et que ce bien procède fie sa grâce.
La merveilleuse bonté et la belle grâce (fin; celles qui eussent imposé
W Ce sont les seuls, parmi les siens, où Parlant du fouet de Ferrure.
Ton ail voulu voir une allusion à colto pré- Comment '.as-tu osé songer
tendue abjuration. VnS lel propos, si mensonger ?
(2) L'un d'eux avait cependant protesté contre jUr cornment gerott- o oyait e,
. Ou aulcunement vravsemblàble ,
cette antre calomnie, d après laquelle Marol
Qu il eust lors esté joue té
aurait été fouette a Feirarc. L auteur de 4 ,. , , .
An lieu auquel Jus! urreste
VEpistre à Marot, à Sagon et à \,a Hueterie v, , ; ,„ , r.
« ' « Et tenu eu plus grant faneur
interpelle Iluet en ces termes : 0ue iu n>m j-a: om m.P}me„r ?
Ta plume ment et trop s'es<rare,
i. • ta
-m MAROT A LYON.
au poète, comme condition de retour, le reniement de ses principes et l'avilissement de sa conscience !
. L'autre passage est le suivant : «Le tort que m'ont fait ceux qui', par ry-deuant, ont imprimé mes œuures, est si grand et si outrageux, cher amy Dolet, qu'il a touché mon honneur et mis en danger ma personne; car, pour auare conuoitise de vendre plus cher et plustost ce qui se vendoit assez, ont adiousté à icelles miennes œuures plusieurs autres qui ne me sont rien, dont les vnes sont froidement et de mauuaise grâce composées, mettant sur moy l'ignorance d'aultrui, et les aultres toutes pleines de scandale et de sédition, de sorte qu'il n'a tenu à eux que, durant mon absence, les ennemis de vertu n'ayent gardé la France et moy de iamais plus nous entreuoir. Mais la grâce de Dieu, par la bonté du Boy, comme tu scais, y a pourueu^.v — Comment iMarot,* écrivant à Dolet, eût-il osé attribuer la fin de son exil à la grâce de Dieu, si son ami, qui était arrivé à Lyon en 1 536 , lui eût vu faire le saut périlleux ? Dolet n'eût pas ensuite adressé au poète renégat une ode où se trouve un bel élan de sa vive affection pour lui (2^.
Des Périers, qui avait travaillé à la Bible d'Olivetan, eût considéré l'abjuration de son ami comme un déshonneur et une honte, et ne l'eût pas félicité de son ioyeux retour (3), acheté à ce prix. Enfin Marot lui-même aurait-il, peu après, d'octobre 1 5 3 7 au 18 juin 1 53 8 (date du traité de Nice), volontairement séjourné huit mois dans une ville qui lui eût rappelé de si fâcheux souvenirs (4) ?
Mais abordons directement la question. On prétend que le poète obtint la permission de revenir à la cour et d'y exercer sa charge, «à condition qu'il rentreroit dans la religion romaine qu'il avoit quittée, et qu'il seroit
W Préface de la première édition soi-disant complète des œuvres de Marot, Lyon 1 538.
^> Carminum libri quatuor, Lugd. 1 538 , m-h°, et la France protestante , IV, 292.
(3) «bonavkatvre à marot à son retovr de Ferrare.
«Maro en Marot, immortel poëte, Y honneur de ce temps, que veoir tant souhaite, mes poures versetz craintifs et doubteux ne s'oseni monstrer (tant ils sont honteux) à vous, veu qu'ils sont sans ritlime et raison; dont ie vous snlue en simple oraison, priant, comme faicl
chascung à son tour, qu'il vous soit heureux ce ioyeux relour.n
Dans son Apologie. . . pour Cl. Marot, Nicole Glotelet, invitant Sagon à célébrer ie retour de celui qu'il avait voulu supplanter, parle absolument comme Des Périers :
Chanter te fault quelque palinodie , En resonnant, sipeulx , par mélodie, Quelque motet pour le retour ioyeulx De ce Clément.
W II y attendit le retour du roi, qui était allé guerroyer en Italie.
plus discret a l'avenir (". » S'il oui \ ou\u revenir à cette condition, que tant d'autres acceptèrent^, il n'aurait eu besoin ni de l'aide ni de la permission de personne, et il n'aurait pas prolongé son absence au delà du 16 juillet 1 535, date de l'édit de Coucy. qui permit aux fugitifs et bannis pour cause de religion de rentrer en France, pourvu qu'ils se désistassent de leurs erreurs et vécussent comme bons et vrais chrétiens catholiques (3). La courageuse fidélité de Marot. qui. pour obéir à ses convictions, demeura près de dix-huit mois encore en Italie, exilé volontaire (4) et continuant la lutte contre les fanatiques et les persécuteurs, est la preuve éclatante que la pensée de l'abjuration ne lui vint même jamais à l'esprit. Comme il fallut, malgré l'amnistie du 3i mai i536f5). que ses amis et Marguerite s'entremissent auprès du roi pour obtenir son rappel, c'était donc un rappel sans condition qu'il demandait, un rappel pur et simple, le seul qu'il pût accepter, le seul dont il Casse mention dans l'épître au Dauphin et dans celle qu'il écrivit en arrivant à Lvon.
Œuvres de Marot, édition de la Haye, chez Moetjens, 1700.
® Voir dans Bulletin , XI, a54, la reproduction d'un manuscrit de celle époque.
M Ordonnance du 1 6 juillet 1 53 5 , donnée à Coucy :
-tAux absens et fugitifs permettons de retourner en nosdils royaume, pays, lerres, seigneuries , et y demeurer et résider en telle Sûreté et liberté comme ils ont fait par cv deuant, nonobstant les bannissement et confiscation de leurs personnes et biens faits à l'occasion de leursdites contumaces, pourueu qu'ils seront tenus de viure comme bons et vrais ebrestiens caiboliques doiuent faire, et se désister de leursdites erreurs, qu'ils seront tenus d'abiurcr canoniquement dans les six mois proebainement venans, à compter du four de la publication des présentes, pardeuant leurs diocésains on leurs vicaires et olTiriaux, et auec eu\ l'inquisiteur de la foi ou son vicaire.. .
~ El en outre est prohibé et défendu à feus . sur peine de la barl. . . de ne lire, dogmatiser, translater, composer ni imprimer, soit en public ou en priué, aucune doctrine contrariant en la foy ebrestienne. r> (Isainbort. Recueil gé-
néral des anciennes lois françaises , Paris, î 8îS 7, in-80,XIl, 4o5.)
C'est évidemment à cet édit, rendu à la prière du pape Paul 111, (pie La Huêtterie fait allusion , quand il attribue au pape le rappel de Marot :
A-il bien mesdict du sainct Pere '.' Il est sa seurclc prospère ; Car c'est entièrement le pape, Qài u nuurrt lu forte trappe Du chemin de grâce franco i/sc :
lit il demande enrores noysc !
1 •• Non , il n'y a pas d'exil volontaire. L'exil est toujours forcé; il l'est surtout quand il est prescrit par la seule autorité qui ail un droit de commandement absolu sur les âmes fieres, c'esl-à-dire la conscience.* ( Discours de M. Louis Blanc sur la tombe de François-Victor ffngo, fin décembre 1 873.)
's) Les sacramentaires et les relaps exclus «le l'amnistie du 16 juillet i53S lurent euxmêmes autorisés à rentrer, à condition d'abjurer, par l'édit du .'h mai 1 536 , daté de Lyon, et du sans doute aux sollicitations des magistrats de Strasbourg et de Bâle (Herrriinjard, l\ , (}: 7 1 et <)7 ).
l>/i'i M AH OT À LYON.
Le retour du prince des poètes, aimé de tout ce qu'il y avait eu France d'esprits éclairés et tolérants, fut un événement important auquel le Coup d'essay de Sagou, tentative ridicule et bafouée, ne donnait que plus d'éclat et de retentissement; ce fut le triomphe de la Renaissance, c'està-dire de la liberté de la pensée, sur l'obscurantisme despotique et sanguinaire de la Sorbonne. Le roi, qui prenait plaisir à secouer parfois le joug théocratique, qui favorisait les savants travaux des Budé,des Estienne, des Dolet, des Erasme, des Paradis, des Vatable, des Rabelais, des Danès, des Toussain, des Postei ^\ etc., qui fondait le collège royal, aujourd'hui Collège de France, pour enlever à la Sorbonne la direction de l'intelligence humaine, n'était nullement fanatique; il n'embrassait la cause des énergumènes, les Béda et les Duchesne, que dans un accès de colère, dans un mouvement de crainte puérile à l'endroit des novateurs, ou bien grâce aux nécessités de sa politique aveugle et incertaine. Ami des lettres et du progrès, mais caractère faible, sans règle, ni principes, il flottait au gré de ses passions ou des influences qui se disputaient son autorité. Tantôt Marguerite et Du Bellay l'emportaient, et il faisait relâcher Marot,
il arrachait Lefèvre d'Etaples, Berquin, Robert Estienne, Dolet aux mains du bourreau, il prohibait les livres de Béda, autorisait la réimpression des Colloques d'Erasme à 9/1,000 exemplaires, et semblait comprendre ce que lui écrivait ce dernier, savoir : que les ennemis des lumières couvrent leur ambition du masque de la foi et veulent asservir même la royauté; tantôt, au contraire, il écoutait les conseils étroits, perfides, d'un Montmorency, d'un cardinal de Tournon, d'un pape, d'un clergé, qui lui dépeignaient les hérétiques comme les ennemis de sa couronne et de tout pouvoir humain, et alors il bannissait Marot, laissait brûler Berquin, Dolet, etc., signait des décrets insensés, et déchaînait toutes les colères d'un parti altéré de domination et de sang (2). Les humanistes, qui se
(I) Quand Dolel quitla Paris, où il était ce portrait: «H a des qualités brillantes, exvenu se mettre sous la protection du roi, pour quises; il n'a pas de vertus; il n'a pas même échapper à une accusation d'hérésie, il réunit le sens de l'honnêteté-,. . . il porte à son cou ses amis dans un banquet auquel assistèrent , des reliques et un morceau de la -vraie croix ; avec Marot , Rabelais, Budé, Béroalde, Danès, mais cette piété fervente, sincère, répond seu- Toussain . Macrinus , Borbonius, Dampelrus et lement aux aspirations mystiques du jeune Vulteius. prince; elle ne réagit point sur ses mœurs; elle
W François Ie'1 ne manquait pas de res- ne lui refait pas une conscience. 5' (ffist. du
semblance avec Louis d'Orléans, frère de sentiment national m France, etc. Paris, 1876,
Charles VI. dont M. Georges Guibal a tracé in-8°, p. 191.)
MAROT À LYON. Sffâ
plongeaient avec ivresse dans l'étude de l'antiquité païenne, s'étaient sentis frappés du même coup qui avait atteint le poète; toute science était suspecte; le grec et l'hébreu, tenus pour des langues hérétiques^. Aussi ces hommes illustres , l'élite de la France, qui disaient prudemment et à demi-voix ce qu'Anne du Bourg allait répéter d'une voix de tonnerre : Cessez vos bruslcments , ne purent contenir leur joie, quand François Ier, bravant les passions cléricales et rappelant le vaillant et courageux hérétique, se montra véritablement digne du beau titre de Père des lettres. Tous s'écrièrent avec Nicole Glotelet (2) :
Chanter conuient, o la muse des muses.
Calliope; plus nest temps que f amuses A déplorer de ton Marot l absence, Ne comment Gaule estoit de sa présence Destituée à grand tort, et grant dueil. Changer tefaidt en rys tes larmes cTœuil . Car le voycy, le voycy de retour.
Chantons ensemble, ou chascung tour à tour. Nous tous humains, puysque voyons les dieux Venir icy et sortir de leurs lieux Pour célébrer de ce retour la j'este.
La joie de Voultée, peut-être plus grande encore f3\ s'est épanchée dans un morceau remarquable, dont nous ne citerons que quelques vers, en recommandant les cinq derniers aux détracteurs de Marot :