‹ Clément Marot et le psautier huguenotChapitre 14 sur 135 · DE REDIT V CLEMENTIS M A ROTI · texte numérisé non relu

DE REDIT V CLEMENTIS M A ROTI

Félix illa dies Gallum quae reddere valent Persuasit, caussa qui sine missus erat.

Félix illa dies Régi quae talia chant :

Galle, tuo vati, quant potes, àdfer opem.

Félix illa dies , posila quae principis ira , Dut patriae vati dulce videre solum.

(1) Ignaco de Loyola interdit à ses disciples l'étude de la Bible hébraïque, et leur ordonna de s'en tenir strictement à la Villgate.

M Apologie pour Cl. Marot.

(3) Il a consacré au relourde son ami trois

pièces des livres III et IV de ses épijjrammes , Lyon, Michel Parmenlier, 1687, in-12 (ljil)l. Mazarine). La dédicace du IIIe livre est datée de Lyon , le h des ides de mars, et celle du IVe, «lu même lion, le \h des talendes d'avril.

m MAROT À L V ON.

Félix Ma dies quae a principe missa Maroto

Haec dut scripta : Redi, sic volo , sic iubeo. Hla eadem felix cunclis , sed maxime amicis ,

Quae canit : Ecce venit, ecce Marotus adest; \ec minus haec felix Gallas quae reddidit urbes

Vati, qui inuidia pulsus et exul erat.

Ma etiam felix vatem quae reddidit oris

Gallorum , quo non purior aller erat. . . Nam qui Clementem propius cognovit, in orbe

Dicere non dubitat sanctius esse nihil.

Nil unquam temere emisit, nil lingua locuta est

Improbius , semper candida musa fuit. . .

Il est facile de comprendre maintenant pourquoi Marot lut fêté à Lyon, et pourquoi les

Bigolz, cagotz, gotz et magotz,

vaincus un instant, eurent recours à la calomnie pour flétrir l'homme qu'ils eussent porté aux nues, s'il avait eu la faiblesse d'abjurer.

Examinons enfin les quatre vers dont le sens est, en somme, bien moins difficile à saisir que nous ne l'avons cru longtemps, empêtré que nous étions dans l'interprétation fausse de tous points qu'en a donnée Lenglet-Dufresnoy (I) :

Va, Lyon, que Dieu te gouuerne; Assez long temps s'est esbattu Le petit chien en ta cauerne , Que deuant toy on a battu.

Assez longtemps s'est esbattu (réjoui, amusé en passant) le petit chien (un personnage faible et sans défense, Marot), en ta caverne (dans l'antre du lion, c'est-a-dire au sein de la ville de ce nom), que devant toi (en ta présence, sous tes yeux, ou toi le sachant) on abattu (c'est-à-dire persécuté). Le poète joue sur le nom de la ville de Lyon et sur le proverbe : Battre le chien devant le lion. Le chien battu , c'est lui , condamné au feu et à l'exil: et le lion, qui est-ce? Est-ce seulement la ville de Lyon? Dans ce

Voir l'Intermédiaire dos i o avril 1870, cal. iq5, el 10 juin, col. 0^-2.

cas, ces vers signifieraient simplement : 11 est temps, ô Lyon, que Marot, que tu as vu bannir et supporter l'exil, et à qui tu as fait si bon accueil, te quitte pour aller retrouver les siens. Ils ne seraient ainsi que la répétition de la seconde strophe de X Adieu. Mais il pourrait y avoir ici un double jeu de mots. Battre le chien devant le lion, c'est faire une réprimande à quelqu'un devant une personne plus considérable, afin qu'elle se l'applique. Si Marot a prétendu épuiser le sens du proverbe, voici ce qu'il a voulu dire : Il est temps, ô Lyon, que prenne congé de toi l'humble poète exilé par un parti qui n'osait s'attaquer à un plus haut personnage, lequel est aussi un vrai lion, plein de force, de courage et de générosité, à savoir François Ier. Cette flatterie délicate et ingénieuse de la reconnaissance serait assez dans les allures de Marot.

Dira-t-on que cette interprétation donne un sens trop vague au dernier vers, que ce n'est pas seulement Lyon, mais toute la France qui a vu bannir Marot? — A cela nous pourrions répondre qu'on aurait peut-être tort de vouloir trop presser un simple jeu de mots, qui cloche toujours inévitablement par quelque endroit. Mais s'il faut absolu ment voir dans ce quatrième vers :

Que deuant toy on a battu .

une allusion à un fait exclusivement relatif au séjour du poète à Lyon, rien n'empêche d'admettre que ce fait ait é(é une manifestation cléricale dirigée contre Marot, et suggérée par l'espèce de triomphe que lui avaient décerné les Lyonnais amis des lumières. Dans ce cas, le chien battu ne serait pas Marot persécuté, banni, mais simplement Marot honni, outragé, peut-être menacé, peut-être même battu, ce qui ne changerait qu'un détail aux deux interprétations que nous venons de proposer.

Quelle que soit, du reste, celle qu'on adopte, il ne peut plus être question d'une abjuration que démentent tous les actes et les écrits du poète, d'une abjuration qui l'eut réconcilié avec le parti de l'Inquisition, d'une abjuration qui, en même temps, l'eût couvert de ridicule, que les poètes de cour, les belles dames moqueuses, et par-dessus tout les écrivains huguenots {[> profondément irrités eussent rappelée sans cesse comme la plus mordante des épigramme*.

M On verra plus loin (jinls n'ont pu pardonner au poêle sa rébellion conlre le despotisme de Galvfn.

248 UAROT A LYON.

Celle grossière el maladroite calomnie ne fut même pas forgée d'une seule pièce : on y voit les sutures et les raccords. Le Coup d'essay de Sagon, paru en 1 5 36 , se compose d'une quinzaine de pièces, dont l'une a pour litre : Epistre par François de Sagon aux deux sœurs de CL Marot, pour confuter celle quil leur auoit enuoyèe, parlant sainctement de charité et de foy (,). L'auteur y retrace d'abord le malheureux sort du poète hérétique :

Si contre Dieu sa femme a bien laissé .

Si ses enfans ne Vont au cueur blecé,

Si de son bien ( bien petit ) il n\herite ,

S'il est fuytif ainsi comme il mérite ,

S'il vil en crainte, en peine et en toùrmeni,

S'il est troublé en son entendement,

S'il est banny ainsi comme il vous mande,

Si Jeu mortel par sa vie demande,

SU est contraire à toute vérité,

Si sainctement parle de charité

Et s'il ne vit en cueur que de foij morte ,

Est-il besoin que ie vous réconforte,

Vous asseurant en tesbahissement

Que vous auez de son bannissement ?

Puis il feint de croire que le remords poursuit Marot depuis qu'il a quitté cela catholique foi" :

... Le poinct qui Vinduict à mesdire , (?est desespoir plain de colère et d ire. Oui le contrainct auoir mortelle horreur, Par le remors quil a de son erreur.

Enfin, il invite les deux sœurs à travailler à l'abjuration du proscrit :

Donc, si auez pour sa compassion Douleur d esprit et au cueur passion ,

!) On voit dans {'Epistre de hrippeli-ppe.s à mis ne se trouve dans aucune des éditions

Sagon que ces deux sœurs étaient Savoisiennes, de Marot que nous avons consultées. C'était

prolestantes, amies des lettres et de Marot; sans doute Tune de «ses pièces les plus ma-

l'épitrc religieuse qu'il leur écrivit durant son lignes11 dont Caslelnau di! qu'elles lurent sup-

premier exil el qui avait si fort irrité ses en ne- primées.

Conformez-vous à volonté diurne, Qui vous rendra chascune plus encline A corriger de son mal la poyson , En eslisant par reigle de raison Le raddresser au chemin véritable, Si en mectant vostre possible effort Vouez sauluer vostre frère à la mort; Il peult changer, nonobstant son absence, U estât de côulpe à l estai d'innocence. Û6nsëillez-luy, et vous jerez Ires bien.. . Faicles-luy donc charité mieulx pour su (jure , El par espoir sa foy morte reuiure, L accompaignaut des œ mires qu'il nous fault.

Ainsi, l'idée d'obtenir de Marot une rétracta lion hantait l'esprit des persécuteurs dès i 536. Leur projet n'ayant point réussi, ils essayèrent de déshonorer le propagateur de la Réforme, qu'ils n'avaient pu séduire. Ce n'est qu'en 16^7 que Sagon l'accusa d'avoir abjuré, oubliant que cette abjuration eût mis fin à la guerre ™ et empêché de paraître Le Rabats du caquet de Marot. Le calomniateur s'est encore trahi par la précaution qu'il a prise d'étaver son mensonge, en insinuant que Marot ne tarderait pas à retomber dans l'hérésie :

Sa grâce obtient, comme F enfant prodigue; Mais lay grant peur, et tout le monde aussi/, Qu'en abusant de grâce et de mercy Le poure sot ne ïambe au recidiue :

Il est tout seur que, s'il aduient ainsi). Faueur n aura de personne <pii viue.

W C'est ce qu'expriment au fond ces vers d'un des amis de Marot :

Scays-lii , Marot , pour quoy ces <>eutilz veaux Font contre toy tant de blasons nouneau.i , Et te bitument ainsi à grant oullrance ? C'est pour cela qu'à ton retour en France Ne leur as J'aie t vng Dieu garrf comme au llo;/.

Dieu gard a la court. — Au Roy, pour estre remit en son estât. — Traduction de deux Colloques d'Erasme. — Pièces protestantes. — Marot se remet à la traduction des psaumes. — Epistre de Frippelippes à Sagon. — Eglogue au Boy sous les noms de Pan et Robin. - Préface de Leander et Hero.

Après être demeuré environ un mois à Lyon, Marot revint à Paris et rendit grâces au roi et à Dieu dans le Dieu gard à la court :

Vienne la mort quand bon luy semblera, Moins que iamais mon cueur en tremblera, Puis que de Dieu ie recoy cesle grâce De veoir encor de Monseigneur la face.

Ha ! mal parlans , ennemis de vertu ,

Totalement me disiez desuestu

De ce grand bien; vostre cueur endurcy

Ne cognent onc ne pitié ne mercy.

Pourtant auez semblable à vous pensé

Le plus doux Roy, qui fut onc offensé.

(7 est luy, cest luy, France, Royne sacrée.

C'est luy qui veut que mon œuil se recrée,

Comme souloit, en vostre doux regard.

Or ie vous veoy, France, que Dieu vous gard, . .

Or sus auant, mon cueur, et vous mes yeux Tous d'vng accord dressez-vous vers les deux. Pour gloire rendre au pasteur débonnaire D'auoir tenu en son parc ordinaire Geste brebis esloignée en souffrance.

Merciez en ce noble Roy de France, Roy plus esmeu vers moy de pitié iuste Que ne fut pas entiers Ouide Auguste:

YIAROT À LA COUR. 2S1

Car d'adoucir son exil le pria .

Ce qu'accordé Auguste ne luy «...

Et ie me veoy mieux que iamais autour

De ce grand Roi/

Puisque Franco 1/ s pardonne

Tant et si bien, qu'a tous exemple il donne , le dy : Dieu gard à tous mes ennemys. D'aussi bon cueur qu'à mes plus chers amys.

Ma rot eût-il été si reconnaissant du pardon , si on le lui avait fait acheter au prix d'une infamie ? Eût-il pris si naturellement le ton religieux, s'il eût été convaincu d'hypocrisie ?

Le roi n'eut pas seul part à ces louanges; le poète les prodigua, en couvrit les dames de la cour comme d'un nuage de Heurs. Plusieurs des quarante-quatre quatrains qu'il nomme Estrennes sont charmants de finesse et de tournure, et aucun ne ressemble à l'autre.

Exclu du rôle de la maison royale en i536(1), Marot y fut rétabli après avoir composé l'Epi gramme vu :

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