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À MÔNSE1GNEYB MfONSIEVB FRANÇOIS DE BOVRBON, SEIGNEVB D'ANGVIEN.
Vertu qui est de Vheur accompagnée,
Prince sorty de royale lignée,
C'est la seurté de victoire et d'honneur;
Or t'a donné le souuerain donneur
Et Tvng et l'aultre; il t'a donné fortune
A ta vertu propice et opportune;
Vertu qui rien de ieuncsse ne sent ,
Vertu chenue en aagc adolescent,
Qui ne sera {-comme ie croy) trompée
De la fortune aduerse de Pompée. . .
Couraige, enfant, car la chance est tournée.
L'heur d'Annibal, par la fatale main
De Scipion, le ieune enfant romain,
Fut destourné; par prince de mesme aage
S'est tourné F heur de Charles M en dommaige. . .
Pallas prudente et Mars le puissant dieu
Te doint finir ton œuure commencée.
S'ainsy aduicnt, sortez de ma pensée,
Tristes ennuis qui iriauez fait cscrire
Vers douloureux. Arrière ceste lyre,
Dont ie chantois V amour par cy deuant ;
Plus ne m'orrez Venus mettre en auant,
Ne du Jlagcol sonner chant bucolicque;
Ains sonnera y la trompette bellicque
Du grand Vergile ou d Homère ancien,
Pour célébrer les haults faicts d Anguien ,
Lequel sera contre fortune amere
Nostre Aschilles, et Marot son Homère.
On s'est plu à vanter cette pièce médiocre et sans élan, à en faire le chant du cygne. M. Ch. d'Héricault, si injuste envers le traducteur des psaumes, retrouve ici presque en entier le beau génie du poète; cette épître est pourtant loin d'égaler l'églogue composée, quelques mois auparavant pour la naissance de François II, et nous doutons fort qu'elle soit la dernière composition de Marot,
'*) Charles-Quint, qui avait envahi la France en même lemps qu'il la combattait en Ilalio.
DE LA VIE DE MAKOT
Parmi ses œuvres, une seule, dont le sujet lui était aussi cher que la gloire même do la France, est restée inachevée; c'est Le Balladur (vrai chant du cvgne et du cygne chrétien), où il chantait la gloire de la Réforme, qu'il appelait Christine, et continuait contre Symonne ou l'Eglise romaine la lutte sans trêve, qu'il avait entreprise depuis près d'un quart de siècle Ainsi, fidèle à lui-même, le poète n'a cessé de publier l'Evangile jusqu'au moment où la plume tomba de sa main défaillante. Le titre et le commencement de cette allégorie sont bizarres et d'un goût douteux ; elle renferme cependant des passages qui méritent d'être cités :
. . . Mil ans y a chai cens et dauantaige Que du plus hault et noble parentaige De T Orient vue pucelle yssit .
En qui le Ciel toutes grâces assit; Pour sa grandeur Christine fut nommée , Pour sa beaulté belle fut surnommée , Et à présent encores on [appelle Belle Christine, ou Christine la belle $\ Entre aultres dons, elle auoit veu les hommes Du premier siècle, et si veoit qui nous sommes, Veoyre et verra des siècles aduenyr Tout le dernier sans vieille devenyr; Malgré tormens, malgré temps et vieillesse. Sera tousiours en la fleur de ieunesse; Aussi pour vray, quand elle se descœuure, Le monde dit : Veoicy vng nouuel (mure;
(,) Les onze vers que, sur la foi fie plusieurs anciennes éditions, M. Fréd. Chavannes (Bulletin, IV, 3 19) proposait de restituer à Marot ne nous semblent pas porter son cachet ; mais, à supposer qu'ils soient de lui, il est plus que difficile d'admettre qu'il les ait faits pour le BaUadin. Il n'a pu dire dans le préambule d'un morceau demeuré incomplot, o\ qui n'a été imprimé qu'après sa mor t :
Plusieurs l'ont vu qui l'ont trouué ti cs bien , Clercs et docteurs disent qu'il n'y a rien Qui sonne mal; mais ie n'ay prins V audace De l'imprimer sans que de vnstre bien l'aye vn congé venant de voslre grâce.
(2) Sortit, naquit.
(3) Cette allégorie a été imitée dans une des (Chansons spirituelles du xvi'- siècle, qui commence ainsi :
Auprès d'vng poignant buisson, touy la belle Christine Disant pileuse chanson, En claire voix argentine.
lesus-Christ , mon cher espoux, Dutoit la jnicelle digne , Contre mou et contre vous Ce faux monde se mutine, etc.
Si elle parle, vng las d'asnes ou veaux
) ront disons : Veoicy propos nouueaux;
Combien qu'ils soient plus vieils que ciel et lune.
. . . Elle auoit vne tant bonne grâce
Et vng parler de si grand efficace ,
Que la pluspart de ceulx qui l' escoutoient
A la seruyr pour iamais se bout oient,
El tant estoient lyez à sa cordelle,
Que chascung iour mourr oient pour V amour d'elle.
Pour V amour d élie endur oient franchement .
El leur semblort peine soulagement;
Bref, pour s" amour la mort leur estoit vye. . .
Le parler fructueux
De ceste vierge, et sa voix gracieuse Paruint aux fins de terre spacieuse; Son nom, son bruyt, son ejfect euidenL Fut sceu par tout, mesmes en Occident . La où s' estoit une femme esleuée, ffenuye et deuil quasy toute creuée D'ouyr le bruyt qui de Vaultre volloil ; Et ceste cy, Symonne^ s'appclloit, Faicle , si cest , de semante petite Royne des roys; de sorte quelle est dicte En quelques lieux, la où son bruyt s'espand, La grand Symonne , ou Symonne la grand ; Mais Iean de l'Aigle, alors quau firmament Fut transporté, la nomma aultrement ®.
Pas en ieunesse elle n'estoit tousiours Comme Christine, aincois par chascung iour s Vieillissait fort, vieillist et vieillira, Et de vieillesse en brief temps périra. Des biens mondains Symonne possedoit la les trois parts, et à daultre tendoit; Et toutesfois tant estoit conuoiteuse, Qu incessamment se sentoit souffreteuse.
W La simonie romaine. son côté) était l'auteur de l'Apocalypse, vl l'on
(2) C'est-à-dire Babylone. On croyait alors voyait dans la bête à sent têtes et dix cornes que l'apôtre Jean (représenté avec nn aigle à l'image du papisme.
DE LA VIE DE MA ROT. 657
De pourpre et lin richement fut ornée. De diamans et perles couronnée; Dliabitz pour vray auoit le corps vestu Plus richement que V esprit de vertu; Car iamaiz femme on ne mit tant oysifue .Me tant comme elle en orgueil excessiue; Elle iouoit d'instrumens , dont les noms Sont basilicqz, bombardes et canons.
Marol demande ensuite à Christine sa bonne grâce :
Plaise vous donc me la donner, en sorte Que hors de mou iamais elle ne sorte:
En ce faisant, tous ces [aulx enuieux , Se pour menace et torments ennuyeux .
Me f aulx semblant, ne danger de rebelle. Ne me pourront séparer de vous , belle , Son pas la mort , quand deuant mou seroii , Car d\iultre aimer mon cueur nabaisseroit.
Dès que Christine eut mon parler ouy, Elle respond : Mon cueur s'est resiouq De ma brebis esgarée en la plaine , De la trouuer; or ost.e ceste laine Et la toison que dessus ton ie treuue; Il te convient vestir de robbe neufue; Tu as esté des amans de Sy momie; Mais si tu veulx que d'aimer te semonne 1 1 , Laisser te fault toutes vieilles couleurs, Et pour vng bien souffrir mille douleurs.
Ne cuide aulcung, tant soit grand, tant soit Prince, Se desmeller d'ennuy, peine et esmoy, S'il me veult suiure et venir après moy. . .
Puis il poursuit :
Ces mots fuis, de grant célérité le party lors, et, à la vérité,
' Semondre, inviter, convier.
l'estois picqué du grant zele des zèles, Et puis Amour me portait sur ses aisles. le trauersay les bois où a esté Ourson d'vng ours en enfance allan te M, le trauersay la beaulté spacieuse Et la vallée humble et délicieuse (2).
Combien n est-il pas regrettable que le poète n'ait pu achever ni celte pièce, ni cette phrase, et que la mort soit venue le saisir alors qu'il commençait sa biographie religieuse, son histoire intérieure et le récit des maux qu'il avait soufferts pour l'amour de Christine ! A quoi tiennent les destinées d'une réputation ! Si Marot eût terminé ce morceau , sa mémoire aurait probablement échappé à quelques-unes des calomnies qui la ternissent encore; car personne n'a osé suspecter sa franchise et sa sincérité.
Bien que la protection du roi l'eût suivi en Piémont, et qu'il eût été recommandé par lui au maréchal de Bouttières et à M. d'Annebaud, qui succédait comme gouverneur au maréchal de Montéjean certains indices, qui semblent des soupirs étouffés, dénotent que cette recommandation produisit peu d'effet, et que Marot ne trouva sur les rives du Pô que la gêne et la souffrance. Que de fois à Turin, où il s'arrêta (4) à son retour de Cérisoles, ne dut-il pas suivre d'un œil mélancolique les flots qui se pressaient vers Ferrare, et songer douloureusement à Renée de France, à ses amis, à sa famille !
C'est là qu'il dut recevoir la visite d'Ëtienne Dolet (5), qui, condamné à mort comme hérétique et athée par l'inquisiteur Ory (16/12), puis sauvé par l'intercession du lecteur du roi, et arrêté de nouveau dans les premiers jours de janvier îbkk, avait réussi à s'échapper de prison et à
W La forêt d'Orléans. Voir V Histoire des deux nobles et vaillants chevaliers Valentin et Orson , fils de l'empereur de Grèce et neveux au très-chrestien roij de 'France , Lyon, P. Rigaud, iGo5, in-8°; réimprimée à Troyes, chez Jacques Oudot, 160/1, in-/i°. Ce roman eut une grande vogue à l'époque de Marot.
(2) La vallée d'Ëtampes.
(1) Œuvres de Marot, édit. d'Héricault.
(/,) 11 avait laissé Ions ses papiers à Ghambér\ .
l5) On a cru qu'ils s'étaient brouillés à la fin de l'année 1 543 (Boulmier, Estienne Dolet, Paris, Aubry, 1 867, in-8°, p. 2o5 ) ; mais Y Epigramme ccxxiv, dirigée contre Dolet, est la seule preuve qu'on donne de la mésintelligence des deux vieux amis, et il n'esl nullement prouvé que cette pièce soit de Marot. ÇSoïvla France protestante , VIT , 276, en rectifiant la note inexacte. C'est son propre Enfinque Dolet imprime on 1 544.)
DE LA VIE DE M A ROT. /i39
gagner le Piémont. Moins scrupuleux que Marot, qui ne s'abaissa jamais à demander à la maîtresse du prince la grâce du retour, ni aucune autre Dolet adressa au roi, à la duchesse d'Etampes et au Parlement de beaux vers français, qui furent pour le moins inutiles. Cette rencontre fut pour les deux proscrits une consolation et peut-être la dernière joie de Marot. Retourné à Lyon en cachette, pour voir sa femme el ses enfants, Dolet fut repris et conduit à Paris, où il fut brûlé le 3 août \ 5 £6 ®. Au moment de marcher au supplice, il composa des vers qui sont l'œuvre non d'un athée, mais d'un spiritua liste :
Si sur la chair les mondains ont pouuoir, Sur vous, esprit, rien ne peuuent auoir. . Soit tost ou tard, ce corps deuiendra rendre; (iar à nature il faut son tribut rendre. . .
Il faut mourir.
Quant à la chair, il lui conuient pourrir; Et quant a vous, vous ne pouuez périr; Mais auec Dieu tousiours deuez fleurir
Par sa honte .
Resté à Turin, Marot, à qui la bonté divine épargna le même supplice, qu'il eut subi avec une constance au moins égale et une foi plus complète, l'ut emporté, dit la France protestante , par une courte maladie. Ce fut vers le mois d'août i54/i. Il n'était âgé que de quarante-sept ans.
En l'absence de tout renseignement sur la nature de cette maladie, on ne peut s'empêcher de songer au moyen dont Symonne ou Ysabeau usait alors pour se défaire des réformateurs et des traducteurs de la Rible, en
(l) On no connaît guère que deux quatrains adressés par Marot à la duchesse d'Etampes, et ils sont de î «r> 3 7 , c'est-à-dire de l'année où il lit des rslrcnnes pour toutes les dames do la cour. II avait dédié le premier livre de ses Épigrammes non à Mmc de Chateaubriant, mais à son mari, et il fil preuve de tact et de convenance en plaçant dans la bouche de la reine Eléonore, et non dans celle de sa rivale, son Cantique sur la maladie ai rnnualeacea.ee du roy, 1 539.
(2) On ne lira point sans sourire IVpigrarnme suivante, par laquelle un poêle du temps essaya de venger la mort de son ami :
Dolet, enquis sur les poincts de la foy, Dist à Orry, qui faisoit son enqucslc : Ce que tu crois, certes ie ne le croy ; Ce que ie croy ne J'ust oncq eu la leste. Orry, pensant V auoir prias , en J'eil fcsle , Luy demanda : (Ju'csl-ce que la crois doncq ? le croy, dit-il, que tu n'es qnvne beste , FA snys certain que tu ne le a eu oncq.
attendant quelle préférât comme plus sûr le couteau des Clément, des Ravaillac,Fetc.
Farel, Froment et Viret avaient failli être empoisonnés à Genève, en i 335; Oiivetan le fut à Rome, en 1 5 3 8 ; une semblable tentative fut dirigée contre Marguerite à Ferrare, on craignit le même sort pour la duchesse; Erasme ® partageait les mêmes craintes pour son propre compte. Il eût suffi que le petit nombre de Vaudois qui se trouvaient à Turin se lussent mis à chanter les psaumes de Marot, pour que le clergé, ne le pouvant chasser de ce dernier refuge, crût permis de se débarrasser de lui. Or nous savons que la doctrine vaudoise se répandit de proche en proche en Piémont pendant la domination française, et que dans les Vallées l'Église s'accrut et remplaça son ancien système de dissimulation par une profession franche et ouverte (3).
Sans doute, ce n'est là qu'une très-vague présomption, que nous n'eussions pas même formulée si nous n'avions découvert un indice grave et plus certain. Le lecteur sera frappé, comme nous, d'une expression de la Deploratton sur la mort de Clément Marot, souuerain poète francois, Paris. Jehan André, i5/t/i, avec privilège du î 01 octobre. Dans ce morceau, la France personnifiée s'exprime ainsi :
Qui la veit onc la tant grime ac f toison <h Qui fut iadis par mortelle poison, Qui me vsit onc tant couler larmes d'œuil? Qui me veit onc démener plus grand deuil Qu'ores ie fais ?
Puis, s'adressant à la Mort, la France poursuit:
Que n as-tu prins pour part et portion Ceulx qui n'ont point en Dieu affection?
(1) « Par quelques aduertissements , écri- Ces précautions furent insuffisantes, ajoute
vait-elle, que i'ay eus que Ton vse fort de M. de la Ferrière-Percy (Marguerite d'Angou-
poisons de ce costé-la; i'ay prié ie roi de Na- Urne. Son livre de dépenses i5âo-i5âg , Paris,
varre tant que i'auroys à demourer icy, que 1863, in-i2,*p. 63); un homme fut arrêté
Ton eslongnat de ceste ville ceulx qui estoyent sous la prévention d'avoir voulu empoisonner
au dict euesque (celui de Gondom, exilé à la reine, et il avoua son crime.
Blois), ce qu'il a faict doulcement en leur (2) Herminjard, III, lettre 3à, note 3.
remonstrant l'opinion que i'en auois, et on (3' Monastier, Histoire de l'Eglise vaudoise,
a donné l'ordre que personne n'enlre à nos Paris, 1867, in-8°, I, cliap. xvm.
offices.» (*) Accident.
DE LA VIE DE M A ROT
Que ri as-tu prins plustost adulateurs , Flatteurs, menteurs et dissimulateurs?
La Terre , apostrophée à son tour, répond :
Pourquoy dis-tu, o toy, France enuiée, Que tfay faict tort d'auoir prins celui la. Dont tu estois [comme croy) ennuyée, Le deschassant et deca et delà?
Nous savons bien que le mot poison, dans le langage de l'époque, signifie parfois maladie ou quelque chose d'approchant; il y en a des exemples chez M a roi lui-même :
Creuez de dueil , de despit ou poison.
( Rondeau xxvn.)
Et qu'elle (ia mort) riayt charme, ne poison , Mais un onguent qui porte guerison.
( Sermon du bon pasteur. )
Corriger de son mal la poison.
(Coup d'essay, de Sagon.)
Mais ce mot désigne aussi, à la même époque, une substance vénéneuse, comme on l'a vu dans la lettre de Marguerite. Marol a dit aussi :
Uvng est bon fruict et Vaullre reagal M, Poison mortelle.
( Elégie xviu. )
En vaisseau d'or vue poison mortelle.
(Le Riche en poureté-.)
VA ce qu'il y a de tout a fait caractéristique et concluant, c'est que l'auteur de la Deploration a imité le passage de Marot relatif à la mort de
M Aconit. Marguerite a dit aussi, dans le De la vigne qui vous donnoit poisons
Miroir de l'ame pécheresse : 6 tabrusque* en lieu de fruit parfait
Kstoyent pour moxj , (pu auoiê ainsi fait.
le voyou bien que les comparaisons
fx'rl LES DERNIERS MOIS
François, dauphin de France, qu'on crut sans raison empoisonné par MontecucuHi (1) :
Nature
. . . le reprint quand par griefue achoison Vng Ferrarois luy donna le poison.
(Cimetière, xxiv.)
Cette imitation, qui ne saurait être fortuite, ne permet guère de doutei (jue les amis de Marot aient cru à son empoisonnement, sans cependant le crier sur les toits, de peur de s'attirer semblable mésaventure De la à affirmer la réalité du fait, il y a loin. Nous devons toutefois rappeler que Marot lui-même croyait ses adversaires capables de tout pour imposer silence à quiconque réclamait le droit de chanter les louanges divines :
Car teh pasteurs soudain feroient detruyre Et mettre à mort cil qui entreprendroit Parler de toy (3K et mal luy en pr endroit.
(Complaincte d'vng pastoureau chrestien. i
Les personnages de la petite cour française de Turin, qui l'avaient oublié vivant, se souvinrent du prince des poètes dès qu'il ne lut plus, et, peut-être pour se rendre agréables au roi, lui firent de belles funérailles dans l'église Saint-Jean. Ainsi, par une double et suprême ironie du sort, l'hérétique traducteur des psaumes, le propagateur de la Réforme, que
(1) Cela était si bien entré dans les habitudes italiennes, que Guill. Paradin (Histoire de nostre temps, Lion, ïan de Tournes et Guill. Gazeau, 1 558 , in-32 , p. 32 1) va jusqu'à dire que Montecuculli «en vst autant fait à la sacrée personne du roy treschrelien, n'vst esté Tordre et songneuse garde qui y fust mise par ceus qui estoient alentour de sa Magesté.»
(2) C'est pour le même motif que le protestant qui composa, en 1576 , l'épitaphe de son ami Goudimel , n'a osé y faire la moindre allusion à la Saint-Barthélemy. On ne sait rien de certain non plus sur la mort de B. des Périers, sauf qu'il n'était plus quand Antoine Dumoulin fit réimprimer ses œuvres (ier août i5&4 ). Le coup d'épée qu'il se serait donné dans un
accès de fièvre chaude nous semble bien étrange et fort sujet à caution. Des Périers n'était pas moins haï de l'Eglise que ses amis Dolet, Robert Estienne et Marot; il avait collaboré à la traduction de la Bible d'Olivetan, écrit le Cymbalum mundi, et ces vers dont la rime dangereuse sentait le fagot ou quelque chose de pis :
... 7e t'ay vue au milieu de l'église Où quelque iour faut qu'on euangelise.
On se demande si sa mort ne serait pas encore un tour d'Ysabcau, qui avait plus d'une corde à son arc.
(3) C'est à Dieu qu'il s'adresse.
DE LA VIE DE M A ROT
Home eût voulu brûler, le proscrit qui avait tant souffert de la pauvreté, fut somptueusement inhumé dans une église catholique
L'ami dévoué qui l'avait tiré de l'enfer du Châtelet, qui avait partagé sa foi, et son exil à Ferrare , le poète auquel il avait adressé les épîlres du Coq à VAsne et qui lui répondait :
Escrips pourquoi/ tu te tiens coi/ De tenir loy au second toy, Qui est icy
Lyon Jamet, dont huit années d'absence n'avaient pas refroidi l'inaltérable affection, ne voulut laisser à personne le soin de rappeler sur la tombe de Marot ses titres à l'immortalité. Comme David pleurant Jonathan, mais avec moins d'enthousiasme lyrique, comme Montaigne publiant, avec une «amitié si entière et parfaicte 2). » les sonnets de La Boëtie, Jamet fit pour son alter ego l'épitaphe suivante. '<insculpée en marbre sur le tombeau, le 1 2 septembre i 544 (3) : v
Icy deuant, au giron de sa mère, Gist des François le Virgile et l'Homère. Cy est couché et repose à Venuers Le nompareil des mieulx disons en vers. Cy gist celui que peu de terre amure.
Qui toute France enrichit de son œuurc. Cy dort vng mort, qui lousiours vif sera, Tant que la France en français parlera. Brief gist y repose et dort en ce lieu cy Clément Marot de Cahors en Qucrcy.
tl} Après le départ des Français, qui suivit le traité de Gateau-Cambrésis (3 avril 1509), sa dépouille mortelle continua-t-elle ù jouir du repos de la tombe? 11 est permis d'en douter, vu le grand nombre de violations de sépultures auxquelles le fanatisme se livrait alors. On a vainement eberché son épitaphe dans l'église Saint-Jean, en f «7 3 1 ; il est probable qu'elle avait disparu dès le xvie siècle.
(2) Montaigne ignorait la toucliante affection qui unit Marot et Jamet; autrement, il n'eût pas écrit en peignant celle qui le liait à La Boèlio : "Il faut tanl de rencontré! à In baslir,
que c'est beaucoup si la fortune y arriue une fois en trois siècles. » (Essais, liv. I, ch. xxvu.)
(3' Est-il nécessaire de faire remarquer que la date de cette inscription funéraire, rapprochée de celle du privilège de la Déplorai ion (iL'r octobre 1 546 ) , ne laisse aucune place au doule exprimé par M. Jules Bonnet (Bulletin , 2* série, V, 90) et par M. Bovet (Histoire du Psautier, p. 21) sur l'année de la mort de Marot? Sainte-Marlbe aflirme ('gaiement (pie la morl de Marot eut lieu l'année de la bataille de Cérisoles. ( Gallorum doctrina tlluètrium, etc., Poitiers, 1 60* , in-8°, p. a3*)
m LES DERNIERS MOIS
L'homme illustre donl le gracieux génie était si profondément imprégné du sentiment évangélique méritait mieux que cette froide et païenne épitaphe; mais Jodelle, Saint-Romard, M. G., Du Bellay, Du Val, évêque de Séez, Etienne Forcadel, qui lui en firent d'autres du même genre étaient trop étrangers à la foi douce, aimable, tolérante, qui avait fait la consolation de sa vie et l'espérance de sa mort, pour en pouvoir consacrer le souvenir sur son monument.
Il est regrettable que Malingre, peut-être dans la crainte de se compromettre vis-à-vis de Calvin, n'ait osé rendre un dernier témoignage à la noblesse de caractère et à la piété si originale de son ami, dont la mémoire attend encore ce trop tardif hommage, et qu'un obstacle de ce genre n'eût certainement pas arrêté en pareil cas. Les deux épitaphes qu'il fit à Marot sont dans le même ton purement littéraire et un peu plus mythologiques que celles dont nous venons de parler :