‹ Clément Marot et le psautier huguenotChapitre 42 sur 135 · EPITAPHE DE CLEMENT MAROT PAR MALINGRE · texte numérisé non relu

EPITAPHE DE CLEMENT MAROT PAR MALINGRE

Veulx-tu sauoir pourquoy cest qua muy Clément Marot Atropos inhumaine?

Cest pour des Dieux finuiter au conuy, Et luy changer en soulas toute peine ; Car de son art , et de sa langue pleine De doulx parler, ont estez amoureux ; Par ce moyen, Vont tiré sus les cieulx, Où boit nectar, le breuuage immortel;

(l) Voici celle de Jodelle :

Quercy, la cour, le Piémont, l'vniuers, Me feit, me teint, m'enterra, me congneut; Quercy, mon loz, la cour, tout mon temps eut, Piémont, mes oz, et l'vniuers, mes verz.

Elle est imitée de Tépitaphe de Virgile :

Mantua me genuit , Calabri rapuere ; lenet nunc Parthenope. Cecini pascua , rura , duces ,

et du Cimetière xm de Marot (i5'j6) pour Loys Jagoineau, receveur de Soissons :

France le feit, l'Italie l'a dcffaict,

Italiens en ont le corps icy,

Et les François le dneil et le soucy.

Celle de Forcadel débute ainsi :

Vois-tu, passant, le sépulcre parc

De romarin, de lyz et violette, Près ce laurier par Phebus honoré ?

La gist Marot , des neuf Muses pleuré Plus que iadis le Florentin poète. . . .

Celle de Du Bellay, que M. Ch. d'Héricault trouve «noble et ingénieuse,» ne vaut guère mieux :

Si de celuy le tombeau veux scauoir Qui de Maro auoit plus que le nom, Il te conuient donc les lieux aller voir Où France a mis le but de son renom.

Qu'en terre soit, ie te respons que non, Au moins de luy c'est la moindre partie ; L'ame est au ciel, d'où elle estait sortie, Et de ses vers, qui ont domté la mort, Les Sœurs luy ont sépulture bastie lusqurs au ciel. Ainsi, la mort jy'I moiw.

DE LA VIE DE M A ROT. Vi5

Et la luy font vng accueil gracieux , Car auec eux nen eurent onc vng tel.

AVLTRE DV MESSIE.

Va où tu peulx , car en la fin mourras La où tu doibs, par diuine ordonnance.

Clément Marot de ce tesmoing auras,

Qui en maintz lieux alla à sa plaisance,

Vng tour ioycux et Taultre en desplaisance,

Suivant la court de Franceoys , puissant Boy ;

Mais Atropos le tient en tel desroy,

Qu'il ne pçult plus seruir au Boy son maistre:

Car son esprit est en tresdoulx arroy

La sus au ciel, où Dieu nous veuille mettre.

Le livre des dépenses de Marguerite (1) nous révèle, à la date de i5AS, l'existence d'une fille de Marot, dont aucun biographe n'a parlé jusqu'ici, et ne lui consacre qu'une ligne, qui, malgré sa brièveté, cause une impression de profonde tristesse :

La fille de Marot religieuse à Essai, [pension de] 2 5 livres.

Religieuse, la fdle de l'homme qui haïssait par-dessus tout les couvents e,t l'esprit monacal, et qui les combattit jusqu'à sa mort, du jour où il sut tenir une plume! k Essai, dit M. de la Ferrière-Perey (2j, avait été trèslongtemps le château de plaisance des ducs d'Alençon. Marguerite y avait fondé, en 1 5 3 3 , une maison religieuse. Le souverain pontife ordonna qu'elle serait composée de vingt religieuses, toutes tirées de la maison des fdles pénitentes de Sainte-Madeleine de Paris.?? Ce n'est évidemment que par la protection de Marguerite, et peut-être sur son invitation, que Mllc Marot put entrer dans cette maison, dont le catholicisme pouvait être un peu plus large et un peu plus éclairé que celui des autres établissements du même genre; toutefois, il semble que la reine de Navarre, qui, en s'occupant de la fille du poète qui l'avait tant aimée et célébrée, voulait donnera celui-ci comme un dernier témoignage d'affection, eût pu choisir un moyen qui ne fût pas une espèce d'outrage à la mémoire du propagateur de la Réforme, qui avait tout sacrifié à sa foi. Les grands ont parfois de ces indélicatesses qui froissent tout le monde, excepté eux-mêmes. On

W De la Ferrière-PéPcy, Marguerite d'Angouléme . Paris, t8(5s», in-12, p. 170. — W Ibid. p. 3i,

m LES DERNIERS MOIS DE LA VIE DE MA ROT.

aimerait à savoir quel rôle joua ia mère dans cette circonstance; mais nous sommes sur ce point, comme sur tant d'autres, hélas! dans la plus complète ignorance; nous ne savons pas si Mme Marot vivait encore, et son nom même nous est inconnu.

Selon M. de la Perrière, cette religieuse était une fille naturelle. Pourquoi donc naturelle? Cette épithète n'a aucune autre raison d'être que la détestable réputation que les ennemis* de Marot lui ont faite, et contre laquelle ses amis n'ont jamais assez protesté.

Outre cette fille, qui fut au moins le second de ses enfants le poëte eut deux fils : Michel, l'aîné de la famille, et un autre, dont on ignore le nom et qui n'avait que six mois lorsque Marot s'enfuit à Genève, après la publication des psaumes (août 16/12). Celui-ci précéda son père dans la tombe ou F y suivit de bien près; car, à la fin de 1 le sieur du Pavillon adressait un billet «à son amy maistre Michel Marot, fils vnique du prince des poètes francois ressuscité. »

La devise que Michel avait prise : Triste et pensif, semble indiquer qu'il n'avait point hérité de la gaieté paternelle, bien qu'il fût aussi poëte et promît de marcher sur les traces de Clément et de Jean Marot. Une mort précoce l'enleva sans doute au début de la carrière; car on ne possède de lui que deux dizains, une ode à la reine de Navarre, et ce billet qu'il écrivit à Antoine Couillard, sieur du Pavillon-lès-Lorris , en Gâtinais, en lui envoyant une épître de son père (la xlvii0) :

A mon retour du pays de Ferrure,

Par Chambery le chemin s' adressant ,

Vay treuué certe vne chose bien rare

Au cabinet de mon pere Clément;

Car reuoluant ses escriptz pour les lire,

Trop me nuy soient et nappaisoient mon ire,

Si n'eusse veu epistre de sa veine

Qui s'adressoit a son amy Anthoine,

Dont mieulx que moy entendras le dessein :

Telle est la lettre escriple de sa main.

(1) Pour qu'elle lut religieuse en 1 548 , il Fallait <[u,cHe n'eût pas moins de seize à dixsept ans, et qu'elle fut née en 1 53 1 ou i53a et peut-être plusieurs années auparavant. Or,

Michel, reçu page en 1 5 3 5 , était évidemment son aîné, d'où il résulte une nouvelle preuve que le mariage de Marot n'a pu avoir lieu en 1 53o , mais bien à la lin de Tannée 1 5a5 ou en 1 5a6.

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